Martine Aubry préfère parler d'une «autre France» que de 2012

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-129 Août 2010 Par 

«Être ambitieux et sérieux». Voilà comment l'une des premières plumes de Martine Aubry, le fabiusien Guillaume Bachelay, résume le discours de clôture de sa première secrétaire, au terme des universités d'été du PS à La Rochelle. L'intervention était attendue, venant conclure une longue période estivale de mutisme, Solférino ayant choisi de ne pas rentrer dans le jeu et l'agenda sécuritaire de Nicolas Sarkozy.

Au final, ce discours fut à l'image de la «séquence rochelaise», telle qu'elle a été collectivement mise en scène par les divers leaders socialistes et leurs représentants, tout au long du vieux port et du week-end: une démonstration d'unité, pas beaucoup de propositions, des ambitions sous le tapis, et une promesse pour la suite.

«Jour pour jour, on a conclu la période de rénovation du parti (entamée à la Rochelle en 2009), désormais Martine peut s'occuper de la France», explique un proche d'Aubry. Et pour cela, après «la France qu'on aime» et «la vie qu'on veut», la patronne du PS a défendu un nouveau slogan dont on ne sait encore quelle sera sa postérité: «L'autre France». Sous-entendre: pas celle de Nicolas Sarkozy.

Au final, une heure et demie de paroles, régulièrement interrompue par les applaudissements de presqu'un millier de militants et cadres du parti (rarement aussi nombreux au palais des congrès de l'Encan). Et le sentiment d'un discours où Aubry a enchaîné les va-et-vient vaguement programmatiques avec les réactions à l'actualité, plusieurs sujets revenant à plusieurs moments différents.«Elle a posé les jalons de l'alternance», explique Bachelay, justifiant le choix sémantique d'une construction discursive chronologique: «Elle a parlé de l'été, puis de l'automne».

Sur l'été, donc, Aubry a cherché à appuyer là où ça fait mal, pour s'en prendre à l'action estivale de Nicolas Sarkozy: «Quand la droite s'enferre dans ses échecs ou ses affaires, elle sort sa botte secrète: le discours contre l'insécurité ; la « guerre nationale » décrétée aux voyous ; la faute aux immigrés, aux minorités, aux parents, aux enfants, aux maires, bref la faute à tous, sauf à ceux qui ont tous les leviers du pouvoir d'Etat depuis bientôt dix ans...»

Pêle-mêle, elle s'en prendra ensuite au Sarkozy des expulsions de Roms, au Sarkozy ayant abandonné ses promesses écologiques, au Sarkozy n'ayant rien changé aux rémunérations de traders qui «sont les mêmes qu'avant la crise», à sa gestion calamiteuse des finances publiques, à «l'omniprésence et l'obsession de l'argent» entourant la présidence depuis le Fouquet's jusqu'à l'affaire Woerth... «Cet été a été l'été de la honte», résume-t-elle enfin, avant de moquer celui qui, «candidat, promettait la République de Jaurès pour finalement exhumer comme président la société de Balzac».

Quant à l'automne qui se profile, Aubry a affiché son optimiste («Les Français se tournent à nouveau vers nous, car ils nous voient se tourner vers eux»), bien que lucide sur le chemin à parcourir pour le PS («Nous ne pouvons pas ne pas voir le silence des urnes»). Selon elle, «l'autre France» a pour corollaire un rôle important dans l'Europe et dans le monde. «On ne peut pas se résigner, nous devons redonner un cap», estime-t-elle tout en citant son père Jacques Delors («L’Europe, c’est la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce, la solidarité qui unit»), tout en reconnaissant l'imperfection de l'héritage: «Force est de constater que seul le premier terme a été pleinement mis en place». Elle plaide aussi pour une «Europe euro-méditerranéenne puis euro-africaine», appelle à repenser le multilatéralisme, à s'impliquer dans la résolution du conflit israélo-palestinien, à «s'en aller d'Afghanistan, si l'on n'y aide pas le peuple».

Sans que l'on n'ait bien compris s'il s'agissait d'axes de travail uniquement automnaux ou destinés à prospérer programmatiquement en vue de la présidentielle, Aubry a insisté sur sa vision économique (répondre à la désindustrialisation en investissant sur l'innovation, lutte contre la précarité, égalité salariale homme/femme). Puis elle a parlé sécurité.

Si Martine Aubry n'a rien dévoilé des propositions socialistes en la matière (qui seront révélées le 2 octobre à Paris prochain en compagnie de maires PS de toute la France), elle a voulu faire passer le message suivant : «il faut mettre de la raison et des moyens, et nous montrerons que la crédibilité a changé de camp».

Pour l'heure, on s'en tient encore à une virulente critique de la droite, en cherchant à opposer une contre-méthode: «Le président a choisi la polémique, nous la politique. Sarkozy a choisi le pugilat, nous voulons les résultats. Il souffle sur les braises, nous voulons les éteindre.» Aubry a toutefois voulu marquer l'expérience municipale des socialistes, comme avant-goût des possibles socialistes, dans la réflexion sur la tranquillité publique.

«Dans nos villes, nous sommes au premier rang. Nous savons de quoi nous parlons», lance-t-elle, citant «l'office de tranquillité» à Toulouse, la «risposte graduée» à Aulnay-sous-Bois, les «citoyens référents» à Aubervilliers, «les cellules de veille» à Lille, la «maison des parents désorientés face à la violence d'un enfant à Bondy», «le groupe opérationnel contre la violence en bande à Sarcelles», «l'éducation à la citoyenneté à Créteil»... La première secrétaire a également cité les expériences à l'étranger (Pays-Bas ou Allemagne), mettant l'accent sur les travaux d'intérêt général et ouvrant la réflexion «sur les lieux semi-ouverts, ouverts ou fermés».

Après le discours, le secrétaire national à la sécurité, Jean-Jacques Urvoas (interviewé par Mediapart il y a trois semaines) explique avoir déjà beaucoup travaillé, notamment sur la notion de «déterritoralisation des délinquants», et confie croire beaucoup dans le travail de la gendarmerie,«qui couvre 80% du territoire».

 

Enfin, n'abordant que très rapidement la présidentielle de 2012, Martine Aubry a  appelé tous les prétendants à «respecter l'échéance des primaires» (le dépôt des candidatures commence en juin 2011).

Pour l'instant chaussée des bottes de chef de parti, elle promet que «la droite va être débordée par nos propositions», et a filé la métaphore sportive en comparant l'unité socialiste devant continuer d'être martelé à l'opinion d'ici là, aux exploits des nageurs et athlètes français: «Seul le collectif met en valeur les individualités, même dans les sports individuels».

Seule limite de la métaphore, ceux qu'on a vu émerger cet été sont à chercher du côté des sprinters. Beaucoup moins des coureurs de fond.

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Publié dans PS

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