Pour les socialistes, La Rochelle est devenue le port de l’angoisse
Ils n'ont pas encore tranché mais y songent sérieusement. Les socialistes sont tentés de dire :"La Rochelle c'est fini", comme d'autres chanteraient "Capri c'est fini". Une histoire d'amour qui finit mal.
La Rochelle était devenu leur port d'attache depuis qu'en 1993 la direction du parti avait choisi d'y organiser ses universités d'été.
Le maire de l'époque, le radical de gauche Michel Crépeau, avait su accompagner l'événement par des travaux d'agrandissement et d'embellissement, si bien que le rendez-vous devint, chaque année, plus prisé.
On se pressait à La Rochelle, l'un des derniers week-ends du mois d'août, pour prendre la température du parti à la veille de la rentrée politique. Le soleil brillait, les rendez-vous se prenaient à la terrasse des cafés. Le soir, chaque courant tenait table ouverte dans la ville, tandis que les militants dansaient à l'Encan.
C'était à la fois studieux et festif, compétitif et léger, la dernière halte estivale avant la reprise, le miroir des ambitions socialistes.
C'est à La Rochelle qu'on commença à supputer sur les chances de Jacques Delors de concourir à la présidentielle de 1995 ; à La Rochelle que Lionel Jospin théorisa le jospinisme à travers notamment la "triple alliance entre les classes populaires, les classes moyennes et les exclus".
Là que François Hollande appela les militants à prendre un "nouveau départ" après la défaite de 2002 et là qu'il leur dit "au revoir" sept ans plus tard.
Là que Lionel Jospin brisa l'armure et versa quelques larmes devant les militants.
Là que Ségolène Royal conseilla à ses camarades de s'inspirer de ses réussites locales pour gagner, avant de leur lancer après la défaite de 2007 un prémonitoire :"Aimez-vous les uns les autres ou disparaissez."
Là que Martine Aubry finit par endosser ses habits de première secrétaire en lançant la rénovation du parti et le processus des primaires qui devait conduire à l'élection présidentielle de… François Hollande.
La Rochelle ressemblait à une série politique au long cours avec des hauts et des bas, si bien construits que les acteurs et le public semblaient devoir ne jamais s'en lasser.
Mais dimanche 17 juin, le scénario a dérapé :
Le dissident Falorni a battu à plate couture la "reine du Poitou-Charentes".
Le résistant local a humilié l'ex-candidate à l'élection présidentielle, mère des quatre enfants du président de la République, avec le concours actif de l'actuelle compagne du chef de l'Etat et en se revendiquant de sa fidélité à François Hollande.
Qui avait pu signer un épisode d'aussi mauvais goût ? S'autoriser une telle ombre sur la victoire de François Hollande et du Parti socialiste ? Déliver un tel avertissement sur les limites de la toute puissance ?
La Rochelle n'avait plus rien du port de plaisance des derniers jours d'été. C'était devenu le port de l'angoisse.
Le sort des universités d'été prévues les 24, 25 et 26 août prochains devrait être débattu en bureau national dans les tout prochains jours.