Pierre Joxe en défenseur de la justice des mineurs

Publié le par DA Estérel 83

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Après deux ans de barreau à peine, voici qu'un avocat cantonné aux “commissions d'office” publie un livre revigorant sur la justice des mineurs. Ce jeune avocat passionné, c'est Pierre Joxe, 77 ans. Après avoir été député, ministre, président de la Cour des comptes puis membre du Conseil constitutionnel, il a décidé d'apprendre un nouveau métier début 2010.

Pour cela, Pierre Joxe a d'abord consulté des spécialistes et des experts, a prêté serment, puis est allé écouter des audiences dans une quinzaine de tribunaux pour enfants, et a visité leurs équivalents en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Espagne et aux Etats-Unis. Avant de commencer à exercer bénévolement, à l'âge où d'autres profitent d'une retraite confortable ou pérorent sur les plateaux de télé.

De cette expérience, Me Joxe a tiré un livre vivifiant de 300 pages –Pas de quartier ? Délinquance juvénile et justice des mineurs, que publie Fayard le 11 janvier.

 

D'une plume alerte, l'avocat Pierre Joxe nous entraîne dans le dédale parfois kafkaïen des tribunaux, et fait vivre sous nos yeux la triste routine des “défèrements de suspects” et des interrogatoires. On le voit assister de tout jeunes pickpockets dans le bureau d'un juge, remonter le moral d'une mère célibataire dépassée, trembler au moment de plaider pour un jeune qui risque la prison. « Comme défenseur, l'avocat n'est qu'un faible "auxiliaire de justice", faible et désarmé, avec ses seuls mots pour décrire, analyser et convaincre une juridiction, qui elle va "dire" le droit. C'est parfois angoissant : si j'échoue ce n'est pas moi qui supporterai la conséquence, c'est cet enfant là », écrit-il.

 

De ces histoires souvent poignantes, Pierre Joxe sort renforcé dans l'idée que les mineurs délinquants sont aussi et avant tout des victimes. « L'un des inspirateurs de l'ordonnance de 1945 avait coutume de dire : quand un enfant vole un vélo, il faut s'intéresser davantage à l'enfant qu'au vélo », rappelle-t-il.

De fait, ceux que défend Pierre Joxe cumulent les handicaps (familiaux, sociaux, culturels, économiques), quand leurs familles ne sont pas littéralement noyées dans d'insolubles problèmes d'inceste, d'alcool ou de drogue.

Reprenant des textes historiques, mais aussi les travaux récents de sociologues comme Laurent Mucchielli, Pierre Joxe relativise l'ampleur de la délinquance des mineurs, qui s'explique aussi par la relégation sociale et la crise économique, rappelle-t-il. Surtout, il dénonce la frénésie sécuritaire qui, depuis 2002, consiste à défaire la justice des mineurs en privilégiant la répression au détriment de la prévention et de l'éducation, sur fond de manque criant de moyens.

 

« On s'interrogera sans doute longtemps sur les origines de l'acharnement presque maniaque avec lequel un politicien aussi expérimenté que Nicolas Sarkozy s'est employé dix ans durant à multiplier frénétiquement des lois toujours nouvelles destinées à "renforcer" l'ordonnance du 2 février 1945 », écrit Pierre Joxe. « Il est vrai que sa qualité de maire de la commune la plus chic dans le département le plus riche de France ne le préparait pas directement à comprendre ni même à bien connaître la problématique de la jeunesse. »

 

Mépris des juges, démagogie électoraliste, peur des jeunes... « Cette politique répressive est fondée sur une évolution idéologique profonde », écrit Joxe : « celle d'un ultralibéralisme qui s'oppose fondamentalement à l'idéologie issue de la Résistance, laquelle avait fondé notre justice des mineurs, entre autres grandes réformes ».

Pas de quartier? Délinquance juvénile et justice des mineurs, par Pierre Joxe (Fayard, 300 pages, 19 euros), en librairie le 11 janvier.

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Publié dans Justice

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