Martine Aubry «en situation» pour 2012, ils y croient
«Ma détermination… Notre détermination est totale.» Dimanche soir, au siège du PS, Martine Aubry a bien exprimé dans ce bout de phrase toute l'ambiguïté de sa stratégie, oscillant entre le «je» et le «nous». Le «je» d'une patronne de parti qui s'est remis à gagner des élections (régionales puis cantonales), qu'elle a remis au travail et qui va dévoiler son projet présidentiel le 5 avril. Mais aussi le «nous» d'un collectif issu du congrès de Reims de 2008 qui a fait d'elle la première secrétaire nationale, soutenue tout à la fois par les strauss-kahniens, les fabiusiens, les proches de Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon.
Ce lundi, 47 députés lancent un appel à soutenir l'action de Martine Aubry. Un appel qui ne dit pas grand-chose de précis, mais qui laisse entendre leur souhait de la voir être la représentante socialiste à la prochaine élection présidentielle. Parmi ces députés, on retrouve ainsi tous les proches de la maire de Lille, compères de longue date (François Lamy, Marylise Lebranchu, Daniel Goldberg) ou plus récents (Christian Paul, Catherine Lemorton, Alain Vidalies), mais aussi ceux de Delanoë (Pierre Cohen, Jean Glavany) ou de Hamon (Olivier Dussopt, Régis Juanico). On y retrouve aussi quelques fabiusiens (Didier Mathus ou Kléber Mesquida), mais pas Laurent Fabius lui-même.
Car désormais le jeu est serré pour tous ces partisans d'une candidature Aubry. Les proches de Dominique Strauss-Kahn (qui n'ont pas signé l'appel) ont avancé leurs pions, espérant désormais, après Fabius, convaincre François Hollande et les siens de les rejoindre. Hypothèse peu probable, tant la détermination de l'ancien premier secrétaire semble entière, tout comme celle d'Arnaud Montebourg. En retrait depuis quelques semaines, Ségolène Royal semble en revanche hésiter à vouloir aller au bout, depuis sa déclaration de pré-candidature de décembre. Bien qu'elle continue à faire salle comble lors de ses déplacements, elle pourrait ressusciter le pacte de non-concurrence avec DSK, dont elle se prévalait à la fin de l'été dernier.
Interrogés dimanche soir au siège du PS, les soutiens d'Aubry ne veulent pas officialiser, eux non plus, quelque candidature que ce soit. «Il est évident que ça chemine et qu'elle est soucieuse de montrer qu'elle a bien fait le boulot, et que désormais être première secrétaire n'est plus un handicap pour postuler à la présidentielle», explique un de ses conseillers.
Pour Christian Paul, qui préside également le Laboratoire des idées socialistes, «depuis deux ans, la méthode Aubry a payé, franchissant les obstacles les uns après les autres. Il nous faut maintenant la soutenir pour réussir les échéances clés à venir: le projet, le rassemblement de la gauche et l'organisation des primaires. Aujourd'hui, il est clair que son leadership est consolidé, et qu'elle apparaît au cœur de la gauche. Elle a redonné le goût de la politique aux militants». Façon de dire que l'éventuel candidat Strauss-Kahn n'a lui aucune responsabilité dans cet état des lieux.
L'ancienne ministre Marie-Noëlle Lienemann veut croire dur comme fer qu'Aubry ira, et que c'est sur le rassemblement à gauche qu'elle assoira définitivement sa légitimité. «Il faut qu'on l'aide à avancer là-dessus, car les strauss-kahniens vont continuer à organiser la dissuasion par les sondages, et Hollande va en rajouter sur le côté “crédibilité de centre-droit”, dit-elle. Mais à l'issue de la convention sur le projet, si personne n'ose se compter, ni chez les “Strauss” ni chez les “Hollandais”, il faudra qu'on m'explique comment elle ne pourrait pas être la meilleure pour porter un programme et des alliances qu'elle a jusqu'ici coordonnés.»
Pour son numéro deux, Harlem Désir, «le résultat des cantonales est une victoire du PS de Martine Aubry. Elle en a refait une machine à gagner et à rassembler la gauche, en étant au centre de l'identité socialiste et républicaine, cette identité de tous ceux qui veulent faire gagner la gauche en 2012». Selon lui, «elle est aujourd'hui en situation, mais elle doit d'abord présenter le projet du PS. Le temps de la décision viendra ensuite…».
Mais il convient de ne pas écarter non plus l'hypothèse, défendue par le challenger aux primaires Arnaud Montebourg, d'une Aubry continuant à «chauffer la place» de son ami Strauss-Kahn jusqu'au mois de juin. Elle laisserait ainsi croire à certains de ses soutiens (notamment l'aile gauche du parti) qu'elle pourrait y aller, afin de faciliter le «parachutage de “Dominique”». Aubry occuperait ainsi le vide et l'espace, soignant sa capacité à être un recours en cas de renoncement de DSK. Mais pas forcément davantage, au grand dam alors de nombreux des députés signataires.