Portrait au vitriol d'une "hyper-première dame"

Publié le par DA Estérel 83

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Faut-il qu'elle ait énervé Laurent Greilsamer, pour qu'il lui consacre un tel essai ! Ceux qui connaissent un peu le biographe d'Hubert Beuve-Méry, René Char etNicolas de Staël, ex-directeur adjoint du Monde cravaté de demi-teinte, ne s'attendaient certes pas à une charge pareille.


Publiée en même temps qu'un imposant Dictionnaire Michelet du même auteur (chez Perrin), cette Favorite (chez Fayard) est une chronique au vitriol des cent jours de Valérie Trierweiler comme première dame ; un pamphlet, et de la plus belle eau ; une "adresse à", écrite à la deuxième personne du singulier.


L'auteur écrit à une consœur revendiquée ("première journaliste de France. No comment", écrit-il) avec le tutoiement de rigueur entre confrères. Sauf qu'il s'agit là d'une journaliste un peu particulière, autoproclamée chroniqueuse à Paris Match..."Cela s'appelle une sinécure et c'est toi qui l'as imposée", glisse Greilsamer.


Tout le livre est sur ce ton qui brosse le portrait d'une angoissée, aveuglée par son ambition, sa jalousie, ses réflexes, sa volonté de contrôle. "As-tu conscience dejouer à la Pompadour, roturière des Lumières ? Eclairée et détestée ?", lui demande l'auteur. Si cet ouvrage s'intitule La Favorite, c'est qu'il situe ces cent jours-là dans l'Histoire, notamment autour de l'affaire du tweet du 12 juin : "Tu devrais relire Michelet, suggère le pamphlétaire, son récit de la guerre que livra la duchesse d'Etampes, favorite de François Ier, à Diane de Poitiers, favorite d'Henri II. Médite cette histoire (...). Veux-tu vraiment harceler Ségolène jusqu'à ce que mort s'ensuive ?"


Portrait d'une amoureuse intranquille aux côtés de "son homme", le soir du 6 mai,"la télé-réalité, c'est vous", note le confrère qui prend parfois des accents empathiques : "Pourquoi ne parviens-tu pas à être apaisée ? Pourquoi cette douleur, cette angoisse qui n'est jamais loin, tapie, là, juste derrière ?"


Laurent Greilsamer, dans ses imprécations et ses faux conseils souvent drôles ("Tu répéteras cent fois : moi première dame de France, je ne perdrai pas mes nerfs"), montre comment peu à peu son personnage perd pied et ne s'appartient plus. Personnage de roman, Valérie Trierweiler l'est, à n'en pas douter.


Et c'est une vertu de ce livre de faire prendre conscience qu'après le quinquennat Sarkozy où le président était éminemment romanesque (souvenons-nous du livre de Yasmina Reza et du film La Conquête), François Hollande, lui, est d'une autre étoffe. Laurent Binet semble en avoir fait l'amère expérience (il a écrit Rien ne se passe comme prévu, le récit de la campagne du candidat Hollande).

 


HÉROÏNE DE FICTION

Sa compagne en revanche est une vraie héroïne de fiction, pétrie de contradictions, de doutes et d'angoisses, poussée à l'action par ses affects, ses coups de tête et de colère. Poussée en avant aussi par le souvenir de ses origines qui l'inclineraient à chercher une revanche.

L'affaire du tweet qui la symbolise sera-t-elle bientôt oubliée ? Pas sûr, estime Laurent Greilsamer : "Chère Valérie, as-tu finalement compris que ces 135 signes ont d'emblée conféré une couleur équivoque au nouveau quinquennat ? (...) Seras-tu l'aimant qui attire l'impopularité autour du président ?"


En tout cas, cette "hyper-première dame" et sa communication estivale, après un bref passage par la case "fantôme", est restée un sujet de conversation pour les Français pendant leurs vacances ; la rentrée pour elle sera particulièrement délicate à négocier. Dans quel registre jouera-t-elle ? Ce livre féroce nous donne quelques pistes pour en juger.

Didier Pourquery (Livre du jour)

 

La Favorite, Laurent Greilsamer, Fayard, 112 p., 8 €.

 

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Publié dans HOLLANDE

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