Pauvre et malade: la double peine
L'UFC-Que Choisir parle d'une «aubaine» pour les médecins, et d'une illusion pour les patients. Les mutuelles ne devraient pas tarder à répercuter le surcoût sur leurs cotisations.
Aux grands maux... les petits remèdes ! Alors que les dépassements d'honoraires des médecins spécialistes ont fait un bond spectaculaire dans notre pays en vingt ans - ils ont tout bonnement doublé...- l'assurance-maladie va, ce mercredi, signer avec les syndicats de médecins un accord que l'association de consommateurs UFC-Que Choisir n'a pas hésité hier à qualifier de «désastreux».
Désastreux non pas évidemment pour les médecins dont le gouvernement vient sans doute de se rappeler qu'ils constituent un vivier traditionnel pour la droite et que cela mérite bien un minimum de calinothérapie à moins d'un an de l'élection présidentielle. Désastreux pour les «consommateurs» de soins et surtout pour les plus exposés d'entre eux, ceux qui ont les moyens les plus modestes.
Que propose en effet l'assurance-maladie pour limiter les effets de ces dépassements d'honoraires ? La création d'un nouveau système tarifaire appelé le «secteur optionnel». Les médecins adeptes des dépassements s'y engageraient à réaliser au moins 30% de leurs actes au tarif Sécu et accepteraient de limiter le montant des dépassements à 50% de ce tarif. Concrètement, ces spécialistes pourront désormais au lieu des 25 euros conventionnés facturer leur consultation 37,5 euros !
UFC-Que Choisir parle d'une «aubaine» pour les médecins, mais aussi d'une illusion pour les patients car les mutuelles, sollicitées d'autant, ne devraient pas tarder à répercuter le surcoût sur leurs cotisations. Sans compter la discrimination qu'introduira un tel système puisque les patients ne disposant pas d'une mutuelle ou encore en ayant souscrit une à des tarifs plancher devront aller se faire voir ailleurs... Alors que la facture des dépassements d'honoraires atteignait 2 milliards et demi d'euros en 2010, l'association de consommateurs interroge pour savoir si on n'a pas choisi d'envoyer cette facture... aux plus modestes.
Après les déremboursements en séries de nombreux médicaments, après les hausses à répétition du forfait hospitalier à la charge du patient, cette nouvelle disposition confirme en tout cas que la France marche à grands pas vers une médecine à deux vitesses. Si on ne peut rester insensible au creusement des déficits -à commencer par ceux de la Sécu- peut-on être moins attentif au fait que la paupérisation grandit dans notre pays et que l'accès à la santé devrait être un droit pour tous ?
Il est choquant que l'assurance-maladie baisse à ce point les bras. Surtout après le rapport qu'elle a elle-même publié sur les inégalités dans l'accès aux soins. Un rapport qui établit notamment qu'une des causes de ces inégalités est l'explosion des dépassements d'honoraires et l'incapacité d'une part grandissante des Français -et ceci malgré les aides- à souscrire une mutuelle. Un rapport daté de juin et dont on n'a pas, à l'évidence, tiré tous les enseignements.