Nicolas Sarkozy, quand ça veut pas...

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

On allait voir ce qu'on allait voir. Nicolas Sarkozy entrant en campagne, ce devait être l'explosion. Une idée par jour, le match relancé, l'inversion des courbes sondagières quasi assurées. C'était il y a quelques semaines... Et depuis ? Depuis le 15 février quand l'alors président a dit «oui» à Laurence Ferrari, au 20 heures de TF1 ? Rien ne va comme prévu. Après un léger frémissement, les sondages contiuent invariablement de donner François Hollande vainqueur par KO au second tour de l'élection présidentielle, avec un écart très largement supérieur à la marge d'erreur.

Le livre annoncé, un livre personnel, dans lequel il devait se livrer (un texte «hyper intime» déclarait-il lors d'un faux off organisé le 21 janvier en Guyane), reste suspendu. Emmanuelle Mignon, artisan de la campagne de 2007, partie dans le privé mais rappelée il y a quelques semaines auprès du candidat, était pendant un moment censée le réécrire. Et depuis rien.

Et puis il y a le fond. Nicolas Sarkozy, comme les autres candidats d'ailleurs, doit faire face à une vérification permanente de ses dires par les journalistes. Certes, les médias audiovisuels sont peu concernés par ce phénomène du «fact-checking», mais l'entourage du chef de l'Etat a dû ramer ces derniers jours pour rattraper les erreurs ou approximations du candidat.

Par exemple le 27 février, sur RTL, quand Nicolas Sarkozy affirme«Il y a un peu plus de 400 000 élèves de moins dans l’Education nationale depuis 10 ans et il y a 45 000 professeurs de plus».

 

Les chiffres sont faux. Ce ne sont pas Yves Calvi et Jean-Michel Apathie qui le disent, mais d'autres journalistes, sur internet, dans la matinée (par exemple l'excellent blog les Décodeurs, du Monde). Du coup, quelques heures après l'interview, l'état-major de campagne est obligée de corriger : «Sa langue a fourché, il voulait dire depuis vingt ans et non pas depuis dix ans». Faux aussi. En tout cas très approximatif.

Anecdotique, certes, mais l'histoire se répète. Depuis deux semaines, le candidat-président n'a pas repris la main sur son adversaire. Une semaine après son entrée en campagne, le 23 février, dans le TGV Lille-Paris qui le ramenait d'un meeting, Nicolas Sarkozy confiait encore au Figaro«Pendant longtemps, les Français n'étaient pas entrés dans la campagne; il manquait un candidat. Là, ils y sont (…) On a réussi à installer ce début de campagne.» Puis, toujours dans le TGV, il mimait, avec sa main, un retournement. Pour convaincre les journalistes ou se convaincre lui-même ?

Une semaine plus tard, il n'est pas cas certain qu'il tienne le même discours aujourd'hui. Car ces derniers jours ont été particulièrement durs (cruels?) pour lui. Nicolas Sarkozy ne parvient pas à rester au dessus de la mêlée, alors qu'il avait longuement insisté, lors de sa déclaration de candidature, sur TF1, pour se présenter en«capitaine de navire»:

 

Sept jours plus tard, changement de chaîne et changement de ton. Invité du 20 heures de David Pujadas, sur France 2, Nicolas Sarkozy est interrogé sur la fameuse soirée du Fouquet's. Certes, la question est posée de manière courtoise: «Est-ce que vous regrettez par exemple cet épisode-là ?». C'est peu mais c'est déjà beaucoup. Et le candidat hésite, balbutie, finit par dire qu'il ne le referait pas. Et conclut par un désormais traditionnel «J'aurai l'occasion d'en reparler aux Français».

Trois jours après, le 25 février, ce n'est pas Nicolas Sarkozy mais Henri Guaino qui crée la polémique. Et pas une polémique orchestrée, pas le coup du «ministère de l'immigration» qui avait si bien réussi à cliver en 2007. Cette fois, c'est un conseiller du président qui sort de ses gonds, allant jusqu'à taper du poing sur la table et traiter Jérôme Guedj, président PS du Conseil général de l'Essonne, de «sale con».

 

La leçon mal apprise sur l'école

L'histoire s'est accélérée cette semaine. Jacques Chirac, selon la légende, aimait à répéter: «Les emmerdes, ça vole en escadrille».Nicolas Sarkozy a pu le vérifier. Doublement.

D'abord le 28 février. En fin d'après-midi, le Conseil constitutionel (Nicolas Sarkozy le compte-t-il dans les corps intermédiaires qu'il abhorre?) annonce la censure du texte de loi visant à réprimer la négation du génocide arménien. Un camouflet pour le président, qui annonce dans la foulée avoir «chargé le gouvernement de préparer un nouveau texte, prenant en compte la décision du Conseil constitutionnel». Le président (car c'est bien le président et pas le candidat sur ce dossier) «rencontrera prochainement les représentants de la communauté arménienne de France», ajoute un communiqué de l'Elysée. Trop tard. Dès le lendemain, Jean-François Copé annonce qu'il ne sera pas possible d'examiner un nouveau texte avant la fin de la législature.

Plus tragique, lors de cette même journée du 28, Nicolas Sarkozy s'emmêle les pinceaux et annonce que la journaliste du Figaro, Edith Bouvier, blessée à Homs en Syrie et bloquée dans la ville bombardée depuis une semaine, a été évacuée et se trouve actuellement au Liban. Nicolas Sarkozy affirme qu'il est «très heureux que le cauchemar prenne fin» et ajoute : «Elle a de multiples fractures (...) Ca n'a pas été des négociations extrêmement faciles». Sauf que, quelques heures plus tard, le candidat est obligé de faire machine arrière: «Il n'est pas confirmé qu'elle est aujourd'hui en sécurité au Liban. Les communications sont très difficiles avec Homs»«J'ai été imprécis tout à l'heure, je m'en excuse auprès de vous», reconnaît-il.

 

Nouvelle bourde le soir-même lors de son meeting à Montpellier. Cette fois-ci, le candidat oublie carrément de lire une partie de son discours, et son équipe est obligée de ramer derrière pour prévenir les journalistes. Lors de ce meeting, Nicolas Sarkozy fait ses propositions sur l'école. La principale consiste à demander aux professeurs des collèges et des lycées d'accepter sur la base du volontariat de passer non plus 18 heures mais 26 heures par semaine dans leur établissement en contrepartie d'une revalorisation salariale de 25%, chiffrée en moyenne par le chef de l'Etat à 500 euros par mois. Mais dans le discours, il était également prévu qu'il annonce la fin de la règle du non-remplacement d'un enseignant sur deux partant à la retraite en maternelle et en primaire.

Voici le paragraphe en question : «L’avenir d’un enfant se joue dès le plus jeune âge. C’est à la maternelle et à l’école primaire que se livrent les premiers combats, les plus décisifs contre les inégalités. C’est là qu’il faut concentrer la lutte contre l’illettrisme avec l’objectif que pas un élève ne quitte le primaire sans maitriser la lecture. C’est la raison pour laquelle la maternelle et le primaire, où les enseignants travaillent déjà plus longtemps que les autres, seront à l’avenir exonérés de la règle du non remplacement de 1 fonctionnaire sur 2 partants à la retraite.»

Dès la fin du discours, l'équipe de campagne s'active auprès des journalistes pour souligner le passage oublié. Du coup, ce sont les journalistes qui doivent faire le boulot. A l'exemple de Laurence Ferrari, à la fin du reportage du 20h de TF1, à voir ici.

Le lendemain, Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du candidat, doit donc préciser sur BFMTV : «la proposition c'est : on arrête le 'un sur deux' en primaire».

«Moi, je ne suis pas propriétaire de 40 hectares, hein, ok ?»

Ce jeudi 1er mars au matin, Nicolas Sarkozy est en direct sur France Inter. Sur cette radio de gauche présumée, l'occasion est bonne de s'en prendre à François Hollande, dont la proposition de taxer à 75% les revenus dépassant 1 million d'euros tient depuis deux jours la campagne en haleine. Proposition qui au passage a largement éclipsé la semaine consacrée toute entière à l'école du candidat de droite.

Bref, pour montrer l'horreur de la mesure socialiste, Nicolas Sarkozy se livre à un calcul... totalement faux. «Ce n’est pas 75 % puisque, comme vous le savez, il y a 8 % de CSG (contribution sociale généralisée, ndlr). J’imagine que M. François Hollande, dans sa générosité bien connue, ne va pas exonérer 8% de CSG. Donc sa proposition, ce n’est pas 75 %, c’est 75 + 8, c’est 83 %. Y a-t-il un seul pays dans le monde où il existe une taxation à 83%», déclare-t-il.

 

Or la CSG ne s'ajoute pas aux 75%. La CSG est prélevée sur les salaires. C'est ensuite sur ce salaire déjà réduit par la CSG que s'appliquerait cet impôt de 75%. Quand le calcul est fait correctement, on arrive en réalité à environ 77-78%. On peut trouver le contre argumentaire ici sur Public Sénat ou là sur lemonde.fr.

Lors de cette même interview, Nicolas Sarkozy a lâché un scoup sur le haut fourneau de Florange, annonçant que ArcelorMittal allait investir 17 millions d’euros dans l'usine de Moselle. Sur cette enveloppe, selon le président-candidat, 2 millions d'euros devraient servir à faire des travaux de manière à pouvoir redémarrer le deuxième haut-fourneau, à l’arrêt depuis deux mois. «Sept millions d’euros seront investis dans un nouveau gazomètre et huit millions afin de développer de nouveaux produits à Florange, destinés, sans rentrer dans le détail, au marché de l’automobile», a précisé Nicolas Sarkozy.

 

Or, ArcelorMittal met une heure plus tard un sérieux bémol aux déclarations du candidat. Le redémarrage est en réalité conditionné à «la perspective d'une reprise économique». Par ailleurs, selon le syndicaliste CFTC Edouard Martin, il n'y a «rien de vraiment nouveau dans les annonces faites par Mittal et Sarkozy. Et aucune garantie n'[est] donnée pour le rallumage du P6 à l'automne puisque l'entreprise le conditionne à une amélioration de la situation économique».

Plus tard dans la journée, le candidat se rend dans le Sud-Ouest, à la rencontre de la population. A Annecy, le 16 février, il s'était félicité en ces termes d'être officiellement en campagne : «ça permet un contact beaucoup plus libre, plus franc, moins protocolaire (...) quand on est président on n'est pas libre» :

 

Sa visite dans le Sud-Ouest sera, on va le voir, beaucoup plus libre, plus franche... et bien moins protocolaire.

Première rencontre dans l'après-midi avec un couple d'agriculteurs à Itxassou, au sud-est de Bayonne. La conversation se tend rapidement :

L'agricultrice : Dans l'agriculture, on n'est pas aux 35 heures, hein.

Nicolas Sarkozy : Moi non plus.

L'agriculteur : Oui, mais on n'a pas le même salaire.

L'agricultrice : Voilà! Nous, on n'a rien. On vivote.

Nicolas Sarkozy : Franchement, moi je ne suis pas propriétaire de 40 hectares, hein, ok ?

L'agricultrice : Mais vous avez autre chose en banque peut être.

Sauf que cette dernière phrase est quasiment inaudible, Nicolas Sarkozy répétant sans arrêt «ok».

 

Les choses ne commençaient pourtant pas si mal pour le candidat pourfendeur des 35 heures. Mais titiller sur l'argent le candidat auto-proclamé du peuple, forcément...

«Epuration»

Direction le centre-ville de Bayonne. A son arrivée, le candidat est accueilli par les huées et les sifflets des centaines de personnes, citoyens opposés à sa politique, militants basques, sympathisants du parti socialiste et opposants écologistes à la ligne à grande vitesse Paris-Madrid. On lui lance même des tracts au visage.

 

Le président candidat abrège sa visite pour trouver refuge dans une brasserie nommée «Bar du palais». Environ 2.000 à 3.000 personnes attendaient à l'extérieur, de simples badauds, quelques partisans qui crient « Nicolas président ! » et un ensemble de personnes, de tous âges, mélangeant les slogans du type« Casse-toi pauvre con », « Sarkozy Kampora (Sarkozy dehors en langue basque) » ou encore « le président des riches ».  Soudain, au troisième étage d'un immeuble, trois militants du collectif de désobéissance civile Bizi ! déploient une longue banderole où l'on peut lire « Sarkozy, travailler sept jours sur sept jusqu'à 77 ans. Y'a bon, y'a bon la croissance ».

Furieux, Nicolas Sarkozy improvise une conférence de presse dans le bar dans lequel il se trouve:  « On s'attend jamais à l'intolérance et à la violence […] La majorité silencieuse n'a rien à voir avec ces comportements de voyous. J'espère que le parti socialiste condamne l'attitude de ces militants qui se sont mêlés au rang des indépendantistes. »

Puis il finit par repartir comme il est arrivé, sous les huées et les sifflets, mais par la petite porte, derrière un cortège de CRS. De son côté, l'UMP se déchaîne en communiqué accusant le PS, Jean-François Copé déclare ainsi: «Le Parti socialiste a une responsabilité directe dans les évènements lamentables de Bayonne»

La majorité aurait donc pu reprendre la main. C'était sans compter sur le dérapage de son candidat. Depuis le bar où il se tenait à l'abri, Nicolas Sarkozy a en effet déclaré aux journalistes qu'il était«désolé de voir que des militants socialistes de M. Hollande s'associent à des indépendantistes dans des manifestations de violence pour terroriser les braves gens qui n'avaient qu'une seule envie: venir me rencontrer et parler avec moi». Avant d'ajouter :«Hollande a annoncé l'épuration, forcément, ça échauffe les esprits des gens de la base».

«Epuration», le mot est trop fort. La polémique se retourne à nouveau contre le président-candidat.

Qu'à cela ne tienne, le «capitaine du navire» France redevient le soir-même le président au sommet européen de Bruxelles. Du moins aurait-il pu. Car la séquence européenne de ces jeudi et vendredi révèle plutôt une «nationalisation» du sommet. Dès son arrivée à Bruxelles jeudi soir, Nicolas Sarkozy fustige François Hollande, qu'il tient toujours pour responsable de l'agitation de Bayonne. Les journalistes étrangers sur place en sont restés fort circonspects... Quelques temps plus tard, pendant la réunion du Conseil, Nicolas Sarkozy convoque la presse, cette fois-ci pour annoncer que les deux journalistes blessés en Syrie ont été exfiltrés au Liban.

Le lendemain, ce vendredi donc, la conférence de presse de fin du sommet s'étire sur 40 minutes, une durée inhabituelle. L'occasion d'un échange pour le moins surprenant entre Nicolas Sarkozy et Jean Quatremer, correspondant du quotidien Libération à Bruxelles.

Le journaliste commence : «Il est possible que cela soit votre dernière conférence de presse lors d'un sommet européen... les incertitudes du suffrage universel...» Nicolas Sarkozy le coupe:«Vu l'affection que vous me portez, je vois comme un regret à cette idée, qui serait si terrifiante pour le correspondant deLibération. Mais vous savez combien je suis sentimental... Je vais faire tous mes efforts pour ne pas vous faire de peine. Donc prenez-le pour vous et transmettez-le surtout à votre rédaction.»

Jean Quatremer finit par poser sa question: «Pendant votre premier mandat - je suis gentil là hein? - vous avez manifesté un grand intérêt pour les questions européennes (...) je voudrais savoir si par hasard dans deux ans et demi le poste de Hermann Van Rompuy pourrait vous intéresser ou allez savoir peut-être un poste européen que ça soit la commission, etc. si jamais vous n'êtes pas reconduit dans vos fonctions.»

Nicolas Sarkozy répond qu'il n'est pas intéressé et conclut : «La seule façon de continuer à travailler encore avec moi, c'est de me réélire». Rires de quelques journalistes présents. Un rire communicatif ?

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Publié dans SARKOZY

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