Pataquès dans les sables
En dépit de son issue tragique, la tentative de libérer des deux otages français enlevés au Niger n'avait jusqu'alors pas soulevé la moindre polémique. Pas plus au sein de la classe politique que dans les médias. Lundi lors de ses voeux à la presse, François Fillon s'était d'ailleurs réjoui de ce consensus national. Peut-être un peu trop tôt.
Car plus le temps passe et plus les circonstances dans lesquelles s'est déroulé cet assaut des forces spéciales françaises et la façon dont sont morts Vincent Delory et Antoine de Léocour apparaissent de moins en moins claires. A l'inverse, les contradictions qui se multiplient laissent planer une lourde suspicion. Suspicion sur la façon dont l'armée française rompant curieusement avec sa tradition de «Grande Muette» a communiqué à la vitesse grand V.
Une façon de se couvrir et de cacher ce qui s'était réellement passé ? Même s'il serait évidemment malvenu de jouer les stratèges de salon alors que nos soldats ont risqué leur vie pour tenter de sauver celles de compatriotes, même s'il pourrait être mauvais pour le moral des troupes de rappeler que c'est la troisième fois que l'intervention des forces spéciales conduit à la mort d'otages français, on ne peut que s'interroger sur les versions à géométrie variable des évènements.
C'est ainsi qu'après que le ministre de la Défense ait expliqué dès mardi à N'Djamena que les deux otages avaient été assassinés par leurs ravisseurs, les résultats de l'autopsie ne confirment que partiellement cette affirmation. Certes le procureur Marin a confirmé hier que l'autopsie avait révélé que des balles avaient touché les deux Français. Mais le fait qu'un des corps soit sérieusement brûlé corrobore les déclarations d'un gradé malien décrivant des tirs français depuis un hélicoptère et l'embrasement d'un 4x4...
Quid par ailleurs des deux ravisseurs dont le ministre de la Défense affirmait qu'ils étaient aux mains de la justice nigérienne ce que le Niger avait déjà démenti ? Ils n'existent plus... selon le procureur. Et les ravisseurs vêtus de l'uniforme de policiers nigériens dont parlait l'armée ? Un haut responsable nigérien affirmait hier que seuls des militaires nigériens avaient été tués... par des tirs français.
Un autre élément troublant est signé Aqmi. Si le porte-parole de la filiale d'Al Qaïda au Maghreb confirme que l'enlèvement porte son label, il affirme aussi que deux membres des forces spéciales françaises ont été tués lors de l'assaut et qu'il y a eu d'autres blessés dont 25 Nigériens.
Intox ? Il devient en tout cas urgentissime pour le gouvernement de faire toute la lumière sur ce qui s'est réellement passé. Le consensus et l'unité du pays face au terrorisme sont certes un impératif absolu. Mais cette nécessaire union sacrée doit s'appuyer sur la confiance. Laquelle impose qu'on ne nous cache pas les réalités. Que celles-ci soient glorieuses ou beaucoup moins.