Mediator: la polémique qui fait tache

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Peut-être indirectement responsables mais pas coupables: le système de défense des médecins épouse celui des neuf ministres de la Santé successifs affirmant n'avoir jamais eu connaissance en 33 ans des alarmes anciennes et multiples venant de France et de l'étranger. 

 

Marche arrière toute ! Hier soir, le ministre de la Santé Xavier Bertrand a assuré hier que les médecins ne seront pas les «payeurs» des indemnisations liées aux ravages du Mediator. «Mettre sur un même plan les laboratoires Servier et les médecins, c'est n'importe quoi, c'est ahurissant», a-t-il lancé. Cette mise au point a toutes les allures d'une volte-face à quelques jours de la mise en place, mercredi, de la commission d'indemnisation des victimes du Mediator.

Tout le week-end, et jusqu'aux dénégations de Xavier Bertrand, la polémique a enflé sur la base d'une information, initialement confirmée par le ministère de la Santé, selon laquelle des médecins ayant prescrit le Mediator seraient amenés «à participer à l'indemnisation des victimes» si leur «responsabilité» venait à être établie.

La menace visait des centaines de praticiens prescripteurs du Mediator comme coupe-faim dans le cadre de régimes amaigrissants, alors que ce médicament était prévu en traitement d'appoint des diabétiques. Fureur des médecins refusant d'être transformés en «bouc-émissaires» et menaces sur la réponse étatique qui, sur la base d'un rapport de l'Igas, fait des laboratoires Servier le «responsable direct» de cette catastrophe sanitaire.

Avec son système d'indemnisation pris en charge en amont par l'Etat qui ferait ensuite payer intégralement Servier, Xavier Bertrand avait habilement manoeuvré. Pour le ministre de la Santé, il était donc urgent de désamorcer une polémique relançant la question dérangeante des multiples responsabilités du scandale Mediator.

Les médecins assurent que Servier leur avait garanti la parfaite innocuité du Mediator. Peut-être indirectement responsables mais pas coupables: le système de défense des médecins épouse celui des neuf ministres de la Santé successifs affirmant n'avoir jamais eu connaissance en 33 ans des alarmes anciennes et multiples venant de France et de l'étranger.

La responsabilité écrasante des laboratoires Servier est certes incontestable, faite d'un lobbying incessant pour retarder une interdiction du Mediator décidée depuis des années dans d'autres pays. Elle ne saurait totalement exonérer la légèreté de nombre de médecins nutritionnistes et des autorités qui ont durablement laissé filer les yeux fermés un scandale ayant provoqué la mort de 500 à 2.000 patients et coûté la bagatelle de 1,2 milliard d'euros en remboursements à la Sécurité sociale.

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Publié dans Santé

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