Orthographe:la guerre des six jours
Et dire qu'il y a quelques jours une étude du CNRS publiée dans la revue «Science» faisait apparaître que les babouins de Guinée étaient capables de reconnaître jusqu'à 300 mots correctement orthographiés parmi 8.000 propositions !
Lundi, quand Luc Chatel a pris connaissance du rapport sur le niveau de l'orthographe dans notre pays, son sang n'a fait qu'un tour. Vite, vite, il a pondu une circulaire pour tous les enseignants des écoles primaires. Objectif: arrêter le massacre du français, traquer les fautes, reconduire les barbarismes à la frontière, bouter hors des copies ces fautes qui déshonorent la France !
Seuls les mauvais esprits verront malice à cette initiative si près du premier tour... Seuls les antisarkozystes primaires jugeront que décidément, à part les prix, tout baisse dans notre pays: le niveau de l'orthographe comme celui des campagnes électorales...
Car est-ce la faute à ce bon Chatel si jusqu'à présent on avait considéré que cette baisse du niveau des élèves ne relevait que de «bougonneries» de nostalgiques de l'école de papa et occultait par ailleurs des progrès cognitifs «considérables» réalisés au fil des ans et des réformes par nos chères têtes blondes ? Là, par contre, avec cette étude au long cours, plus question de douter. Ainsi, alors qu'un élève en fin de primaire faisait en moyenne 11 fautes pour une dictée d'une dizaine de lignes en 1987, aujourd'hui il en fait plus de 15 sur le même texte.
Plus alarmant encore: le nombre d'élèves qui faisaient plus de quinze fautes est passé de 26% en 87 à 46% aujourd'hui. Une régression qui vaut pour l'orthographe mais aussi ... pour la lecture et le calcul. Comment Luc Chatel, qui, à l'évidence, a bien retenu les consignes de son maître recommandant à ses ministres de travailler jusqu'au bout, pouvait-il, dès lors, faire l'économie de cette guerre éclair, de sa petite guerre des six jours à lui pour éradiquer un fléau désormais clairement identifié ?
N'était-il pas temps de rappeler aux profs qu'au lieu de répandre leur bile en commettant des livres aussi tendancieux que la «Fabrique du crétin», ils devaient s'attaquer au mal. Un combat certes risqué. Mais pour lequel ils partiront solidement armés grâce à Luc Chatel et à sa circulaire. Le communiqué de presse qui la présente révèle à lui seul des horizons encore inexplorés par notre chère Education nationale: «L'orthographe doit y constituer un enseignement spécifique et doit s'apprendre à partir de notions claires ayant leurs propres règles permettant aux élèves de mieux comprendre et rédiger des écrits».
Et dire qu'il y a quelques jours une étude du CNRS publiée dans la revue «Science» faisait apparaître que les babouins de Guinée étaient capables de reconnaître jusqu'à 300 mots correctement orthographiés parmi 8.000 propositions ! Mieux, les chercheurs ont montré que le singe était sensible à la méthode syllabique tellement dénigrée.
Faudra-t-il en cas d'élection de Hollande que les mille enseignants supplémentaires qu'il vient tout juste de promettre pour cette rentrée deviennent des pionniers de cette méthode qui fait des miracles chez les singes ? Attendons la prochaine circulaire...