Les documents Takieddine, l'enquête Pour l’Elysée, Takieddine espérait aussi faire libérer Ingrid Betancourt

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

 

C'est une mission de bons offices restée secrète jusqu'à aujourd'hui. En avril 2008, le marchand d'armes Ziad Takieddine a offert à Nicolas Sarkozy, via Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, la médiation de Mouammar Kadhafi auprès des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) pour obtenir la libération sous 45 jours de l'otage Ingrid Betancourt.

 

De nouvelles notes de l'intermédiaire, mis en examen en septembre par le juge Van Ruymbeke dans l'affaire des ventes d'armes au Pakistan et à l'Arabie Saoudite, prouvent ses démarches auprès des autorités libyennes et la mise en place d'un scénario de libération, associant étroitement Claude Guéant et suggérant l'envoi de Brice Hortefeux en Colombie.

 

L'ancienne parlementaire franco-colombienne sera finalement libérée, le 2 juillet suivant, lors d'une opération de l'armée colombienne, et accueillie, le 4 juillet, par le président français à l'aéroport de Villacoublay.

 

© Reuters

 

 

Entre décembre 2007 et mars 2008, Nicolas Sarkozy avait adressé trois messages aux FARC pour tenter d'arracher une libération de l'otage, retenue depuis février 2002, et dont l'Etat de santé s'était visiblement dégradé.

 

« Nous travaillons très durement à la libération d'Ingrid Betancourt et le Président de la République s'implique au quotidien sur ce dossier », avait souligné M. Guéant, en décembre 2007, devant la commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares. Il rappelle alors au passage que Nicolas Sarkozy « avait répété, tout au long de sa campagne, que l'un de ses objectifs serait d'obtenir la libération des infirmières et du médecin, tout comme, celle d'Ingrid Betancourt ».

 

Les interventions en avril 2008 de Ziad Takieddine dans cette affaire surviennent au moment du refus des FARC d'accepter la mission humanitaire française annoncée par Nicolas Sarkozy. L'idée d'une médiation libyenne auprès de la guérilla colombienne n'est pas dénuée de fondement, la Libye ayant été l'un des rares bailleurs de fonds des FARC. Dans un récent entretien au Spiegel, le président colombien Juan Manuel Santos a d'ailleurs fait état d'une offre libyenne de prêt de 300 millions de dollars retrouvée dans un ordinateur des FARC.

Dans une note datée du 17 avril 2008, M. Takieddine annonce avoir « la confirmation de la volonté libyenne » d'une libération d'Ingrid Betancourt « dans les plus brefs délais ».La contribution libyenne à « une issue rapide » du problème étant liée « à l'importance qu'y attache le président de la république française ». Un contact des libyens avec le président vénézuelien Hugo Chavez est évoqué. « Confirmation de son accord pour intervenir d'une manière efficace selon les conditions énumérées ci-après avec la Libye », note M. Takieddine.

Le démenti de Brice Hortefeux

Le marchand d'armes souligne qu'il lui faut d'abord et avant tout obtenir « l'accord du président de la République sur la démarche ». Et il suggère pour cela un contact direct Kadhafi Sarkozy. « Ceci peut être démontré par une simple conversation téléphonique ou un remerciement pour l'action, sans rentrer dans les détails, entre les deux Présidents : à organiser ».

 

 

Z.TakieddineZ.Takieddine© Mediapart
Les conditions posées par la Libye reposent sur un très strict partage des rôles. A la France le contact avec la Colombie, aux Libyens ceux du Venezuela et des FARC.« Désignation de la personne qui doit gérer cette affaire en France, recevoir les informations et établir le nécessaire pour l'action de la France envers le président Uribe (La France étant la seule chargée de ce côté-là),résume M. Takieddine. La Libye interviendra directement avec le président Chavez et les FARC exclusivement, en rendant compte de tout régulièrement à la France, pour déterminer ce qui être fait avec la Colombie (par la France) ».

 

 

Il est demandé « l'arrêt de toute déclaration sur ce sujet par quiconque », notamment du côté Français. Et Bernard Kouchner (« BK » dans la note) est directement visé. Le ministre des affaires étrangères avait confirmé publiquement les contacts pris avec Raoul Reyes, l'un des chefs des FARC, tué le 1er mars 2008 par l'armée colombienne.

 

Deux autres conditions sont posées : l'arrêt de toute action ou de tout projet d'action armée et l'interdiction des contacts avec les Etats-Unis dans cette affaire.

 

Comme on peut le découvrir dans la note - que Mediapart publie en intégalité à la fin de l'article -, Ziad Takieddine est plus qu'optimiste : « Délai d'après mes interlocuteurs : la libération interviendra dans un maximum de 45 jours. Cette libération devra être faite suivant un plan, en accord avec les parties concernées, ou un ministre français (Hortefeux?) qui ira la chercher ».

 

Questionné le 2 octobre par Le Journal du Dimanche, l'ancien ministre de l'intérieur a reconnu entretenir « une relation professionnelle » avec le marchand d'armes, notamment lors de tractations avec l'Arabie Saoudite impliquant le ministère, lorsque Nicolas Sarkozy détenait ce portefeuille.

 

Il apparaît comme l'un des visiteurs occasionnels de Ziad Takieddine au Cap d'Antibes ou sur le yacht de l'homme d'affaires. Mais plusieurs documents mentionnent aussi des préparatifs de ses voyages en Libye par M. Takieddine. Contacté par Mediapart, mardi, Brice Hortefeux a fait savoir qu'il n'avait « jamais entendu parler de ce scénario » de libération d'Ingrid Betancourt.

Takieddine demande une «ligne sécurisée»

 

C. GuéantC. Guéant© Reuters
Mais c'est Claude Guéant qui depuis l'Elysée gérait les actions de Ziad Takieddine. Comme l'ont montré les documents que nous avons publiés, cela a été le cas vis à vis de l'Arabie Saoudite, la Libye et la Syrie. La note du 17 avril 2008 fait d'ailleurs allusion au secrétaire général de l'Elysée, par ses initiales,« CG ». Il est question du règlement civil de l'affaire de l'attentat du DC 10 d'UTA, d'un intervention du bras droit du colonel Kadhafi, Abdallah Senoussi, auprès de la Syrie, et surtout des « projets libyens » : «contrats de sécurité : accord avec CG », peut-on lire.

 

 

Dans une seconde note, datée du 23 avril 2008, M. Takieddine résume son intervention dans « l'affaire I. Betancourt ». La Libye, « par l'intermédiaire de Saif El Islam et son père », doit établir « les contacts et démarches avec le président Hugo Chavez et les FARC exclusivement »et « donner à la France les éléments qui aideront les contacts et démarches françaises avec le président Uribe ».

 

Le document précise : « Mode de contact : les éléments fournis seront échangés de la manière la plus secrète. A prévoir une ligne sécurisée afin de faciliter les transmission ZT / CG ».

 

Des contacts réguliers avaient été établis entre le marchand d'armes et le secrétaire général de l'Elysée lors de l'affaire de la libération des infirmières bulgares, en juillet 2007. Quelques mois plus tard, lors de son audition par la commission d'enquête, Claude Guéant avait soigneusement caché l'intervention de Ziad Takieddine. Les documents révélés depuis par Mediapart montrent au contraire l'élaboration d'un scénario commun - jusque dans ses moindres détails. L'intermédiaire relisant et validant les communiqués et courriers officiels échangés par les deux Etats.

 

« Pendant l'affaire des infirmières bulgares, il est arrivé à M. Takieddine de me téléphoner pour me donner des impressions d'ambiance (...) mais la libération des infirmières a eu lieu en direct, sans intermédiaire », a assuré de son côté Claude Guéant à Libération, le 16 septembre, allant jusqu'à préciser qu'il « apparaît aujourd'hui » que M. Takieddine a « fait des choses que la loi et la morale réprouvent ».

 

Le marchand d'armes a réagi en exigeant d'être reçu par Nicolas Sarkozy, sous quarante huit heures, et « demandant des excuses » à Claude Guéant sur BFM-TV. « Claude Guéant, que je considérais comme un ami pour l'avoir accompagné dans toutes ses démarches, je lui demande une seule chose devant vous : je lui dit simplement "Rafraîchissez-vous un peu la mémoire".»

 

Contacté mardi par Mediapart, le ministre de l'Intérieur n'a pas réagi à notre demande d'entretien. Tout comme Ingrid Betancourt, qui n'a pas donné suite à nos sollicitations. Le nom de sa sœur, Astrid Betancourt, apparaît dans l'affaire depuis peu. C'est à travers son ex-mari, Jean-Philippe Couzi, que Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy et proche de Takieddine, s'est acheté une propriété en Colombie. « Ce se sont les hasards de la vie », a commenté Thierry Gaubert, qui assure n'avoir pas été informé de l'intervention de son ami Takieddine en faveur de la libération d'Ingrid Betancourt.

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Ci-dessous, Les notes de Ziad Takieddine sur la libération d'Ingrid Betancourt :

 

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Publié dans Affaires

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