Les Français jugent la santé encore trop inégalitaire

Publié le par DA Estérel 83

Marianne

 

 

 

La Chine vient de refuser les sollicitations de l'Union européenne au prétexte que les états providences des pays européens seraient trop généreux. Pourtant, sept Français sur dix s’estiment inégaux face à la santé et plus d’un sur deux juge notre système de soins trop inégalitaire, d’après une enquête de la Fondation April et LH2. Pourtant, ils y sont attachés et sont prêts à donner de leur personne pour remédier au déficit de la Sécurité sociale. L'effet des discours culpabilisants des pouvoirs publics?


wikimedia commons - cc - Ragesoss

 

La santé égalitaire ? Mon œil ! Entre dépassements d’honoraires, déserts médicaux et hôpitaux sur-saturés, les Français savent désormais trop bien qu’il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. 

D’après le premier baromètre de l’équité en santé, réalisé par LH2 pour la Fondation April, sept Français sur 10 estiment que tous n’ont pas les mêmes chances d’être et de se maintenir en bonne santé. Les responsables de cette inégalité ? Les conditions de travail, à 74%, et les revenus à 71%. Suivent, ex-æquo, le lieu d’habitation et la couverture complémentaire santé (63%). Des facteurs décisifs qui poussent de plus en plus de patients à repousser ou renoncer à des soins pourtant courants, comme le montrent les sondages qui, depuis un mois, se suivent et se ressemblent. Dernière du genre, l'enquête Ifop-Jalma sur l'accès aux soins, publié dimanche par le JDD, révèle que 58% des sondés ont déjà renoncé à une consultation chez un spécialiste en raison de délais d'attente trop importants et 38% en raison du coût de la consultation. Plus inquiétant, le renoncement aux soins touche aussi les consultations chez un généraliste : d'après le sondage, 38% des interrogés y ont renoncé pour des questions de délais d'attente et 18% pour des questions de coût. Des chiffres qui confirment une tendance lourde : fin septembre, le baromètre Cercle Santé - Europ Assistance avançait que  près de 30% des patients zappent la case médecin pour des raisons financières. Mi-octobre, un sondage de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) du Languedoc-Roussillon soulignait qu'un quart des patients renonçait à se faire soigner en raison de délais d’attente trop importants

Exit, donc, le « meilleur système de santé au monde », bienvenue dans l’ère de la santé à deux vitesses! Un Français sur deux juge ce système inégalitaire, d’après le baromètre Fondation April/LH2. Et ça ne risque pas de s’arranger. D’ici quelques semaines, la nouvelle taxe sur les mutuelles de santé devrait être effective, poussant nombre d’assurés à se serrer la ceinture, soit en choisissant une couverture moins chère et moins couvrante, soit en y renonçant tout bonnement.

DISCOURS DE CULPABILISATION
« Le phénomène de la « démutualisation » se confirme », note Patrick Kanner, président de l’UNCASS, très inquiet pour les années à venir. Certains CCAS, comme celui de Nantes, consacrent presque l’intégralité de leur budget de microcrédits sociaux à l’aide à l’acquisition d’une mutuelle. Du jamais-vu ! « Avoir une mutuelle devient un choix facultatif », poursuit Patrick Kanner. Mais indispensable pour avoir accès aux soins. « Alors que la participation directe des ménages français  est la seconde plus faible des pays riches (7,5%, derrière les Pays-Bas à 6,2%), le poids de l’assurance privée dans le financement des soins, 13,6%, est quant à lui le plus élevé des pays développés, après les Etats-Unis », remarquait l’UFC-Que Choisir en septembre 2011. La part de la Sécurité sociale dans les dépenses de santé n’a jamais été aussi basse (75,8% en 2010 contre 77,1% en 2004). Et encore, si l’on écarte les dépenses liées aux affections de longue durée (ALD, prises en charge à 100% par l’Assurance maladie), la participation se limite à 55%. 

Autre enseignement du baromètre Fondation April/LH2 s'ils jugent notre système de moins en moins égalitaire, les Français y demeurent attachés. Au point d'être prêts à faire des sacrifices. Les discours de culpabilisation du gouvernement sur la consommation médicale semblent avoir eu un effet : 46% des sondés estiment être « un peu à l’origine du déficit de la Sécurité sociale ». L’Etat arrive en second, jugé responsable du déficit par 20% des interrogés. Arrivent ensuite les labos (18%), les médecins (6%) et les hôpitaux et cliniques (4%); 40% des Français interviewés s’estiment même « légitimes, en tant qu’individus, pour limiter ce déficit ». Pour ce faire, 78% des interrogés sont pour la réduction de la consommation médicale et 65% pour une baisse du nombre de consultations, plutôt que pour le moindre remboursement des personnes « qui auraient des comportements à risques » (tabac, alcool…). Revenir à un système de soins solidaire, en somme. 
  
Sondage LH2 pour la Fondation April, réalisé par téléphone du 11 au 16 avril 2011 auprès d’un échantillon de 1.006 personnes représentatif de la population résidant en France âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas)
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Publié dans Santé

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