Mediapart lance FrenchLeaks

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

L'information n'est pas une affaire de journaliste. Elle est le droit le plus élémentaire des citoyens. C'est pour faire mieux vivre ce principe fondamental et tenter, à notre échelle, d'élargir les droits des citoyens que Mediapart lance ce jeudi 10 mars FrenchLeaks.

 

 

FrenchLeaks, en un écho amical avec WikiLeaks, propose avec le renfort d'une participation citoyenne d'élargir les champs d'information en France. Avec un objectif et un seul : réhabiliter le principe d'intérêt public, cet intérêt public que les pouvoirs quels qu'ils soient – politiques ou économiques – s'efforcent trop souvent de dévoyer.

FrenchLeaks est donc un site de documents et de lanceurs d'alerte. Le principe de base est des plus simple : s'agissant des affaires publiques, la publicité doit être la règle, et le secret l'exception. Tout document qui concerne le sort des peuples, des nations et des sociétés mérite d'être connu du public. Pour que ce public puisse se faire son opinion, juger sur pièces, choisir pour agir, influer sur les affaires du monde et sur la politique des gouvernements.

 

 

Enregistrement dans l'affaire Bettencourt.

 

FrenchLeaks est une base documentaire de textes, images, sons, films. Il s'agit d'abord de mettre à la libre disposition du public des documents ayant déjà fait l'objet d'investigations de l'équipe de journalistes de Mediapart. C'est ainsi que nous proposons dès le lancement de ce nouveau site plusieurs dossiers importants : les pièces principales de l'affaire Karachi ; les enregistrements pirates qui ont déclenché le scandale Bettencourt/Woerth (ici, notre dossier complet) ; de nombreux rapports internes, et de divers organismes financiers, sur la crise des Caisses d'épargne ; des documents confidentiels éclairant les contours et le fonctionnement du groupe Bolloré...

 

D'autres documents et rapports, déjà cités dans des enquêtes publiées par Mediapart, seront ainsi rendus au public dans les jours qui viennent.

 

Mais FrenchLeaks est aussi destiné à aider les citoyens à percer les murs de silence injustifiés. Il permet à des sources de nous transmettre, en toute sécurité et confidentialité, des documents d'intérêt public qui seront mis en ligne après une enquête préalable répondant aux règles professionnelles du journalisme. La révolution numérique permet de renforcer le droit à l'information. Et l'invention de médias participatifs autorise la création de nouveaux modèles, où les lecteurs sont associés aux contenus. Ils peuvent contribuer, alerter et informer.

 

Révolutions arabes et situation française

 

FrenchLeaks fera vivre cette nouvelle alliance entre les journalistes et les citoyens autour du droit du public à connaître toute information d'intérêt général. Ainsi les documents transmis par des sources, à qui nous garantissons une totale confidentialité grâce à un dispositif technique sécurisé et crypté, seront-ils validés, expertisés, contextualisés, avant d'être mis en ligne dans leur intégralité. Soyons clairs : n'est pas d'intérêt public tout ce qui relève de la vie privée et s'émancipe du respect des droits de la personne.

 

FrenchLeaks apparaît ainsi comme un prolongement logique du projet éditorial de Mediapart. Le 16 mars 2008, quand nous lancions ce nouveau journal en ligne, nous l'avions ainsi présenté : « Il s'inscrit dans une longue tradition démocratique qui fait de la presse l'instrument d'une transparence sur les actes du gouvernement, sur la vie des entreprises, sur tous les lieux de pouvoir, quels qu'ils soient.» Et nous mettions en avant son innovation radicale : un journal participatif « où ses lecteurs peuvent s'exprimer librement, créer leur actualité, lancer leurs débats, soulever des discussions, provoquer des réflexions» (article complet à lire ici). Ces deux principes sont au cœur de ce nouveau site.

 

Site miroir de WikiLeaks.
Site miroir de WikiLeaks.
Alors pourquoi lancer maintenant ce site dédié aux lanceurs d'alerte ? La révolution WikiLeaks (notre article «Nous sommes tous des WikiLeaks»), qui a fait basculer l'information dans une nouvelle ère, nous a bien évidemment aidés à accélérer des réflexions engagées depuis plusieurs mois. Les révolutions arabes ont été un autre accélérateur, tant elles démontrent que le dévoilement de la nature de régimes dictatoriaux a été le moteur de ces insurrections démocratiques et sociales.

 

 

La situation française, enfin, a achevé de nous convaincre qu'il était plus que temps d'engager ce nouveau combat pour l'information. La France est en guerre depuis bientôt dix ans, dans ce bourbier afghan où l'échec est le seul horizon. Cinquante-quatre soldats français ont été tués à ce jour, dans une indifférence quasi générale et sans qu'un véritable débat public soit engagé alors que des milliers d'hommes ont été envoyés sur le terrain. Il y a deux ans, Mediapart avait voulu faire ce que la presse anglo-saxonne a multiplié : un simple inventaire biographique des soldats tués sur le front. Nous n'avons eu de cesse de nous heurter aux silences répétés du ministère de la défense, désireux d'abord de taire la réalité de notre engagement militaire.

 

Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, dans un pays où la culture publique est d'abord celle du secret. Du secret défense, que le pouvoir sarkozyste n'a cessé de renforcer et d'élargir, bloquant ainsi plusieurs enquêtes judiciaires ultra-sensibles (lire ici notre entretien avec le juge d'instruction Marc Trévidic). Du secret à tout-va et hors de toute règle, qui permet ainsi au ministère des affaires étrangères de ne rendre aucun compte public de cette «politique arabe» qui s'est achevée en un naufrage.

 

Que des diplomates, dans un appel public (à lire en cliquant ici), en viennent à souhaiter un WikiLeaks français («Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions») pour que leur travail sur les pays arabes soit rendu public, qu'un ancien ambassadeur en Tunisie demande «la publication d'une partie de la correspondance diplomatique» (entretien à lire en cliquant ici) dit bien le malaise qui s'est emparé d'une partie de l'appareil d'Etat face à un pouvoir qui s'émancipe de ce principe fondamental : rendre compte.

 

uestions démocratiques

Enfin, la multiplication des «affaires» comme des conflits d'intérêts, symptômes d'un affaissement de l'éthique républicaine, rend plus que nécessaire de nouveaux modes d'investigation. Le scandale Bettencourt révélé par Mediapart, et justement jugé «d'intérêt public» à deux reprises par les tribunaux (lire ici notre article sur le jugement de la cour d'appel), a montré combien des questions démocratiques essentielles demeurent posées : le financement de la vie politique ; l'égalité devant l'impôt ; l'indépendance de la justice ; l'autonomie du pouvoir politique par rapport au monde des affaires.

 

FrenchLeaks doit aider à progresser dans l'approfondissement de ce débat démocratique. Notre petite cléricature politico (et parfois)-médiatique criera une fois de plus à la«dictature de la transparence», comme elle s'était horrifiée du séisme WikiLeaks. Laissons-la s'engloutir dans la dislocation d'un système politique devenu tellement sourd aux appels de la société qu'il autorise l'extrême droite xénophobe à tenir le haut de pavé.

 

FrenchLeaks est aussi un site de journalisme. Nous garantissons à ses participants une mise en œuvre obstinée de la protection du secret des sources. D'abord par un dispositif technique innovant. Cela pourra sans doute faire sourire les premiers abonnés de Mediapart qui se souviennent encore des hoquets et pannes en série des débuts de Mediapart. Nous avons cette fois procédé différemment pour garantir cette confidentialité des sources et l'intégrité des documents.

 

Bâti avec des logiciels libres tels que SPIP, FrenchLeaks est un site sécurisé. Nicolas Silberman, qui a rejoint Mediapart il y a quelques mois pour en prendre la direction technique, résume ainsi le travail accompli :«L'expérience WikiLeaks nous a fait mettre en place de solides garde-fous ; ils nous permettent d'optimiser la stabilité et la sécurité de ce site.»

 

 Aux lanceurs d'alerte qui posteront sur FrenchLeaks des documents, nous garantissons ainsi une double sécurité, technique et déontologique puisqu'un travail respectant les règles du journalisme sera effectué sur ces documents avant leur publication. C'est une condition impérative pour qu'ensemble, nous puissions faire progresser le droit à l'information.

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Publié dans Medias

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