Les socialistes calent leurs montres
Martine Aubry a réussi à imposer son timing. De la même façon qu'elle continue à son rythme à poser les fondations du projet socialiste pour la présidentielle. Un projet essentiel à ses yeux.
Dans un livre à sortir - «Martine Aubry, les secrets d'une ambition» - les auteurs rapportent que le jour où elle a pris la tête du PS, Jacques Delors a glissé à sa fille un très court «bon courage» qui en disait très long sur les difficultés qu'il pressentait pour la nouvelle Première secrétaire. Qui aurait dit en effet en novembre 2008 au sortir d'un duel sans merci avec Ségolène Royal et d'un résultat tellement entaché d'irrégularités en tous sens qu'il a été à un doigt de faire imploser le PS que Martine Aubry réussirait à s'imposer ?
Qui aurait cru il y a peu encore que les «éléphants» se retrouveraient au complet - si on excepte DSK représenté par Jean Christophe Cambadélis - hier rue de Solférino pour entonner le choeur de l'unité et de la camaraderie retrouvées ?
Même s'il ne s'agissait certes que de s'entendre sur un calendrier pour l'organisation des primaires, qui aurait parié il y a quelques semaines encore sur ce spectacle d'entente cordiale et de larges sourires affichés à l'envi ? Une Ségolène Royal saluant «l'esprit d'union et l'état d'esprit fraternel», un François Hollande évoquant «un très bon esprit dans la discussion» et une Martine Aubry couronnant le tout pour parler d'une «réunion assez formidable»: il y a bien longtemps qu'on n'avait vu ça au siège du PS...
Même si elle est quelque peu outrée, force est de constater que les symphatisants socialistes doivent cette démonstration d'unité à la volonté persévérante et laborieuse de la Première secrétaire. C'est une Martine Aubry à la manoeuvre, recevant depuis des semaines tous les candidats putatifs, qui a réussi à imposer son agenda pour la désignation de celui qui portera les couleurs du PS à la présidentielle.
Même si François Hollande continue à penser qu'il aurait été préférable de désigner le candidat plus tôt, même si en cela il était soutenu par une Ségolène Royal dont on sait désormais la place qu'elle réserve à DSK dans son casting personnel, même si ce même DSK aurait lui préféré jouer encore un peu plus la montre avant de dévoiler ses intentions, Martine Aubry a réussi à imposer son timing. De la même façon qu'elle continue à son rythme à poser les fondations du projet socialiste pour la présidentielle. Un projet essentiel à ses yeux.
En effet, même si personne - même au bureau national du PS... - ne peut imaginer que ce projet constitue les tables de la loi de celui qui portera les couleurs des socialistes dans la course à l'Elysée, aucun des candidats aux primaires ne pourra non plus s'en affranchir autrement qu'à la marge. Reste précisément à savoir comment les candidats aux primaires sauront faire entendre leurs différences. Ils devront à la fois s'appuyer sur un texte qu'ils auront co-produit et l'interpréter à leur façon. L'harmonie affichée d'hier suffira-t-elle à éviter les couacs de demain ?
On ne devrait pas attendre l'automne pour le savoir.
J.Guyon