Marine Le Pen cartonne : douche froide pour une génération
Par RichardTrois
Pas le temps de se réjouir de l’excellent résultat de François Hollande qui non seulement obtient 28,5% des voix mais arrive en tête de ce premier tour. On avait beau l’imaginer, le redouter, le voir venir en parcourant la France, de Gandrange au grand sud, des banlieues aux campagnes, le score de l’extrême-droite fait l’effet d’une douche froide. Pour beaucoup à gauche et parmi les plus jeunes comme les plus anciens, l’engagement politique à gauche est très souvent né de la volonté de réduire l’influence néfaste, nauséabonde du Front National et de Jean-Marie Le Pen sur la vie politique française. Des années 80 au choc du 21 avril 2002 et de l’élimination de la gauche. Et pour ces derniers la douche est carrément glacée : Ils, nous pouvons nous dire à raison : 2002-2012, tout ça pour ça.
10 ans pour ça. Tout ce travail, cet enthousiasme, ces heures de bataille, de militantisme, d’écrits, de convictions partagées pour voir Marine Le Pen améliorer le score de son père en 2002 de plus de 2%, tutoyer pratiquement les 20% (son résultat final devrait être proche de 18 %) et la regarder pendant cette soirée électorale danser sur Marcia Baïla des Rita Mitsouko après sa valse brune à Vienne, tout s’érigeant défenseur de la France des clochers, des petites gens et imaginant déjà la “vague bleue Marine” arriver jusqu’à l’Assemblée Nationale… Elle a de quoi pavoiser la Marine quand bien même elle ne figure pas au second tour. Son Front National dédiabolisé, malgré les citations de Brasillach, les comparaisons La Concorde-Nuremberg et le bal néo-nazi de Vienne, Autriche, s’est enraciné encore et toujours.
Et Marine Le Pen peut remercier son meilleur agent électoral, Nicolas Sarkozy président de la République. Le Président-candidat porte une double-responsabilité. Il a été depuis sa campagne de 2007 jusqu’à celle de 2012 et dans le cadre de l’exercice de son mandat, son meilleur allié dans sa stratégie de dédiabolisation. Identité nationale, burqa, halal, Fouquet’s, affaires Bettencourt, Karachi, etc… Tout Nicolas Sarkozy a contribué à légitimer le Front National et ses thèmes. La stratégie Buisson a fait long feu. Tout comme l’immobilisme de la droite depuis 10 ans face à l’insécurité, la désindustrialisation, la paupérisation rurale, etc.
La gauche et les socialistes portent aussi une part de responsabilité dans la permanence et l’amélioration du score Le Pen, de l’élimination méthodique celle qui pouvait à nouveau porter les espoirs des catégories populaires, rurales, à la pantalonnade DSK en passant par une campagne rigoureuse, droite mais insuffisamment saillante sur les thèmes qui préoccupent ceux qui ont porté leurs suffrages sur Marine Le Pen. Un vote de souffrance face aux drames que vivent les mondes ouvriers, ruraux et péri-urbains depuis tant d’années …
François Hollande a devant lui l’opportunité historique d’arrêter la machine Le Pen en s’adressant à cet électorat qui désespère d’être entendu, qui désespère de voir des solutions pérennes apportées aux problèmes qu’il subit depuis des années. Comme nous l’écrivons ici, il faut aller chercher ces voix et ne pas se contenter d’additionner celle de Mélenchon et les reports de Bayrou.
Haut-les cœurs, avec François, Martine, Ségolène, Jean-Luc, Arnaud et tant d’autres, pour que ce succès Lepéniste soit le dernier et pour que la victoire de la gauche se réalise enfin et porte en elle le reflux définitif de l’extrême-droite.