Oui, Lagarde a une « tête à être copine avec Tapie »

Publié le par DA Estérel 83

BlogeursAssociés Par P.BILGER

 

 

 

La commission d'instruction de la Cour de justice de la République a été saisie pour déterminer le rôle qu'a pu jouer Christine Lagarde dans l'affaire Tapie. Ce n'est donc pas une affaire dérisoire, insiste Philippe Bilger qui rappelle que la nouvelle directrice du FMI pensait s'exonérer de l'accusation par une boutade...


Lire la décision de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République, au sujet du dossier Tapie-Lagarde, fait comprendre, avec rigueur et précision, la nature et la gravité des agissements imputés à l'ancienne ministre précédée, pour le recours à l'arbitrage, par Jean-Louis Borloo. L'ampleur des anomalies et irrégularités relevées imposerait, rien que par décence démocratique, qu'on pousse les feux de cette instruction confiée - la saisine a été effectuée - à trois magistrats indépendants (Mediapart, nouvelobs.com, JDD.fr).

Avec le recul, il est piquant de se remettre en mémoire une boutade de Christine Lagarde qui a été prise au sérieux par trop de journalistes comme si elle constituait une argumentation alors qu'elle en révélait, au contraire, l'absence. N'avait-elle pas questionné, assurée de la réponse : « Est-ce que j'ai une tête à être copine avec Bernard Tapie» ?

Cette saillie, au demeurant très indélicate sur Bernard Tapie qui peut déplaire mais dont « la tête » vaut largement celle de beaucoup d'autres, derrière sa fausse désinvolture, laisse entendre qu'un physique serait élégant et distingué - celui de Christine Lagarde - et sans aucune compatibilité possible avec l'apparence vulgaire et « peuple » prêtée à Bernard Tapie.

A l'interrogation de pure forme de Christine Lagarde, j'aurais répondu évidemment par la positive. Bien sûr que la tête de Christine Lagarde n'a rien qui lui interdirait d'être « copine » avec Bernard Tapie pas davantage qu'elle ne l'a empêché de devenir une ministre inconditionnelle du président de la République dont les premiers pas n'ont pas brillé par le raffinement !

En réalité, dans le monde du pouvoir dont Christine Lagarde a parfaitement maîtrisé les codes et les usages, on a la tête de son influence, de ses ambitions, de ses espérances, on a la tête de ses soumissions obligatoires et des injonctions qui vous sont adressées et devant lesquelles il ferait beau voir de renâcler, on a, enfin et surtout, la tête de ses intérêts et de ses calculs, on a toujours une tête politique.

Je regrette que les médias, superficiels encore une fois, n'aient tiré de cette foucade que la certitude de l'indifférence, voire de l'hostilité manifestée alors par la ministre à l'égard de Bernard Tapie. Alors qu'elle manifeste, au contraire, que la première n'aura pas une tâche aisée pour s'exonérer en substance de l'accusation d'avoir sans cesse favorisé, et contre les règles, le second. Une plaisanterie, au demeurant absurde, n'y suffira pas.

Deux personnalités, et pas des moindres, ont parfaitement compris l'enjeu de cette énorme affaire : le président de la République qui a, selon un propos de Jean-Louis Debré, exfiltré au FMI Christine Lagarde pour n'avoir pas à la faire démissionner si elle était restée ministre (Le Canard enchaîné) et François Bayrou qui avec constance et un souci, rare aujourd'hui, de l'éthique publique a dénoncé cette catastrophe financière et républicaine.

Y a-t-il encore un citoyen pour soutenir que tout cela est dérisoire parce que la France aurait d'autres chats à fouetter ?
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Publié dans Affaires

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