Pour ses clips, Marine Le Pen pille le pianiste Philip Glass

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Pour relancer sa candidature avant l'annonce de son projet présidentiel le 19 novembre (notre article ici), Marine Le Pen a d'abord remusclé sa communication: un nouveau site pour le Front national et un site 2012 aux couleurs élyséennes spécialement dédié à la candidate.

 

Le site 2012 de Marine Le Pen.Le site 2012 de Marine Le Pen.© Capture d'écran.

 

Sur ce site, sous l'onglet «Marine», on trouve un «entretien exclusif» d'une heure avec la présidente du FN dans la résidence familiale des Le Pen à La Trinité-sur-Mer (Bretagne). Filmée au coin du feu, elle y raconte des souvenirs d'enfance, photos à l'appui. Elle évoque «des vacances avec très peu de confort mais beaucoup de chaleur», ses origines «mi-bretonnes, mi-landaises», son«grand-père mort pour la France (...) qui a sauté sur une bombe allemande» (version contestée par Caroline Fourest dans sa biographie), son père «pupille de la nation».

La vidéo est réalisée par le Front national et destinée à montrer que la fille de Jean-Marie Le Pen a été élevée modestement, qu'elle est proche de ce «peuple» qu'elle cite constamment et n'est pas «l'héritière» issue de la riche bourgeoisie de Saint-Cloud qu'on décrit.

L'idée est de susciter l'émotion, alors l'entretien commence avec un morceau poignant au piano. Il s'agit en fait de «Mad Rush», du célèbre compositeur américain Philip Glass (plus enclin à s'afficher avec l'icône rock Patti Smith – comme en janvier dernier à Paris – qu'avec l'extrême droite). Voici la vidéo, que Mediapart a pris soin de conserver avant sa censure (lire notre "Boîte noire"):

 

 

«On est pour la liberté maximale sur Internet»

Cette opération de communication se moque bien des droits d'auteur. Contactée, la maison de disques de l'artiste, Orange Moutain Music, nous explique «ne pas être au courant» de cette contrefaçon. Nous posons la question à un responsable frontiste dans l'entourage de la candidate. «Je me renseigne et je vous rappelle dans l'heure.» Une heure après, pas de nouvelles. En revanche, sur le site, les vidéos incriminées ont disparu, avec ce message: «Les vidéos reviennent bientôt!»:

 

Capture du site de Marine Le Pen.Capture du site de Marine Le Pen.

 

Nous rappelons ce responsable. «Ah... elles ont disparu?», feint-il. «Il a dû y avoir une boulette au montage... Ils ont dû considérer qu'il y avait une erreur... Vous ne notez pas, hein?», nous répond-il en «off». Avant d'expliquer: «Notre but n'était pas d'embêter quelqu'un, on va vérifier si c'est légal ou pas, mais je crois qu'on peut utiliser vingt secondes.»

Faux, répond SESAM. Cette filiale de la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), qui gère les droits des auteurs dans le multimédia, nous explique que pour exploiter une œuvre sur Internet, «il faut obtenir l'autorisation écrite des titulaires de ses droits (producteurs, éditeurs, artiste), «peu importe la société à laquelle l'auteur est rattaché», et ce quelle que soit la durée utilisée («Il n'y a pas de durée minimum»).

Ce que nous confirme Alexis Vichnievsky, avocat spécialiste du droit de la propriété intellectuelle dans le cabinet CMS Bureau Francis Lefebvre, qui ajoute: «Compte tenu du caractère politique (de cette utilisation), il faut également demander une autorisation du droit moral à l'auteur.»Quant à l'argument de la «courte citation» (qui permet d'utiliser de courts passages d'une œuvre), il ne vaut, selon lui, «qu'à titre pédagogique ou d'information selon l'article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ce qui n'est pas le cas ici». Il s'agit donc d'une «contrefaçon».

En réalité, le FN ne s'est même pas posé la question des droits d'auteur. Contacté mardi, David Rachline, secrétaire national à la communication numérique du FN et ancien chef du FNJ (Front national de la Jeunesse), minimise: «C'est vous qui en faites un sujet sensible. Si on l'enlève, où est le problème? On ne va pas en faire un drame, ce n'est pas une affaire d'Etat.» Il ajoute: «On est assez ouverts justement en termes de liberté sur Internet, on est pour la liberté maximale, en respectant les droits des uns et des autres.»

Dans son projet présidentiel, la candidate prône en effet «le retour de la liberté de la presse et d'Internet»«Afin de sanctuariser l’espace démocratique et de liberté que constitue Internet, dans le respect des lois en vigueur sur la diffamation, la vie privée et la protection des plus faibles, les tentatives actuelles de limitation de la liberté sur Internet (loi Hadopi, Loppsi 2 et le traité ACTA) doivent être combattues», peut-on lire. Une liberté au mépris des droits d'auteur?

En février 2009, l'UMP avait dû payer 30.000 euros de dédommagement pour avoir utilisé dans ses meetings, sans autorisation, le tube «Kids», du groupe new-yorkais MGMT (lire nos articles ici et ). Si Philip Glass en faisait la demande, le FN pourrait avoir à verser des «dommages et intérêts».

 

 

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Publié dans Politique

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