Même lutte des classes
Les parents d'élèves des écoles privées viennent de se rendre compte que leur choix d'envoyer leur progéniture dans ces établissements sous contrat ne les garantissait plus ni de l'austérité ni des grèves.
Un enseignant sur deux en grève selon les syndicats. Seulement un sur trois si on écoute Luc Chatel, leur ministre. Au-delà de la sempiternelle bataille des chiffres, ce qu'on retiendra c'est bien moins la quantité des mécontents qui ont fait grève ou ont défilé que le caractère transversal du mécontentement puisqu'hier c'est d'une même voix que les enseignants du public et ceux du privé ont exprimé leur ras-le-bol. Si la mobilisation peut être jugée «importante» dans le public, elle a pris une ampleur inédite dans le privé.
C'est ainsi que dans l'académie de Nantes, phare de l'enseignement privé en France, on a compté hier plus de 30 % de profs grévistes et, fait sans précédent, une quinzaine d'écoles primaires qui n'ont assuré aucun cours... C'est sur le même ton que profs du privé et du public dénoncent une nouvelle dégradation des conditions d'enseignement due à un nouveau tour de vis dans les effectifs, le projet de budget de 2012 prévoyant 14.000 suppressions de postes supplémentaires selon la règle sarkozyenne du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Même si on peut juger la diatribe de Jack Lang dénonçant hier la «sauvagerie» du gouvernement quelque peu outrée, même si on peut estimer que l'ex-ministre de la Culture et de l'Education nationale joue de façon éhontée les opportunistes de service quand surfant sur ce mouvement, il met en avant les 60.000 postes promis par celui qu'il soutient à la primaire socialiste, qui contestera que la décoction administrée n'est plus seulement amère mais est perçue comme insupportable ?
Comment espérer faire du «suivi personnalisé» des élèves les plus en difficulté comme se plaît à le chanter Luc Chatel quand entre 2007 et 2012 on aura supprimé 80.000 postes d'enseignants ? Et ceci alors que, contrairement à ce qui est souvent dit, les effectifs des élèves continuent d'augmenter... Même Claude Allègre, pourtant plus connu pour son penchant iconoclaste que pour son estime immodérée des profs s'est employé hier à souligner la difficulté grandissante du travail de ceux-ci. Outre les problèmes d'effectifs, les enseignants se plaignent également de ne pas être reconnus.
Ils voient dans les dernières statistiques de l'OCDE montrant que les revenus d'un prof français sont en dessous de la moyenne des rémunérations de leurs collègues européens la preuve de cette non-reconnaissance sociale. Si on ajoute à cela que les classes sont non seulement surchargées mais de plus en plus hétérogènes, on comprend la grogne qui s'est exprimée hier encore. Une grogne que plus personne ne peut ignorer. Et même pas désormais les parents d'élèves des écoles privées qui viennent de se rendre compte que leur choix d'envoyer leur progéniture dans ces établissements sous contrat ne les garantissait plus ni de l'austérité ni des grèves.