Marine Le Pen : questions et réponses

Publié le par DA Estérel 83

LE BLOG DE JULIEN DRAY

 

 

 

 

La polémique grandit sur la possibilité d’une non-qualification de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle, faute d’un nombre suffisant de signatures d’élus. Ce débat, n’en doutons pas, ne va faire que monter, et il pose en vérité des questions de fond – sur la place du Front National dans la vie politique française – qui ne se limitent pas à une affaire administrative, et auxquelles il faut répondre.


La première question est relative aux intentions de vote importantes dont est créditée Marine Le Pen dans les sondages. Faut-il en conclure rapidement, comme on l’entend souvent, que ces sondages traduisent l’adéquation parfaite entre le FN et l’état actuel de notre société ? Que Marine Le Pen représente à elle seule le vote populaire et ouvrier ? Que Marine Le Pen, comme son père, posent « les bonnes questions » et que c’est à ces questions que les autres partis devraient répondre ? Non. Car le rapport entre un discours politique et les citoyens n’est pas statique ni figé. Marine Le Pen aborde des difficultés réelles des Français, mais elle en donne une lecture, un sens politique, une signification qui lui sont propres.

C’est bien là le risque : si on lui laisse politiquement le champ libre, elle a toute latitude pour travailler la conscience des électeurs, imposer sa grille de lecture, et transformer des sentiments latents (la xénophobie, par exemple) en des tendances beaucoup plus lourdes. On ne combat pas le FN en faisant assaut de démagogie ou en courant derrière lui, mais en lui opposant une autre grille de lecture. En posant nos propres questions, et leur apportant nos propres réponses.

Deuxième question : faut-il interdire le Front National ? Son actuel et apparent « recentrage » rend cette question moins aiguë ; mais dans tous les cas, du moment que ce parti a accepté le cadre républicain, et ne s’est pas engagé dans la dérive fascisante qu’il aurait pu connaître, son interdiction semble difficilement défendable. Bien sûr, c’est un parti dangereux, qui cache mal, derrière sa façade plus fréquentable des derniers mois, des éléments et des personnalités appartenant à l’extrême-droite la plus dure et la plus traditionnelle. Il s’est néanmoins inscrit dans la pratique de nos institutions. Le reste de la classe politique, du reste, a sa part de responsabilité dans ses succès : le FN a d’abord prospéré sur les hésitations de ses adversaires, sur la défense insuffisante du modèle républicain, et sur des erreurs stratégiques récurrentes. Comme celle consistant à répondre à son extrémisme par l’excès, en criant au nazisme à tous bouts de champ. Les imprécations, encore une fois, ne remplaceront jamais une confrontation idéologique.

Troisième question, enfin : l’affaire des signatures. Faut-il changer la loi, et abaisser le nombre de parrainages nécessaires ? Bien sûr, en cohérence avec ce que je viens de dire, il est normal que Marine Le Pen puisse s’exprimer. Mais elle n’a pas à bénéficier d’un régime d’exception. Si la loi est si mauvaise, il fallait le dire avant. Probablement la candidate du FN espérait-elle, comme son père avant elle, jouer la partition de sa victimisation, tout en rassemblent discrètement, tranquillement, les signatures nécessaires. Mais avec la tension et la bipolarisation PS contre UMP de cette élection 2012, les signatures se font plus dures à obtenir. On peut dire : « ce n’est pas normal, c’est un problème pour la démocratie » ; mais attention. C’est mettre le doigt dans un engrenage dangereux, au bout duquel on s’entendra dire : « il faut que le PS donne les signatures à Marine Le Pen, pour le bien de la démocratie ! ». On peut aussi voir les choses autrement. Que penser d’une candidate qui n’est pas capable de convaincre 1% des élus – des élus à qui personne ne met un pistolet sur la tempe pour les empêcher de la soutenir, pourtant ? C’est bien qu’il y a un problème, et un problème de nature politique. Sa tentative de « dédiabolisation » peine à convaincre. Et il n’y a pas d’autre responsable à chercher, pour cela, que le FN lui-même.

Julien Dray

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Publié dans Billet

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