Médicaments: un pavé dans la mare

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

Même si on n'avait pas attendu hier pour penser que le scandale du Mediator n'était que l'arbre qui cachait une forêt bien touffue de petits arrangements et de grandes compromissions, de petites lâchetés et de grandes scléroses, le rapport remis ce mercredi à Nicolas Sarkozy et à son ministre de la Santé sur la sécurité sanitaire en France fait l'effet d'un véritable pavé dans la mare. Un pavé qui éclabousse haut et large. On pouvait d'ailleurs s'y attendre quand on sait la liberté de parole de ses rédacteurs.

Les professeurs Bernard Debré, urologue et député UMP, et Philippe Even, pneumologue, sont en effet connus pour le peu d'intérêt qu'ils portent au «politiquement correct» autant que pour leur détestation assumée de la langue de bois. Tous deux avaient d'ailleurs dénoncé par le passé dans des livres les conflits d'intérêts, gabegies et autres passe-droits qui entourent le monde du médicament. Ces pavés, sans doute trop copieux comme le regrettait il y a peu le professeur Debré, n'avaient pas connu l'attention médiatique qu'ils méritaient.

Cette fois-ci, les deux professeurs ont donc fait plus court - 85 pages - mais pas plus light ! Résultat: un véritable réquisitoire de l'actuel fonctionnement de notre système du médicament. Au fil du rapport, on peut ainsi découvrir que les 3.500 experts chargés de l'évaluation de la toxicité des médicaments que prennent 65 millions de Français ne sont pas... des experts. Ou tellement médiocres et mal payés, tellement béni-oui-oui et velléitaires, qu'on pourrait avantageusement les remplacer par une quarantaine de véritables spécialistes issus des universités qu'on détacherait à plein-temps à cette tâche. Des experts qui contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, seraient totalement indépendants des laboratoires pharmaceutiques et... responsables de leurs décisions.

L'actuelle Agence française de sécurité en prend singulièrement pour son grade. Si elle«n'existait pas, il ne faudrait pas l'inventer» balancent les deux profs qui expliquent que les décisions qu'elle prend le sont par un vote «démocratique de type bananier». Ils préconisent d'éclater l'Afssaps en deux agences autonomes, l'une se concentrant sur les dangers des médicaments et l'autre chargée de leur évaluation en terme d'efficacité réelle. Trop de médicaments inutiles et coûteux pourraient ainsi être supprimés.

Et surtout, on pourrait ne plus être les champions européens de lenteur quand il s'agit de retirer des médicaments dangereux. Entre réquisitoire et solutions radicales, ce rapport donne les clés d'un nouveau mode d'organisation de notre sécurité sanitaire. Reste à Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand qui avaient commandé ce rapport à saisir ces clés qui ouvrent certes des portes aux patients mais en feront grincer d'autres du côté des industriels et des hauts fonctionnaires de la Santé publique. Mais dans ce cas n'est-ce pas aux politiques d'opérer ?

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Publié dans Santé

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