Montebourg, VRP de Hollande dans «la France qui souffre»

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Ardèche, envoyée spéciale

Ils sont environ 300, silencieux, bras croisés, dans la petite salle des fêtes du Cheylard, au cœur de la vallée ardéchoise de l’Eyrieux. Le matin même, ils ont appris que le plan social touchant leur entreprise de textile, Chomarat, serait plus lourd que prévu. 182 postes supprimés, contre 122 annoncés jusque-là. « On est abattus », glisse un élu du personnel. Arnaud Montebourg n’avait guère prévu de s’adresser aux salariés ce 24 janvier : seule une rencontre avec l’intersyndicale était au programme. Pour éviter « l’effet meeting » et des promesses trop vite énoncées, « impossibles à tenir », selon un conseiller. Mais ils sont là. Alors il faut leur parler.

Le socialiste se lance : « La question de la désindustrialisation est fondamentale. La responsabilité des dirigeants politiques est d’affronter ces situations, pas d’esquiver. Il n’y a pas de miracle mais il est parfois possible d’infléchir le cours des choses. » Un long silence s’ensuit. Pas de contestation, mais pas d’applaudissement non plus. Les salariés quittent la salle. A voix basse, ils murmurent leur scepticisme. « C’est des belles paroles, des beaux discours », dit doucement l’un deux. Son voisin, en passant : « Mais je sais pas ce que ça va donner. »

Arnaud Montebourg au Cheylard.Arnaud Montebourg au Cheylard.© L.B.

Depuis deux semaines, et déjà deux étapes – l’Ardèche et les ouvrières de Lejaby –, Arnaud Montebourg a entamé son « tour de France des usines », pour apporter la bonne parole du candidat socialiste François Hollande dans « la France qui désespère ». Une dizaine d’autres déplacements sont en préparation, dont la Fonderie du Poitou Alu à Châtellerault mi-février (lire notre reportage auprès des ouvriers le 15 septembre dernier), Cherbourg et le nucléaire le 8 mars, le Loiret le 12 et la Seine-et-Marne le 26... A chaque fois, le même principe, détaille Montebourg : « Aller voir des gens qui ont des problèmes, des gens chez qui ça marche, et faire une réunion publique. »

En Ardèche, l’ancien candidat à la primaire a discuté longuement avec les représentants de l’usine du Cheylard, en perte de vitesse, puis visité une coopérative qui fabrique des matelas et des vêtements en laine de mouton du département, la Scop Ardelaine, dont le modèle va à ravir avec le discours sur le « capitalisme coopératif » de Montebourg. Le tout avant une « conférence débat » dans la petite ville d’à peine 3.000 habitants de Chomérac, où, un mardi soir de semaine, avec le président du conseil général, le socialiste Pascal Terrasse, il a réussi à réunir près de 500 personnes enthousiastes.

Arnaud Montebourg visite la Scop Ardelaine.
« Aller où personne ne va »

 

Pour le site d’Yssingeaux de Lejaby, lâché par le groupe, Montebourg a déjà fait deux fois le voyage. Accueilli, à chaque fois et à son plus grand ravissement, aux cris de « fabriquer français », lancé par les 93 ouvrières. La seconde fois, vendredi 27 janvier, le député, toujours missionné par Hollande, y est retourné avec une spécialiste du textile, sœur de la fondatrice de la marque Princesse Tam Tam, Assya Hiridjee, qui envisage de reprendre le site pour lancer une nouvelle marque de lingerie.

 


« J’ai lancé un appel au patriotisme industriel et cet appel a été entendu. Je veux montrer que par la politique, on fait de l’économie », savoure Montebourg. « Nous n’avons fait qu’une seule réunion pour l’instant, ce n’est qu’un projet, rien de sûr », tempère Maurad Rabhi, secrétaire de la CGT textile. Mais, en pleine campagne présidentielle, le site est devenu un emblème : tour à tour, Hollande et Nicolas Sarkozy, dimanche soir à la télé, ont juré qu’ils ne laisseraient « pas tomber » les ouvrières de Lejaby. Au risque de la surenchère, vite abandonnée dès que les caméras se seront éloignées, Montebourg répond : « On peut s’unir en mobilisant les forces de la nation et en montrant qu’il n’y a pas de fatalité aux délocalisations. C’est la politique par les actes. »

« Il faut se rendre dans ces territoires qui subissent cruellement la désindustrialisation, où il ne reste plus qu’une usine et où les gens savent qu’ils n’ont plus d’autre avenir, s’ils perdent leur emploi, que de finir aux minima sociaux, détaille le président du conseil général de Saône-et-Loire. Cette France-là est en train de perdre la tête, de se réfugier dans une colère terrible et avec laquelle il faut construire un rapport de confiance. Mon travail est d’aller là où personne ne va. » Là où la gauche avait déserté et où les militants de terrain, loin des conciliabules de Solférino, sentent la pression du Front national. Là où François Hollande prendrait le risque d’un déplacement houleux et des images désastreuses d’un candidat du PS sifflé à l’entrée d’une usine (lire notre reportage chez Continental). « Je suis une sorte de représentant amical et politique » du candidat, sourit Montebourg.

Arnaud Montebourg visite la Scop Ardelaine.Arnaud Montebourg visite la Scop Ardelaine.© L.B.

 

Fort de ses 17 % au premier tour de la primaire avec son discours sur la démondialisation et sa dénonciation de la finance, et après son ralliement à Hollande dans l’entre-deux-tours, le député était, depuis, resté relativement discret. Faisant surtout parler de lui quand il dénonçait les agissements de la fédération socialiste du Pas-de-Calais. Mais Montebourg avait choisi de ne pas être de l’équipe de campagne de Hollande. Pour conserver sa liberté de parole et dans l’attente des signaux politiques espérés.

Le discours du Bourget, le 22 janvier dernier, a changé la donne. Les proches d’Arnaud Montebourg y voient la concrétisation de leur « travail politique de fond » et apprécient la patte d’Aquilino Morelle, ex-directeur de campagne du député de Saône-et-Loire, ex-plume de Lionel Jospin et désormais chargé des discours de Hollande. « François Hollande a donné le signal qu’on espérait et qu’on promettait », explique John Palacin, conseiller de Montebourg pendant la primaire et du voyage en Ardèche. « Sur la finance, ce sont Aquilino (Morelle), Montebourg et Ségolène (Royal) qui ont eu raison », a récemment expliqué Hollande auJDD.

Montebourg lance son mouvement

En retour, avec les salariés de la Scop ardéchoise Ardelaine, devant de la caillette (une spécialité à base de blettes), une salade de choux rouges et de carottes bio, le député fait la réclame : « François Hollande a repris des idées qui sont les miennes depuis le Bourget », sur la corruption, la critique de la mondialisation ou la finance. Montebourg croit à « un discours fondateur ». « Les phrases d’une campagne, pesées, soupesées, contiennent des intentions et des stratégies et donc des actes qui sont inéluctables. C’est le lien contractuel entre la population et le candidat qui est en train de naître. »

Quant aux proches de Hollande, s’ils ont souvent moqué Montebourg, ils se réjouissent de le voir en nouveau VRP. « Il doit permettre de mordre à gauche », lâche l’un des lieutenants du candidat socialiste. Et de convaincre les électeurs de la primaire de ne pas se laisser tenter par le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon. « François Hollande a besoin des voix de Montebourg. Il est le relais avec la France du non », résume Gaël Brustier, proche du député de Saône-et-Loire.

Arnaud Montebourg visite la Scop Ardelaine.Arnaud Montebourg visite la Scop Ardelaine.© L.B.

 

A chaque fois, devant les salariés, les journalistes, les sympathisants socialistes, Montebourg tient les deux bouts : un soutien sans faille à François Hollande, quitte à le présenter comme celui qui« réconcilie » la France du “oui” et la France du “non” au référendum de 2005 (époque à laquelle les deux hommes s’étaient vertement affrontés), et la défense de ses propres positions. « Je fais les deux mon capitaine. » Avant d’ajouter, parlant de lui à la troisième personne : « La campagne de François Hollande s’appuie en de nombreux points sur celle d’Arnaud Montebourg. J’ai toujours conçu mon rôle comme porteur d’idées et de solutions nouvelles. »

Car le député ne renonce pas à sa part d’autonomie. Une façon de ne pas insulter l’avenir et de construire – durablement cette fois – sa place dans le paysage de la gauche. Samedi 4 février, il lancera officiellement son mouvement, La rose et le réséda (du nom d’un célèbre poème d’Aragon), lors d’une réunion à la Bellevilloise à Paris (voir par exemple le comité de Haute-Garonne). « Un mouvement, pas un parti. Un mouvement, pas un courant interne au PS », répètent ses partisans.

Leur idée est de fédérer leurs soutiens à la primaire avec des militants tantôt membres du PS tantôt non-encartés, de continuer à se réunir et à débattre des thèmes chers à Montebourg dans le cadre d’une université itinérante organisée durant la campagne. Un think-tank viendra compléter le dispositif. Une militante socialiste convaincue souffle : « C’est de là que viendra le “Changement” (slogan de François Hollande)... Le vrai changement. » 

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Publié dans HOLLANDE

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