Nicolas Sarkozy a perdu la flamme

Publié le par DA Estérel 83

LePoint

 

 

 

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris".

Vous avez regardé hier soir l'émission de Nicolas Sarkozy surFrance 2. Votre jugement - en forme de parti pris : le candidat Sarkozy a perdu la flamme. Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

C'est apparu assez nettement : Nicolas Sarkozy a perdu la fougue, l'esprit de conquête, la passion de convaincre qui l'animaient en 2007. Ce mélange de séduction et d'impertinence qui le caractérisait il y a cinq ans, il a disparu. Il y avait chez lui une jubilation que l'on ne retrouve plus. Ses traits se sont creusés - presque autant que les déficits -, et de ce point de vue, le rappel en images de quelques séquences de sa dernière campagne était cruel, non seulement pour les promesses qu'on l'entendait faire (surtout sur le chômage), mais aussi pour les changements qu'on lit sur son visage. Nous avons un président qui a blanchi ; et un candidat qui fait grise mine.

Vous avez l'air de l'enterrer ; vous pensez qu'il a déjà perdu ?

C'est la flamme, qu'il a perdue, pas l'élection. Pour être plus précis, il a perdu ce qui l'avait fait gagner il y a cinq ans. Ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas gagner à nouveau, mais qu'il doit trouver en lui d'autres forces. Or ce qui l'a changé, c'est une forme de tristesse, presque de fatalisme, qui jure précisément avec ses protestations sur son énergie intacte. Bien sûr, il a plus d'expérience, de profondeur. Et il est toujours excellent sur le fond, bluffant quand il jongle avec les chiffres - meilleur dans cet exercice que tous ses concurrents. Mais d'abord, c'est forcément plus difficile de faire campagne quand on a un bilan - surtout s'il est médiocre. Et surtout, il donne l'impression d'un désenchantement qui n'est pas tant vis-à-vis de la politique que vis-à-vis du pouvoir. Il a appris qu'on ne peut pas tout faire en étant président. Il est passé de l'impatience à l'impuissance. Pour un homme de son tempérament, c'est forcément douloureux. Et ça n'aide pas à gagner une élection.

Ce qui a changé aussi, c'est qu'il multiplie les mea culpa. C'est une stratégie ?

Ça n'a évidemment rien de spontané. C'est un axe de communication qu'il a choisi pour gommer les aspérités de sa personnalité. Donc, il affiche une humilité qui, en réalité, coïncide mieux avec ses résultats qu'avec son caractère. C'est pourquoi il n'hésite plus à reconnaître qu'il lui est arrivé de se tromper, mais rarement sur des sujets importants - ou alors c'est par exemple pour dire qu'il aurait dû faire la TVA sociale plus tôt. En revanche, il n'a pas compris - ou pas voulu comprendre - pourquoi la proximité avec les grands patrons qu'il a affichée au début de son mandat a tellement outragé les Français. Laurent Fabius, qui a débattu avec lui, n'a été ni brillant ni décevant, mais il a posé une très bonne question : pourquoi ce qui n'a pas marché depuis 2007 fonctionnerait subitement après 2012 ? Nicolas Sarkozy n'y a pas vraiment répondu. C'est pourtant une des clés de l'élection.

Au total, est-ce que vous diriez que c'est une émission qui lui a apporté quelque chose ?

De l'humanité, sûrement. Pas seulement parce qu'il a dit combien il a souffert dans sa vie privée - les Français ne le savent que trop -, mais surtout parce qu'il a semblé, pour la première fois, éprouver les limites de son pouvoir. Il a dit : "Je ne renonce jamais" ; ça ne manque pas de panache, mais mis à part ce serment, Nicolas Sarkozy a passé beaucoup de temps sur la défensive, à justifier ce qu'il a fait, parfois même en parlant de sa présidence au futur antérieur - ce qui n'est pas un signe d'optimisme. D'une façon générale, il avait l'air d'être en campagne pour sa réhabilitation plus que pour sa réélection. 

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Publié dans SARKOZY

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