Les risques de l'après Kadhafi
La mission des «amis» de la Libye est loin d'être terminée avec l'éviction de Kadhafi de Tripoli. Le risque du scénario du pire ne doit pas être exclu.
Les rebelles libyens traquaient encore hier, selon leurs propres termes «l'insecte» Kadhafi et la guerre civile n'est pas encore terminée avec notamment la résistance de la région de Syrte, bastion de la tribu des Kadhafa. Mais les pays qui ont soutenu militairement la rébellion pendant six mois se penchent déjà sur un après-Kadhafi à très hauts risques.
Officiellement le sujet principal de la réunion du Groupe des amis de la Libye convoquée jeudi prochain à Paris sera de planifier les soutiens à la reconstruction d'un pays jouissant d'importantes ressources pétrolières, mais ravagé économiquement et socialement par des décennies de dictature. Un autre point bien plus délicat s'invitera à la conférence de Paris: la mesure de la cohésion et de la crédibilité d'un Conseil national de transition uni pour faire chuter Kadhafi, mais dont la composition très disparate peut faire craindre un scénario de guerre civile à l'irakienne.
Présidé par un ancien ministre de Kadhafi, le CNT est composé d'une quarantaine de membres dont l'identité de la plupart d'entre eux est restée secrète pour des raisons de sécurité. Mais des dissensions sont déjà apparues avec l'assassinat fin juillet à Benghazi du général Younes un ancien pilier du régime promu chef militaire de la rébellion. Une autre indication inquiétante est la présence importante des islamistes au sein de l'appareil militaire d'un CNT assurant le monde entier de sa volonté de créer un État laïc.
Le nouveau gouverneur militaire de Tripoli et celui de Benghazi proviennent de l'ancien Groupe islamique combattant (GIC) proche d'Al-Qaïda. Sévèrement réprimés avec la participation active du général Younès, des centaines de ces islamistes avaient ensuite été remis en liberté lors d'une amnistie décrétée par Kadhafi. La revendication d'Al-Qaïda au Maghreb (AQMI) de l'attentat meurtrier commis vendredi contre une caserne algérienne pour punir Alger de «son soutien à Kadhafi» vaut avertissement.
Les milliers d'armes disséminées en Libye sont à portée de main d'islamistes prêts à détourner la rébellion libyenne en leur faveur. Si l'on ajoute à cela la concurrence ancestrale des quelque 150 tribus libyennes que seule la dictature de Kadhafi avait mise en sommeil, la transition libyenne vers la démocratie s'annonce mille fois plus périlleuse que celles déjà difficiles en cours en Tunisie et en Égypte. L'ONU propose d'envoyer des forces de police pour sécuriser les installations pétrolières et participer à un désarmement généralisé.
La mission des «amis» de la Libye est loin d'être terminée avec l'éviction de Kadhafi de Tripoli. Le risque du scénario du pire ne doit pas être exclu: un nouvel embrasement entre factions rivales et un renforcement d'AQMI dans une Afrique du Nord où ses terroristes sont déjà très présents.