Montebourg veut bel et bien «gagner», contre tous les candidats «gestionnaires»
21 Novembre 2010 Par
Comme pour la traditionnelle Fête de la rose de Frangy, une centaine de fidèles se sont réunis samedi au cœur du village autrefois administré par Pierre Joxe, pour assister au discours de candidature de «leur» président. Avant de boire, saison oblige, un bon verre de vin chaud.
«Montebourg n'est pas l'enfant du pays mais nous l'avons adopté, témoigne Jean-Pierre, 56 ans.
Compte tenu de son action dans le département, je pense qu'il a des choses à faire valoir pour l'élection. Et il sera représentatif, parce que la France, ce n'est pas que Paris.» Liliane, 56 ans, explique que son champion «ne fait pas de chichi: Arnaud est un homme très simple. Il aime aider les gens, et pas les enfoncer». Un ancien élu de 72 ans conclut: «Pour lui, rien n'est jamais impossible. Il ne supporte pas la fatalité et ne baisse pas les bras.»
Une affichette placardée sur le mur de la salle des fêtes résume l'état d'esprit général: «Après Frangy, Paris!»
Le candidat déclaré entend remettre à sa place quiconque insinuerait qu'il n'a pas ses chances lors des primaires, à coup de «ne regardez pas trop les sondages», et de «vous commentez, je suis dans l'action». Sa démarche est limpide: «Vendredi, j'ai remis les clés de l'organisation des primaires à Martine Aubry, car le dispositif est en place. Désormais, je peux librement apporter mon livre, mes 100 propositions, et expliquer ma démarche. Notamment aux anciens premiers ministres socialistes.» En revanche, hors de question d'aller plus loin dans le jeu des “petites phrases”.
Aucune réaction donc, à la réplique assassine assenée cette semaine par Laurent Fabius qui considère que Montebourg ne cherche qu'à se «mettre en avant».
Montebourg se veut dans le débat d'idées et jure que l'adversaire importe peu. Mais il a tout de même pris soin de déclarer, sur France-2, vendredi: «Il y a deux sortes de candidats: les candidats de gestion, les candidats de transformation. Je crois être le seul dans la deuxième catégorie pour l'instant.»
Parmi les quatre grands thèmes mis en avant samedi pour lancer sa campagne (étendre le modèle du capitalisme coopératif, impulser la mutation écologique des modes de vie et de production, favoriser l'émergence d'une industrie française moderne et mettre en place la VIe République à tous les échelons), le président du conseil général de Saône-et-Loire n'en privilégie aucun. Explication de l'un de ses proches: «Nous ne nous demandons pas laquelle de nos idées nous voudrions voir reprise par le candidat qui remportera la primaire! Nous préférons regarder quelles idées nous souhaiterions reprendre chez les autres lorsqu'il les auront mises sur la table.»
Comprendre que si Arnaud Montebourg se lance, c'est bien pour l'emporter. Il pense d'ailleurs faire mieux que les anciens ministres, qui ont «tous échoué depuis 22 ans».
Libération rapporte que le président de Saône-et-Loire a recruté Camille Putois, ex-chef de cabinet de Ségolène Royal en 2007 (par ailleurs responsable de la communication chez Publicis), pour animer son équipe de campagne.
Montebourg est aussi allé s'imprégner de la victoire d'Obama en 2008. Mais dans l'entourage du candidat, on relativise: «Nous ne sommes pas une multinationale à l'américaine. Notre équipe est modeste, composée de militants et de personnes qui ont leur expérience professionnelle et apportent leur savoir-faire. Nous sommes tournés vers l'impératif d'utiliser au mieux nos ressources financières car la loi française est plus restrictive que la loi américaine en matière de financement. C'est d'ailleurs bien mieux comme ça!»
Tout prochainement, un comité national d'organisation des primaires va voir le jour au PS et devra statuer sur la question du financement alloué à chaque candidat. En attendant, l'équipe de Montebourg a créé une association (et non un parti de poche), qui commence à recueillir les dons. Le nouveau site Internet participatif (http://www.desideesetdesreves.fr/) est également en place.
Sa campagne numérique va être dirigée par Benoît Thieulin, fondateur de la Netscouade, qui a travaillé avec Ségolène Royal en 2007 puis a participé à la création de Mediapart. Sur le site, on peut d'ores et déjà télécharger un formulaire de donation. Car Montebourg entend voyager dans les semaines à venir: à peine arrivé en Bresse par voiture après son passage de vendredi soir sur France-2, le voici qui repart à Paris pour répondre aux questions d'Europe-1 et France Info dimanche et lundi.
Il ira ensuite sur le terrain, à Strasbourg et Nîmes par exemple. En attendant deux possibles voyages à l'étranger, à Dakar (Sénégal) et Niamey (Niger), où il souhaiterait apporter son soutien à deux candidats socialistes en campagne.
En somme, l'enfant de la Bresse est parti pour un marathon. D'ailleurs, il rejette l'idée d'une précipitation du calendrier de désignation du candidat socialiste: «Je défends de nouvelles idées, et il faut maintenant laisser aux Français le temps de s'en emparer», explique l'ancien avocat.
En se déclarant dès maintenant, alors que seul Manuel Valls est officiellement candidat (Hollande s'y préparant, Moscovici et Bianco y songeant), Montebourg l'outsider occupe le vide laissé par le trio de favoris, Aubry, Strauss-Kahn et Royal rongeant leur frein dans l'attente du dévoilement du «dispositif gagnant», selon les termes de Ségolène Royal, annoncé par les solférinologues vers la fin du printemps. En espérant préempter un peu de l'espace de chacun si d'aventure l'un ou l'autre refusait de se porter candidat.
Au fil de son parcours, Arnaud Montebourg a semé patiemment : dénonciation des institutions, union de la gauche, candidat de transformation et non de gestion, racines de la Nièvre portées en exemple... Le socialiste revendique peu l'héritage mitterrandien (une seule phrase dans son discours), mais ses pas se veulent posés dans ceux de l'ancien président. Un ami politique de Montebourg confie: «A l'époque de l'arrivée d'Arnaud dans la Bresse, j'étais maire d'une petite ville des environs. J'ai vu tout son parcours et je peux dire qu'il a de la suite dans les idées. Ici, il l'a prouvé, en relançant toute la gauche à la suite de Joxe. Tout est parti de lui.»
Montebourg avancerait ainsi par petits cercles, comme Mitterrand. A Frangy, il a choisi de faire le pas: d'un tout petit cercle, il entend rallier tous les autres au fil de la campagne, en commençant par tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les candidats «gestionnaires».