Les écolos entrent en Joly campagne

Publié le par DA Estérel 83

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Une longue ovation debout, malgré une chaleur écrasante. Et une belle photo de famille, malgré l'absence de Nicolas Hulot. Pour son lancement de campagne, Eva Joly a pris une grande bouffée de confiance devant plus d'un millier de militants d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) au dernier jour des Journées d'été organisées à Clermont-Ferrand. Dans un long discours très attendu, elle a balayé les grands axes de son programme, touchant à la fois sa marque de fabrique – la lutte contre les paradis fiscaux ou la corruption –, son ancrage écologiste et l'autonomie de son mouvement.

 

«Vous m'avez choisie comme candidate à la présidence de la République, pas comme candidate au ratissage des voix écologistes pour le compte du parti socialiste (...) La seule manière de construire une victoire qui trace la voie du changement écologique et du renouveau démocratique, c'est de voter pour nous», a-t-elle lancé à la salle. Devant la presse, Joly a ensuite poursuivi sur ces deux grandes lignes directrices, répondant tant sur le désarmement nucléaire que sur l'affaire Takieddine, qu'elle a qualifiée de«scandale d'Etat».

 

A la sortie, les cadres du mouvement savouraient: «On a retrouvé la candidate des européennes», dixit un député européen. Surtout, soulignait un proche de Dominique Voynet, «tout le monde va faire la campagne, c'était pas gagné. Maintenant, il va falloir faire la campagne avec les Français.»

Avec la crise, Eva Joly espère profiter de son profil, d'ancienne magistrate luttant contre la corruption ou de conseillère des gouvernements norvégien et islandais. «Vous avez choisi une jeune en politique mais expérimentée dans les affaires du monde», a-t-elle lancé samedi. Même cette inexpérience politique – trois ans seulement chez les écologistes – peut parfois lui sourire.

 

C'est la leçon de la polémique suscitée par ses déclarations du 14-Juillet sans défilé militaire. Eva Joly n'avait en réalité rien préparé. «C'était le hasard. Elle était au rassemblement de la Ligue des droits de l'homme quand les chars sont passés, et elle a alors lancé cela», raconte Duflot. Même si, ajoute aussitôt la secrétaire nationale: «Quand on est en campagne, il faut faire attention aux réflexions spontanées.»

 

 Retour sur trois jours de débats, où l'avenir de Nicolas Hulot ou les piques de Daniel Cohn-Bendit ont finalement été relégués au second plan, malgré les incertitudes pesant sur les épaules de la candidate, en pleine crise économique et financière.

Ce que fera Nicolas Hulot?

Annoncée avec fracas, mais sans surprise, l'absence de l'ancien animateur n'a finalement que peu animé les Journées d'été. D'abord, parce que, fait rare chez les écologistes, la désignation d'Eva Joly en juillet, sur un score sans appel de 58%, n'est pas sujette à polémique. «Elle est incontestable et incontestée», estime Pascal Durand, porte-parole d'EELV et proche de Nicolas Hulot. Ensuite, «il n'y a pas de déchirure. Il y a des gens un peu déçus mais il n'y a pas de guerre», veut croire la secrétaire nationale Cécile Duflot. Sans être démentie – pour l'instant – par les partisans du perdant.

Eva Joly s'est quant à elle soigneusement dispensée de toute pique à l'encontre de son ancien concurrent: «Je respecte sa décision. La porte est ouverte... quand il sera prêt.» Elle a aussi profité de son meeting samedi pour lui rendre un hommage appuyé dans un gymnase chauffé à blanc, qui s'est aussitôt lancé dans un «Nicolas, avec nous!».

Selon ses partisans, «il a besoin de temps pour digérer». Mais «il n'est pas en train de tout exploser, assure Marine Tondelier, responsable des Jeunes écologistes. Il n'ira pas avec Borloo et il ne claquera pas la porte. C'est quelqu'un d'assez imprévisible. Mais il restera coopérateur (le statut officiel des sympathisants d'EELV)».

 

En revanche, aucun des proches ne sait quelle place aura Hulot dans la campagne. «La vraie question, c'est sa place dans le mouvement. Tout le monde sait qu'il ne sera pas là pour dire "comme l'a dit Eva"», résume Cécile Duflot. Bref, pas question d'être un porte-parole de la candidate.«Pour se sentir à l'aise, Nicolas a besoin d'apporter une valeur ajoutée», en avançant sur ses thématiques favorites, précise Pascal Durand.

 

Pourtant visiblement amer ces dernières semaines, le député européen Jean-Paul Besset est sur la même ligne: «La loyauté est acquise. Après on verra dans quel cadre...» Certains ont évoqué la possibilité de la création d'un think tank «hulotiste», lors d'une réunion à huis clos de ses partisans jeudi soir. Une hypothèse difficile à mettre en œuvre alors que les chercheurs proches de l'animateur sont dans la Fondation pour la nature et l'homme (anciennement Fondation Nicolas Hulot), et que EELV ambitionne toujours de faire vivre la coopérative, le réseau qui regroupe les sympathisants écolos. «Il faut continuer à exister. Mais la structuration sous une forme ou une autre est exclue. C'est dans la maison commune qu'il faut inscrire ce qu'on défend», selon Besset. De nouveaux contacts sont prévus en septembre.

Eva Joly est-elle assez écolo ou trop à gauche ?

Sur le fond, les partisans de Hulot restent aussi sceptiques sur les précédentes interventions d'Eva Joly. Lors de la primaire, ils lui avaient reproché son «écologie de combat», et une coloration vert trop pâle. Eux jugent notamment que le programme économique de la candidate reste trop timoré sur la fiscalité écologique, pour s'articuler trop souvent autour de la seule justice sociale.

«Il faut montrer que l'écologie a une vraie logique interne, qui n'est ni sociale-démocrate ni libérale. On ne peut pas se contenter d'être les suppléments d'âme pour écologiser la gauche, explique Durand. Sinon cela donnerait raison à ceux qui pensent que les écologistes ne doivent pas être dans la campagne présidentielle.» Cécile Duflot leur rétorque: «On ne va pas transformer Eva Joly en Nicolas Hulot. Mais bien sûr que le projet de la candidate sera un projet écologiste qui répondra à la crise d'un système.» Joly elle-même s'en défend: «Il faut ancrer l'action écologique dans la réalité économique.»

 

La candidate devra aussi arbitrer entre les nuances politiques qui ont affleuré, parfois de manière brutale, lors de ses Journées d'été sur des questions aussi sensibles que la dette et la réduction du déficit. Si la tribune dans Libération de Laurence Vichnievsky appelant à la rigueur budgétaire reflète une opinion minoritaire, d'autres voix ont exprimé une touche plus «centriste».

 

C'est notamment le cas de Daniel Cohn-Bendit, habituel trublion des réunions écologistes, autrefois qualifié de «schtroumpf grognon» par Cécile Duflot:«Laurence (Vichniesky) pose les bonnes questions. Je ne veux pas qu'on se trouve dans la situation de la gauche en 1981. Deux après, ça ne marchait pas, c'était la rigueur.» Le député européen est aussi moins tranché que la direction d'EELV sur le rejet de la «règle d'or» prônée par Nicolas Sarkozy pour garantir l'équilibre des comptes publics dans la Constitution. «Il faut trouver un compromis où toute l'Europe accepte la règle d'or mais avec les eurobonds», dit-il. Le projet économique doit être débattu lors du prochain conseil fédéral d'EELV mi-septembre.

 

«Dany» et le spectre du 21 avril

Plus perturbant encore pour la candidate écolo, le chef des Verts au parlement européen a rejoué à Clermont-Ferrand – avec un plaisir non dissimulé – sa petite musique sur la présidentielle. Lui n'est pas convaincu de la nécessité d'une candidature écolo à cette élection, traumatisé par le 21 avril 2002. «Tout le monde sait qu'en février-mars, tout le monde discutera de la candidature. Ou alors on continue, et on atterrit comme Voynet à 1,5%», a ironisé Daniel Cohn-Bendit. Avant d'ajouter devant quelques journalistes: «Je ne crois pas à l'élection présidentielle. Je suis immunisé.»

 

 «Il se croit en Allemagne», peste un membre de la direction. A l'unisson, celle-ci jure que les écologistes ne renonceront pas. «Je peux vous dire que le 22 avril, il y aura un bulletin Eva Joly à mettre dans l'urne», a affirmé à plusieurs reprises la candidate. Soutenue sans ambiguïté par Cécile Duflot:«De la même façon que les agences de notation et les analystes financiers ne doivent décider sur les marchés, ce ne sont pas les instituts de sondage qui décideront de savoir qui seront les candidats à la présidentielle.»

 

 Le porte-parole du mouvement, et proche de Hulot, Pascal Durand, est plus nuancé: «Dany fait du Dany, il aime bien secouer le cocotier. Ce n'est ni le lieu ni le temps pour dire que cette candidature n'aura pas lieu de perdurer. Il ne faut pas savonner la planche de la candidate quand elle prend son envol. On se posera les questions en janvier et en février.»

Le retour de la gauche plurielle?

 Il y avait foule socialiste à Clermont-Ferrand: après les scores des écologistes aux européennes, aux régionales et même aux cantonales, chaque candidat à la primaire du PS avait réclamé d'envoyer un de ses représentants dans la délégation. La démarche était pourtant essentiellement symbolique; les discussions entamées en début d'été se poursuivent ailleurs que dans les rues de Clermont. «Et elles ne seront pas réglées en deux heures», a souri Jean-Vincent Placé, le conseiller spécial de Cécile Duflot. Lui espère une conclusion fin octobre-début novembre, sur le volet programmatique et sur la répartition des circonscriptions.

Sur le fond, les différends sont légion: samedi, Eva Joly a refait de la sortie du nucléaire une «condition incontournable pour un contrat de gouvernement», et mentionné, par exemple, le projet, contesté par les écologistes, mais soutenu par le PS, de construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. «On ne raisonne pas dans des logiques d'oukase en disant: s'il y a tel ou tel point (de désaccord), le rassemblement est totalement impossible», lui a rétorqué depuis Clermont Christophe Borgel, secrétaire national aux élections du PS et soutien de Martine Aubry.

 

Côté circonscriptions, le PS en a déjà gelé une petite centaine pour ses partenaires, «de manière unilatérale», précise Placé. Lui revendique une trentaine de députés en cas de victoire de la gauche, «un groupe» en cas de défaite (soit 15 sièges). Mais promis, juré, les écologistes ne sacrifieront pas leurs ambitions parlementaires si le PS consent à donner des circonscriptions gagnables à certains cadres du mouvement, dont Cécile Duflot. «On cherche le groupe politique le plus puissant», promet son conseiller spécial.

 

D'ici là, il faudra déjà passer le cap de la présidentielle. Samedi, Cécile Duflot a fait «un rêve»: Eva Joly est élue à l'Elysée. En réalité, les écologistes aimeraient déjà beaucoup un score à deux chiffres, autour de 10%. Mais ils le reconnaissent humblement, à l'image de leur secrétaire nationale: «On est dans une situation politique totalement mouvante. Je ne sais rien de notre étiage.» Réponse dans huit mois. 

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Publié dans Ecologie

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