Montebourg « mouille la chemise » en porte-à-porte aux Francs-Moisins

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Au milieu des barres d’immeubles, il vient de tomber sa gabardine beige et s’apprête à repartir vers d’autres contrées. « Je mouille la chemise, mais le 22 avril, je compte sur vous pour voter François Hollande ! », lance-t-il aux quelques badauds qui l’entourent, un peu ahuris de voir une personnalité politique « vue à la télé » dans leur quartier abandonné des pouvoirs publics.

Arnaud Montebourg vient de passer une heure aux Francs-Moisins, à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, comme envoyé spécial du candidat socialiste à la présidentielle, ce lundi après-midi d’avril. Pas pour tenir meeting, mais pour faire du porte-à-porte, comme un militant de base : une halte « banlieue » en costume-cravate dans la tournée électorale du Parti socialiste en quête de ces abstentionnistes qui tiennent le scrutin entre leurs mains.  

« Il peut dire ce qu’il veut, ça va rien changer », grommelle une femme en boubou, qui se ravise, « c’est quand même pas mal d’être venu ». Et elle poursuit son chemin vers l’une des seules épiceries ouvertes, le Market, « produits exotiques, articles de bazar », selon l’inscription sur le store vert.

Aux Francs-Moisins le 2 avril 2012. (CF)Aux Francs-Moisins le 2 avril 2012. (CF)

 

Le voilà qui s’engouffre dans un immeuble défraîchi, comme tous ceux qui l’entourent. Visite-éclair au centre social du 75 de la rue Danielle Casanova, et il gravit les étages. Il sonne, personne. Il sonne, personne. Il sonne, un homme ouvre, mais ne parle pas français. Il appelle sa femme. Elle balbutie quelques mots, l’invite à discuter en anglais. Elle lui explique qu’elle est sri-lankaise, que son mari travaille à La Chapelle. Et elle, où travaille-t-elle, s’enquiert Arnaud Montebourg. « No work », répond-elle. « Nowork, good ! », enchaîne-t-il, comme s’il s’agissait d’une chaîne de magasins bien connus. 

« On va où, maintenant ? », s’exclame le troisième homme de la primaire socialiste, enhardi par ces premiers contacts dans un endroit où l’abstention, le taux de chômage, la part des jeunes et le pourcentage de non-diplômés sont plus élevés qu’ailleurs. Située à proximité des 4.000 à La Courneuve et limitrophe d’Aubervilliers, la zone est classée « sensible » par les politiques de la ville. Les immeubles, 2.000 boîtes aux lettres au total, se font face, intercalés entre des zones de verdure. En comptant les habitants du quartier adjacent de Bel-Air, plus de 10.000 personnes vivent dans cet ensemble de logements sociaux construits à la fin des années 1960 pour résorber le bidonville qui servait de lieu de vie aux ouvriers espagnols de La Plaine.

 

À grands pas, Arnaud Montebourg traverse le parking, accompagné du candidat socialiste de la circonscription aux législatives, Mathieu Hanotin. À l’interphone d’une tour, personne ne répond, il essaie celle d’à côté. Quelqu’un ouvre. La petite équipe de campagne, des militants des Jeunes socialistes surtout, investit le hall. Là, c’est une artiste polonaise en résidence qui l’accueille. Elle lui ouvre sa porte, l’homme politique la complimente sur son atelier, mais elle n’a pas très envie de parler.

Plus haut, au deuxième ou troisième étage. « Bonjour madame, nous sommes venus à la rencontre des citoyens », s’exclame-t-il. Une femme en tenue rose, coiffée d’un fichu mauve, engage la conversation. Elle le remercie pour sa présence, prend les prospectus qu’on lui tend, sourit, dit qu’elle votera, mais ne précise pas pour qui. Elle l’écoute déplier ses promesses : encadrement des loyers, construction de 2,5 millions de logements, des postes dans l’éducation et dans la police. Elle hoche la tête. 

« Vous connaissez M. Montebourg, vous l’avez déjà vu à la télé ? »

La dame du sixième étage coupe son interlocuteur. « Je suis de Brazzaville, je ne vote pas. » Elle n’est pas la seule. Dans le quartier, 35,8 % des résidents sont de nationalité étrangère. « Mais peut-être que vos enfants votent ? », tente Mathieu Hanotin. « Non, ils sont mineurs », rétorque-elle.

Pas de quoi déstabiliser le candidat aux législatives « Vous avez sans doute des amis, des connaissances, avec qui vous allez parler des élections. Vous leur direz qu’on est passé vous voir avec Arnaud Montebourg ! Ce qui compte c’est qu’il y ait un bruit en France, ce bruit en faveur de François Hollande. » Et il repart sans même avoir évoqué le droit de vote des étrangers aux élections locales que le PS est censé défendre en cas de victoire à la présidentielle.

 

 

Là où l’appel de la sonnette reste sans réponse, les militants accrochent un tract à la poignée. « Bonjour, Nous sommes passés vous parler du programme de François Hollande pour l’élection présidentielle et répondre à vos questions. N’hésitez pas à nous contacter ! », indique le prospectus montrant le candidat les bras croisés, l’œil fixe.

Et ça continue. « Vous connaissez monsieur Montebourg, vous l’avez déjà vu à la télé ? », lance Mathieu Hanotin en guise d’introduction. Logement, pouvoir d’achat, facture énergétique : Arnaud Montebourg en trois phrases liste les grands axes. Échange d’amabilités avec une femme qui va vers les 68 ans. « Vous ne les faites pas madame ». Elle l’interroge sur les retraites et l’augmentation des pensions. « Ce sera le plus difficile. On va commencer à donner la retraite à ceux qui ne l’ont pas », affirme-t-il.

À un autre moment, Mathieu Hanotin précise qu’« on n’est pas là pour faire des promesses en l’air, vous le savez bien madame ».« N’importe comment, Sarkozy n’a rien fait, à part donner aux riches », ajoute-t-elle. « On a besoin de votre force et de votre courage », la salue-t-il. « Vous avez de la chance, l’ascenseur fonctionne aujourd’hui », dit-elle en refermant sa porte.

 

Une femme avec un bébé dans les bras ne souhaite pas discuter, une autre ne parle pas français, une autre encore raconte qu’à 18 ans elle a déchiré sa carte d’électeur. À un homme qui entrouvre la porte, l’un des membres de l’équipe a le temps de glisser qu’« il faut aller voter le 22 avril, on compte sur vous au premier tour, on ne peut pas se disperser ».

«C’est du cousu main, pas du prêt-à-porter»

Dans un quartier qui vote massivement à gauche, l’enjeu n’est pas de savoir pour qui les habitants vont voter, mais s’ils vont aller aux urnes.En 2007 lors de la présidentielle, Ségolène Royal, à Saint-Denis, l’avait emporté haut la main, avec 68 % des suffrages exprimés, mais près de 20 % des inscrits ne s’étaient déplacés ni au premier ni au second tour, alors même que la candidate socialiste avait suscité un élan dans les quartiers populaires. De tous les quartiers de cette ville du 93, le quartier Franc-Moisin Bel-Air est le plus abstentionniste. Aux élections municipales de 2008, 56 % des inscrits n’avaient pas voté du tout.

 

Comme dans la matinée, où il s’était rendu à la fac de Saint-Denis, Arnaud Montebourg est accueilli avec bienveillance, le nom de celui qu’il représente aussi, mais avec politesse, plutôt qu’avec ferveur.

Le porte-à-porte « C’est du cousu main, pas du prêt-à-porter », se réjouit Arnaud Montebourg, même si l’échange ne dure qu’une poignée de minutes au mieux. « Le qualitatif, il n’y a que ça qui marche », insiste-t-il en référence au dispositif rodé à grande échelle par l’équipe de campagne de François Hollande, sur le modèle de celle de Barack Obama. « Ici, Sarkozy ne fera pas plus de 5 %. Le seul enjeu, c’est la participation », résume Thierry Marchal-Beck, le président des Jeunes socialistes, qui a en ligne de mire à la fois Nicolas Sarkozy et Jean-Luc Mélenchon.

Avec l'équipe des Jeunes socialistes.Avec l'équipe des Jeunes socialistes.

 

« Pendant le porte-à-porte, poursuit-il, on a un message à faire passer : voter utile, c’est voter dès le 22 avril, pour que vos conditions de vie changent concrètement maintenant. » Sous-entendu : peser sur le taux de participation au premier tour pour empêcher le candidat de l’UMP de profiter de l’abstention et éviter une éventuelle « dispersion » en faveur du candidat du Front de gauche en promettant des réformes rapides.

À un admirateur de la VIe République qui lui demande ce que François Hollande fera spécifiquement pour les quartiers populaires, l’élu de Saône-et-Loire répond par « plus de services publics, dans la sécurité, l’éducation, la santé ».

De retour au point de départ, à l’endroit où est garée la caravane des Jeunes socialistes et où se trouvent les rares commerces de la cité. La pharmacie est ouverte, mais le Leader Price a fermé il y a an et demi,« parce qu’ils en avaient marre de se faire piquer la caisse », constate Mathieu Hanotin. Le rideau de la boucherie halal aussi est tiré. 

 

Dernières flèches avant de reprendre la route. « Nicolas Sarkozy a ruiné la France. Il nous laisse une dette himalayenne. Nous voulons remettre la main sur la finance. On a besoin d’une République forte ! », déclare Arnaud Montebourg, improbable écho au slogan de campagne Nicolas Sarkozy.

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Publié dans HOLLANDE

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