Paris-Berlin: aveu d'impuissance

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

La modestie n'étouffe généralement guère les dirigeants du monde. Combien de G8, de G20, de Conseils européens, de sommets bilatéraux ont-ils été vendus à l'avance riches de promesses fortes et rarement tenues ? Dans ce registre, les sommets franco-allemands sont un modèle du genre pour réaffirmer de manière démonstrative la force du couple Paris-Berlin quand le bateau européen tangue.

Chacun sait que les relations entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'ont jamais été d'une grande chaleur. Comme le remarquait un observateur des faits et gestes quotidiens de l'Elysée, ce n'est que récemment que la chancelière allemande ne sursaute plus quand Nicolas Sarkozy lui effleure l'épaule.

La rencontre d'aujourd'hui à Paris entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel est le contre-exemple de ces sommets censés rassurer l'opinion et, en la circonstance actuelle, calmer des marchés boursiers frappés d'hystérie spéculative sur la crise de la dette. Si l'on en croit la chancellerie fédérale il ne faut «rien attendre de spectaculaire » de la réunion de l'Elysée. Pas question par exemple d'évoquer une éventuelle création d'obligations européennes, ces «eurobonds» qui permettraient le partage du fardeau des dettes grecque, irlandaise, portugaise, italienne et espagnole.

Face à une telle anticipation, l'Elysée a confirmé: il ne s'agira en quelque sorte que d'une réunion de routine «sur la gouvernance de l'euro» dans la foulée des décisions du Conseil européen du 21 juillet pour venir de nouveau en aide à la Grèce. Un plan dont la mise en oeuvre interviendra au mieux mi-septembre si tous les parlements nationaux de la zone euro donnent leur accord.

Ce profil bas revendiqué par Paris et Berlin procède d'une rhétorique totalement dépassée: ne pas accepter de soumettre à la «dictature» de marchés hyper-réactifs. La réalité est plus prosaïque. Aucun des grands d'Europe n'accepte de se résoudre à une nécessité urgente et absolue: répondre fortement à la dictature bien réelle de la finance sur l'économie réelle par une révolution de la gouvernance européenne. Nombre d'économistes sont pendus à la sonnette d'alarme: sans eurobonds et la création d'un gouvernement économique européen, corollaire incontournable pour la mise en oeuvre de politiques budgétaires, fiscales et sociales coordonnées, l'euro se dirige vers une mort certaine.

Ce ne sont pas les malheureux 22 milliards injectés la semaine dernière par la BCE qui freineront l'engrenage fatal d'une spéculation sur les dettes des pays européens les plus fragiles. Un engrenage inéluctablement contagieux si la révolution promise en 2008 de stopper la dictature des marchés reste encore lettre morte.

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Publié dans Politique

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