Le procureur genevois Jean-Bernard Schmid aime rappeler que son homologue français Philippe Courroye, alors en charge du dossier Bettencourt, ne lui avait demandé d'enquêter que sur un seul sujet en 2010 : la femme la plus riche de l'Hexagone "était-elle victime d'aigrefins ?" En clair, certains membres de son entourage piochaient-ils dans le pactole que Liliane Bettencourt détenait en Suisse ?
Sur les bords du lac Léman, on estime que l'actionnaire de L'Oréal n'avait vraisemblablement pas besoin de ses avoirs en Suisse pour assurer son train de vie. René Merkt, l'avocat genevois de Liliane Bettencourt, qui a succédé à son père Maurice Merkt en 1976, n'a donc pas fait de difficultés pour livrer aux justices suisse et françaisele 1er octobre 2010 toute la documentation concernant à la fois L'Oréal, Eugène Schueller, fondateur de L'Oréal et père de Liliane Bettencourt, et les Bettencourt depuis 1942.
2 m3 de documentation
Apparemment, le procureur Philippe Courroye ne s'est pas précipité pour éplucher les deux mètres cubes de documents réquisitionnés au cabinet de René Merkt. "Il n'y a absolument rien de nouveau. L'avocat René Merkt a été entendu une troisième fois la semaine dernière. Il a dit exactement la même chose que les deux fois précédentes", souligne le procureur Jean-Bernard Schmid. Le fait que René Merkt n'ait pas été inquiété par la justice laisse penser que ce ne serait pas lui qui aurait piqué dans la caisse.
"Je n'avais pas de contact direct avec ma cliente, Liliane Bettencourt. C'est son homme de confiance, Patrice de Maistre, qui me demandait de mettre à sa disposition des fonds. Comme je suis avocat, mais pas banquier, ce n'est pas moi qui transportais l'argent. Et je ne demandais pas à Patrice de Maistre quelle était la destination finale des fonds", explique René Merkt. L'avocat, installé rue du Général-Dufour à Genève, dit tout ignorer de l'identité des bénéficiaires des quatre millions d'euros transférés de Suisse en France, entre 2007 et 2009, par l'organisme de compensation Cofinor.
Chaque fois, Patrice de Maistre
"Liliane Bettencourt a-t-elle été abusée ? L'argent sortait-il de Suisse avec ou sans son aval ? Pour le moment, je n'en sais rien. J'en reste aux déclarations de son avocat suisse René Merkt : c'était chaque fois Patrice de Maistre qui passait commande. Ensuite, que faisait-il de ces sommes ? C'est aux magistrats français de tenter de répondre à toutes ces questions", affirme le procureur genevois, également en charge des commissions rogatoires concernant la vente des sous-marins français au Pakistan.