On n'y croyait plus...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Selon l'un de ses avocats, Jacques Chirac aurait pris la nouvelle de sa condamnation «avec sérénité». C'est avec ce même sentiment de sérénité qu'on souhaiterait que l'opinion juge à son tour cette décision de la justice française. Présenté comme «historique» tout au long de la journée d'hier, ce jugement ne saurait en effet être interprété ni - très abusivement - comme une mauvaise manière faite à un vieil homme désormais malade ni - très naïvement - comme le symbole d'une justice devenue miraculeusement aussi implacable avec les puissants qu'avec les citoyens ordinaires.

Si ce jugement est «historique», cela ne tient pas non plus à la nature ni à la gravité extrême des faits incriminés. Ce, qui au bout du bout, finit donc par justifier ce qualificatif d'«historique» semble surtout tenir au fait que plus personne ne semblait croire qu'un jour Jacques Chirac finirait par être condamné... Il ne faut pas en effet oublier que la peine prononcée hier sanctionne des faits - les emplois fictifs de la ville de Paris au profit du RPR - qui se sont déroulés au début des années 80.

Si aujourd'hui c'est un ex-président qui paie les «errements» de celui qui dans une première vie était maire de Paris, c'est bien parce que Jacques Chirac, dans une deuxième vie a su se protéger pendant deux mandats derrière l'immunité que lui offrait son statut de président de la République. Dès lors il y a plus que de l'hypocrisie à regretter aujourd'hui qu'on s'acharne sur un vieil homme...

A l'inverse, il est tout aussi gênant que ce verdict ait été salué avec une allégresse débordante ayant un fort arrière-goût revanchard. S'il convient en effet de se réjouir d'un jugement qui a le mérite de lever le sentiment d'impunité, si l'image même de notre démocratie s'en trouve ravivée, il serait injuste de ne retenir de l'ex-président que cette autre image réductrice d'un «Chirac menteur» popularisée par «Les Guignols de l'info».

Si les attendus du jugement prononcé hier stigmatisent un Jacques Chirac qui «a manqué à l'obligation de probité (...) et cela au mépris de l'intérêt général des Parisiens», ils mettent aussi en évidence l'absence d'enrichissement personnel mais surtout «les éminentes responsabilités du chef de l'Etat». Plutôt que de se précipiter à renfiler sa robe de juge d'instruction en exigeant la démission du conseil constitutionnel de l'ex-président comme l'a fait hier Eva Joly, mieux vaudrait peut-être relativiser les «crimes» de Jacques Chirac. Tricheur? Certes mais moins que Bush et son élection due au bourrage d'urnes chez son frère gouverneur en Floride. Menteur? Sans doute mais moins que celui qui voyait des armes de destruction massive en Irak.

Alors, on se dit que même hier soir Jacques Chirac a dû avoir le sommeil moins troublé que son homologue américain par tous ces jeunes soldats morts pour rien du côté de Bagdad.

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Publié dans Justice

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