Nouvelle visite de Claude Guéant, lundi Sécurité: l'échec de Sarkozy à Marseille

Publié le par DA Estérel 83

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      Après une série de faits divers et le limogeage du préfet délégué à la sécurité, le troisième en deux ans à Marseille, le ministre de l'intérieur Claude Guéant est en visite à Marseille ce lundi 29 août. Neuf mois après les annonces de son prédécesseur, Brice Hortefeux, et la fusillade à la kalachnikov qui avait, le 19 novembre 2010, causé la mort d'un adolescent de 16 ans et blessé un autre de 11 ans, Mediapart est retourné au Clos La Rose, dans les quartiers Nord de Marseille.

 

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Ce jeudi d'août, les chaises et les guetteurs, torses nus, sont toujours en poste devant le même bâtiment rose. Seul le fauteuil vert où le jeune homme de 16 ans a été tué, au coin de la rue, a finalement disparu, emmené par les services de la communauté urbaine. Un imposant canapé en sky jaune et un parasol trônent à sa place. «C'est la version d'été, pouffe une jeune maman du quartier. Le petit est mort, mais ils l'ont vite remplacé. Même le jour de l'enterrement, ils bossaient.»

Le 21 novembre 2010, deux jours après le drame, Brice Hortefeux débarquait toutes affaires cessantes à Marseille et dégainait un plan «Brennus» pour lutter contre le trafic d'armes et de drogue dans les cités marseillaises. Quelque 200 opérations coups de poing plus tard, les 150 CRS, qui devaient rester, promis-juré, le «temps nécessaire» à la «sécurisation et la surveillance des quartiers sensibles», repartaient fin janvier.  

Mohammed, 17 ans, de la cité voisine du Frais Vallon, a gardé un souvenir cuisant des opérations. «Je me faisais contrôler deux fois par jour, en allant au métro et en revenant, dit-il. Ils contrôlaient tout le monde, même les darons en voiture, et ils dérangeaient les daronnes, en leur disant circulez, alors qu'elles étaient juste là, assises sur un banc. J'avais la haine.» Il rit : «Maintenant, c'est quand même plus tranquille, car ils ont saisi tous les deux-roues de Frais Vallon, pas forcément pour vol mais pour défaut d'assurance ou autre.» 

«Les CRS ne sont restés qu'un mois, le trafic a changé de trottoir et ça a continué comme avant : tapage nocturne, rodéos en voiture, trafics de toute sorte, résume-t-on au comité d'intérêt de quartier (CIQ) de La Rose. Cette opération médias, c'était vraiment prendre les gens pour des cons !»

Au bilan, les chiffres du nombre de halls, caves et toits visités sont impressionnants (4157 au 13 février), tout comme le nombre de personnes contrôlées (31.152), mais les saisies (56 armes à feu, 63,5 kg de cannabis et 3,5 kg de cocaïne) et personnes déférées (14) nettement moins. «Notre présence a gêné les délinquants, mais il n'y a pas d'impact réel quantifiable», reconnaît David Olivier Reverdy, secrétaire régional d'Alliance Police.

«Les opérations coups de poing ne servent à rien, tranche Alphonse Giovannini, secrétaire des Bouches-du-Rhône d'Unité SGP Police. Les dealers arrêtent de vendre, attendent que ça se termine et remettent le dispositif en place. Il faut des flics sur le terrain 24 heures sur 24, comme sous Defferre, Pasqua ou Chevènement.»

Moins de 20 policiers à la brigade des stup

 

Même son de cloche à la mairie du 13e et 14e arrondissement, territoire qui concentre 40% de logements sociaux de la ville et où se sont déroulés une bonne partie des règlements de comptes marseillais (une quinzaine au total depuis début 2011).

 

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«Rien n'a changé, au contraire l'ambiance s'est alourdie», confirme le maire de secteur (PS) Garo Hovsepian. Si ce n'est que le commissariat du 13e a gagné six policiers depuis les événements.

 

«Soit 26 fonctionnaires, donc une grosse dizaine par jour, pour 95.000 habitants, là où ils étaient encore 62 il y a deux ans, souligne le maire. C'est la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy qui a échoué. On se demande même, vu l'abandon de Marseille à neuf mois des présidentielles, si le président ne prépare pas sa campagne sur le terreau de l'insécurité.»

Contrairement à la région parisienne où sont affectés les policiers sortis d'école, ceux qui obtiennent un poste à Marseille, sont en moyenne plus âgés, ce qui apaise un peu les relations notamment avec la brigade anti-criminalité (Bac). «Il y a bien sûr des tensions mais, ici, les gens de la Bac sont expérimentés et connaissent les jeunes auxquels ils ont affaire», explique Alphonse Giovannini.

Mais depuis 2007, Marseille a perdu 376 policiers, alors que sa population gagnait quelque 40.000 habitants. On ne comptait plus début 2010 qu'un policier pour 324 habitants, contre un pour 294 en 2007. A la sûreté départementale, les policiers de la brigade des stupéfiants ne sont que 18 pour lutter contre les trafics locaux dans toutes les Bouches-du-Rhône.

«On en enlève un tiers en repos, il reste six personnes qui prennent les plaintes, et six disponibles pour faire des flagrants délits, souligne Alphonse Giovannini. Ça ne pèse pas lourd pour faire une planque, face à un réseau d'une vingtaine de personnes (guetteurs, transporteurs, vendeurs et nourrice). Et ce, alors que Marseille est une plaque tournante du trafic de drogues avec plusieurs cités, les frontières italiennes et espagnoles, et l'accès à la mer.»  

«Il y a une situation d'urgence pour rétablir un climat de sécurité en réinjectant des moyens et en occupant le terrain,explique Garo Hovsepian. Mais la sécurité ne peut pas être construite sur l'insécurité sociale. Il faut agir sur l'emploi, avec 14% de chômage à Marseille et des pics à 40% dans certaines cités, la requalification et la création de logements sociaux (il manque 20.000 places), et l'éducation.»

 

Le coup de chaud passé, dealers et habitants ont donc repris leur cohabitation pacifique au Clos La Rose, tout comme dans les autres cités marseillaises. «Pour les adultes, à part quand c'est de la famille, c'est comme si c'était normal, remarque Mussa, 19 ans, du quartier. On dirait qu'ils s'en moquent, même si c'est des jeunes qu'ils ont connus petits.»

Au parc de jeux pour enfants, au centre de la cité, les mamans ont d'autres sujets de préoccupation que les dealers. «Ils ne nous embêtent pas, on les connaît, ils sont polis, on s'occupe de “dégun”, souligne l'une d'elles. Si la police ne veut rien faire, ce n'est pas nous qui allons faire quelque chose !» «La seule chose qui nous inquiète, ce sont les balles perdues», nuance une autre jeune femme.

Des trafics intégrés à la vie du quartier

«Après le choc émotionnel de décembre 2010, le quartier a retrouvé son mode de fonctionnement avec des activités illicites, mais visibles et non condamnées, confirme le directeur d'un des trois centres socioculturels de La Rose. Ils ne se cachent pas ; les trafics sont intégrés à la vie du quartier. Les questions de la toxicomanie et du deal n'ont jamais été traitées, car il n'existe pas de réelle volonté politique de les éradiquer.»

 

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A défaut de nouveaux effectifs (lire sous l'onglet Prolonger), le préfet de la région Paca, Hugues Parant, avait fait appelen décembre dernier aux bonnes volontés, appelant à rétablir un «rapport de confiance entre les forces de police, les bailleurs et travailleurs sociaux». Treize Habitat, le plus gros bailleur social de la région, a donc prévu de créer à la rentrée des agents de tranquillité «pour déminer les problèmes en amont».

 

Mais son président, le socialiste Christophe Masse, a jugé l'appel du pied du préfet «gonflé». «Un préfet de police n'a pas le droit de se décharger de ses responsabilités sur les bailleurs sociaux», estimait-il le 30 juin dans La Provence

Histoire de se réapproprier le Clos La Rose, les centres sociaux culturels ont bien organisé, début juillet, un après-midi d'animation au cœur du clos La Rose «juste à côté des dealers», explique un directeur. «Ils avaient mis une buvette, avec les gens des HLM et le préfet délégué à la sécurité qui est venu, explique-t-on au CIQ. Tout ça, c'est de la poudre aux yeux, on manque d'effectifs policiers, c'est tout ! On entend des habitants parler de s'armer pour se défendre, ça passe par le bouche à oreille, j'ai un fusil à vendre, etc. Beaucoup ont baissé les bras, ceux qui ont les moyens veulent déménager sur la côte, à Sanary ou Bandol.»

«Les gens sont exaspérés : ils ont perdu leurs repères et ne comprennent plus qui les protège, souligne de son côté Garo Hovsepian, qui a trouvé son domicile cambriolé «pour la troisième fois» à son retour de vacances. Il peut y avoir des tendances à l'autodéfense et cela tourne parfois au tragique.»

La première visite du ministre Claude Guéant, en mai 2011, avait fait suite à la mort d'un adolescent de 15 ans, tué d'une balle de carabine 22 long rifle par un riverain alors qu'il cambriolait le local d'une société...

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Publié dans Politique

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