Pensées pour nos otages
Cinq cents jours ! Des dizaines de manifestations à travers la France ont marqué hier les cinq cents jours de détention des deux journalistes français Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, otages en Afghanistan.
Cinq cents jours d'enfermement absolu, c'est une éternité, un siècle. Une éternité pendant laquelle ils ont eu à vivre sans le sourire de ceux qu'ils aiment et survivre avec la menace permanente de la mort. C'est un siècle de fêtes et d'anniversaires manqués, d'enfants qu'ont ne voit pas grandir, de soirées entre amis à jamais perdues à attendre des petits matins en priant pour que les gardiens encagoulés ne se transforment en exécuteurs froids.
Avant eux, d'autres journalistes avaient eu à connaître ce temps suspendu, cette angoisse permanente, cette sinistre mise à l'écart du monde des humains. De retour de leurs geôles du Liban ou d'Irak, Jean-Paul Kauffmann, Georges Malbrunot, Christian Chesnot ou encore Florence Aubenas avaient témoigné de ce temps volé mais aussi des lueurs d'espoir qu'allumaient les rares messages de mobilisation qui leur parvenaient de notre monde des vivants.
Hier, les manifestations étaient dédiées à nos confrères mais bien évidemment aussi aux quatre otages retenus au Niger, à celui prisonnier en Somalie ou encore au soldat franco-israélien Gilad Shalit détenu depuis 2006 à Gaza.
A l'occasion de ce cinq centième jour, Nicolas Sarkozy a reçu les familles des journalistes. De son côté, Alain Juppé a publié un communiqué assurant que «dès le premier jour, tous les moyens de l'Etat ont été mobilisés». Prenons-en acte. L'heure n'est en effet pas à la polémique même si la vérité commande de souligner que cet engagement de l'Etat n'a pas toujours été aussi déterminé que proclamé hier.
Il faut rappeler en effet qu'après que le ministre de la Défense de l'époque, Hervé Morin, ait reproché à nos confrères de ne pas avoir suivi les consignes des militaires, le secrétaire général de l'Elysée, n'avait pas hésité à critiquer ceux qui «font courir des risques» aux forces armées en les détournant «en plus de leurs missions principales»... Les familles, amis et soutiens des otages n'ont pas manqué hier de s'interroger tout haut sur ce retard à l'allumage et sur une toujours possible instrumentalisation de cette situation à un an de la présidentielle.
Autre question: l'exécution de Ben Laden est-elle une bonne ou mauvaise chose ? On peut en tout cas noter que Nicolas Sarkozy a eu la sagesse de ne pas se précipiter ni d'exulter trop haut pour saluer la victoire américaine. Aujourd'hui, il ne reste qu'à espérer. Espérer revoir au plus vite ces hommes afficher la même stupéfiante sérénité qu'un Jean-Paul Kauffman, le même humour échevelé qu'une Florence Aubenas, la même causticité souriante qu'un Georges Malbrunot à leur descente d'avion en France.