Les documents Takieddine, l'enquête Les curieux oublis de Jean-François Copé

Publié le par DA Estérel 83

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Contrairement à ce qu'il martèle de studios radio en plateaux télé depuis plusieurs semaines, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, n'a pas entretenu que des relations«amicales» avec l'homme d'affaires Ziad Takieddine, mis en examen pour «abus de biens sociaux et recel» dans l'affaire des ventes d'armes françaises au Pakistan et à l'Arabie saoudite.

 

Selon plusieurs documents obtenus par Mediapart, aujourd'hui entre les mains de la police, Ziad Takieddine a assuré en octobre 2003 l'organisation et le financement d'un voyage de trois jours au Liban de M. Copé, à l'époque secrétaire d'Etat en charge des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement français, et de sa femme, qui comportait de nombreux rendez-vous officiels.

 

 

© (Mediapart)
«Je n'ai jamais eu de relations à caractère professionnel avec Ziad Takieddine», a pourtant déclaré le patron du parti majoritaire, le 5 octobre encore, à l'antenne de France Info.

 

 

Or, selon un document rédigé par Ziad Takieddine, Jean-François Copé a rencontré, entre le 24 et le 26 octobre 2003, par l'entremise de son encombrant ami marchand d'armes, pas moins de quatre ministres libanais, six députés, un membre du Conseil constitutionnel, et même le premier ministre de l'époque, Rafic Hariri.

C'est d'ailleurs ce dernier qui a, selon M. Takieddine, débloqué le versement des commissions pour la vente des frégates à l'Arabie saoudite, en 1997. M. Hariri aurait effectué lui même des paiements à hauteur de 130 millions de dollars en direction des sociétés off-shore de M. Takieddine.

Le programme de la «visite de Monsieur le Ministre Jean-François Copé à Beyrouth» - c'est l'intitulé du document (ci-dessous) - a été préparé de bout en bout par Ziad Takieddine, qui n'a évidemment jamais fait partie du moindre organigramme officiel du gouvernement français.

 

 

 

Plusieurs photos, en possession de Mediapart, viennent par ailleurs attester de la réalité de ces rencontres. On y voit M. Copé à table avec des ministres libanais, posant en compagnie d'un banquier d'affaires ou se rendant à l'ambassade de France au Liban à bord d'une berline hérissée de petits drapeaux tricolores... Ziad Takieddine, qui a fait fortune à partir des années 1993-95 grâce aux commissions occultes qu'il a touchées dans plusieurs ventes de matériel militaire français, est omniprésent.

 

MM. Copé et TakieddineMM. Copé et Takieddine© (Mediapart)

 

 

M. CopéM. Copé© (Mediapart)

 

 

L'embarras du camp Copé

Parmi les invités de marque du séjour organisé par M. Takieddine, il y a Farès Bouez (alors ministre de l'environnement), Michel Samaha (ministre de la communication), Marwan Hamadé (ministre de l'économie), Michel Moussa (ministre chargé des relations avec le Parlement), le député Michel Pharaon ou encore le célèbre couturier Elie Saab, qui a introduit Ziad Takieddine auprès du clan Kadhafi...

Ci-dessous, la liste des invités: 

 

 

«Je ne vois pas où est le problème», répond à Mediapart Guillaume Bazaille, porte-parole de l'actuel chef de l'UMP.«Nous maintenons que M. Copé n'a jamais eu de relations professionnelles avec M. Takieddine, même si son voyage de 2003 au Liban comportait une partie officielle», tente-t-il de se justifier aujourd'hui, embarrassé.

 

Egalement invité aux agapes organisées par Ziad Takieddine, l'ancien ambassadeur de France au Liban, Philippe Lecourtier, dit aujourd'hui ne pas se «souvenir de rencontres» avec le marchand d'armes. «Il ne faisait pas partie de mes interlocuteurs», explique le diplomate, en dépit de photographies (ci-dessous) qui attestent du contraire.

 

De gauche à droite: Farès Bouez, ancien ministre, Ziad Takieddine, l'ambassadeur Lecourtier et Jean-François Copé.De gauche à droite: Farès Bouez, ancien ministre, Ziad Takieddine, l'ambassadeur Lecourtier et Jean-François Copé.© (Mediapart)

 

 

Mais le séjour libanais de Jean-François Copé n'avait pas qu'une dimension officielle. Celui qui est chargé de mettre le parti présidentiel «en ordre de bataille» pour l'élection de 2012 a aussi profité d'une visite des ruines de Baalbek, d'un déjeuner au château Kefraya, dans la vallée de la Bekaa, ou d'une visite dans le village natal de Ziad Takieddine, à Baakline, dans le Chouf.

 

La note de ce séjour de la famille Copé au Liban, comme d'autres à Venise, à Londres ou au Cap d'Antibes, a été réglée par Ziad Takieddine.

Le marchand d'armes s'est montré généreux avec ses amis. Et c'est probablement ce qui donne aujourd'hui une capacité d'intimidation hors pair. Ainsi, la comptabilité de l'homme d'affaires, aujourd'hui soupçonné par la justice d'avoir détourné de l'argent des ventes d'armes pour le financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, fait apparaître en avril 2004 un "avoir" au bénéfice de la famille Copé d'un montant de 19.050 euros. Ci dessous, le document révélé par Mediapart en septembre.

 

 

 

Propriétaire d'un patrimoine de près de 100 millions d'euros dans le monde, dont 40 millions sont localisés en France (villas, appartements, yachts...), Ziad Takieddine n'a pas versé le moindre centime d'impôt ces dernières années. Entre 2004 et 2007, le ministre du budget français s'appelait... Jean-François Copé. Ce dernier affirme n'avoir jamais été au courant de la situation fiscale de son «ami».

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Publié dans Affaires

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