Millon libéré...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010  Jacques Guyon  18/11/2010

 

Saura-t-on un jour la vérité sur l'attentat de Karachi qui en mai 2002 a coûté la vie à quatorze personnes dont onze Français travaillant pour la DCN ? C'est en tout cas une véritable bombe que vient de lancer l'ancien ministre de la Défense de Jacques Chirac, Charles Millon, en confirmant au juge Van Ruymbeke les soupçons de rétrocommissions liées à la vente de sous-marins français au Pakistan en 1994.


Même si Charles Millon avait déjà évoqué ses soupçons en juin à «Paris-Match» expliquant qu'il avait lui même bloqué le versement de commissions au Pakistan - précisément parce que des éléments sérieux lui permettaient de penser qu'une partie de celles-ci revenait en France - la réitération devant un juge prend évidemment une toute autre valeur, une toute autre ampleur.


Charles Millon - qui est tout sauf un rigolo - mesure forcément l'impact de telles déclarations. Ce témoignage capital vient corroborer les renseignements collectés par un ancien de la DST dans un rapport en partie révélé par «Le Point» en 2008 et qui déjà mettait en cause des responsables de l'armée pakistanaise se jugeant grugés. Le témoignage de Charles Millon - témoignage qui hier s'est retrouvé en intégralité sur le site internet du «Nouvel Obs»... - rend de plus en plus fantaisiste l'hypothèse d'une action menée par Al Qaïda, version qui a longtemps été servie par les enquêteurs aux familles des victimes.


A l'inverse, les propos de l'ancien ministre de la Défense apportent de l'eau au moulin de tous ceux qui pensent que l'attentat est lié au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. Une campagne dont le trésorier était alors un certain Nicolas Sarkozy.


A l'appui de cette thèse, quelques faits troublants comme ce dépôt de 10 millions de francs en liquide sur le compte de la campagne du rival et ancien «ami de 30 ans» de Jacques Chirac ou encore la constitution de curieuses sociétés-écran à l'étranger. Sociétés dont un rapport de la police luxembourgeoise a conclu que l'une d'elles était supervisée par le ministre du Budget français de l'époque. Si on ajoute à cela qu'une de ces officines aux activités particulièrement opaque s'est ensuite appelée... Clearstream, on mesure combien cette affaire est explosive.


Tellement explosive qu'à chaque fois qu'un juge est sur le point de découvrir sinon un début de vérité, au moins une piste, qu'il cherche à étayer par des éléments de preuve, on lui oppose le «secret-défense». Un secret-défense auquel à l'évidence Charles Millon ne se sent plus tenu. Son témoignage va-t-il libérer d'autres paroles ? Une chose est sûre en tout cas: il faut crever l'abcès.


La suspicion est trop grave, le climat trop délétère et les coups trop bas pour qu'on ne lève pas les obstacles qui empêchent la justice de faire son oeuvre. C'est devenu à la fois une exigence de morale politique et une question de salut public.

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Publié dans Affaires

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