Les dérives médiatiques racontées par un ancien du Figaro
Par Philippe BILGER
Les éditions Dualpha publient «L'Inquisition médiatique», essai de Francis Puyalte sur les dérives du journalisme. Préfacé par Christian Millau qu'il admire, notre blogueur associé Philippe Bilger découvre avec bonheur cet ouvrage de l'ancien grand reporter du Figaro.
Un blog vient au secours des faibles quand ils le méritent, pourfend les puissants quand ils s'égarent, relativise les gloires éclatantes quand elles sont injustifiées et met en lumière les talents, les oeuvres quand ils risquent d'être méconnus, négligés. C'est la conception qui a toujours été la mienne depuis que j'ai créé ce moyen irremplaçable d'écoute, de dialogue et de contradiction au mois de novembre 2005. Déjà 6 ans !
J'admets bien volontiers, et à ma grande honte, que parfois je me suis laissé gagner par l'envie d'écrire un billet à cause de la certitude que son thème, ajouté à la personnalisation, susciterait un certain succès, beaucoup de commentaires. En revanche, j'accepte de prendre le risque de lancer un post sans l'espérance de le voir lu et accueilli autant que je l'aurais désiré. Il y a, au quotidien, des défis même modestes qu'il est nécessaire de relever.
Nous sortions, mon épouse et moi, un soir, du théâtre de l'Atelier après avoir applaudi Fabrice Luchini récitant et commentant des fables de La Fontaine. Un homme s'est présenté, me disant qu'il s'appelait Francis Puyalte, qu'il lisait volontiers mon blog et qu'il était un ami de Christian Millau. Rien qui soit de nature à me déplaire, bien au contraire. Il ajoutait qu'il avait été journaliste au Figaro. D'ailleurs, je me rappelais avoir remarqué sa signature au bas de plusieurs articles, il y avait un certain temps. Avant de nous quitter, il s'engageait à m'envoyer un livre très polémique sur la Justice, qu'il venait de terminer. Comme souvent dans ce type de rencontre dû au hasard, je présumais que rien n'arriverait par la suite.
Je me trompais. Quelques jours plus tard, je recevais au cabinet d'avocats où j'exerce ma fonction de Conseiller spécial, son livre : L'Inquisition médiatique, publié à Dualpha Editions, avec une préface superbe et élogieuse de Christian Millau et une très aimable dédicace.
J'ai ouvert l'ouvrage. J'ai commencé à le parcourir puis je ne l'ai plus lâché. Une incroyable liberté de ton, de pensée, de critique et de démolition. Un pamphlet vif, argumenté, salubre et dévastateur sur le journalisme, ses dérives, ses conforts intellectuels, ses paresses et ses préjugés. Son indifférence, souvent, à l'égard de la vérité parce que le mensonge ou l'approximation offrent plus de sensations au lecteur. La rigueur ennuie quand le spectaculaire incertain passionne. Ces dysfonctionnements et vices du journalisme ont parfois été dénoncés mais jamais avec cette verve, cette allégresse se moquant comme d'une guigne des retombées - Puyalte déclare qu'en 2003, il « a choisi la liberté » -, ces noms, ce refus de se contenter d'abstractions et de concepts mais au contraire cette obsession d'aller au coeur de la plaie, en plein dans le vif, de pointer les comportements individuels, de personnaliser les condamnations. Et des illustres d'aujourd'hui ne sont pas inscrits à son tableau d'honneur !
Cette leçon de belle férocité, d'intelligence authentique - Puyalte brûle ses vaisseaux à chaque page - est poussée à son paroxysme dans l'autopsie médiatique de l'affaire de la petite Lauriane à Nice où un père aux Etats Unis, pour faire simple, n'a cessé de diffuser les pires soupçons, les accusations fausses les plus odieuses sur la mère de l'enfant et son entourage avec la complicité de certains magistrats, malgré le courage et l'honnêteté de quelques autres, et en majorité l'indignité d'une caste médiatique aveuglée et adepte de la fuite en avant. Pédophilie, partouzes, notables, tout y est passé et tout, dès l'origine, était si facilement déchiffrable mais il aurait fallu accepter l'exigence d'une enquête. Mais trop douces les rumeurs, trop délicieuses les calomnies, trop voluptueuse l'odeur des complots prétendus, trop flatteurs pour la vanité les secrets et les vérités ignobles qu'on se pique d'être seul à détenir, quelle épouvantable comédie humaine et médiatique !
Francis Puyalte ne s'embarrasse de rien sinon d'un incoercible besoin de tout dire et de ruiner les réputations usurpées, les gravités lourdes de sens mais vides au fond. Eric de Montgolfier est passé à la moulinette : ses admirateurs et lui-même s'en remettront mais quel massacre appuyé sur des faits et des déclarations ! Jean-Marie Rouart est aussi ridicule dans ce terrible et éprouvant dossier pour Lauriane et sa mère qu'il l'a été et le demeure dans l'affaire d'Omar Raddad. Attendons sa prochaine attitude de justicier erratique et content de soi !
Francis Puyalte vise bien, touche ses cibles, virevolte, combat, se met en première ligne, ne se cache pas, ne demande pas l'indulgence. Il fonce et gagne puisque déjà il va tout entier, et absolument, au bout de son chemin. Ce dernier n'est guère fréquenté. Il y faut de l'audace, de la solitude, le soutien de Christian Millau, l'adhésion d'un blogueur.
Puyalte n'aura droit à aucun article. La radio et la télévision ne l'inviteront pas. Il s'en doute, il ne se plaindra pas. Alors, justement, lisez-le, lisez son livre et levons nos intelligences, notre goût de la liberté en l'honneur de ce journalisme dont il rêve derrière le sombre de ses descriptions, le trop lucide de ses analyses.
Au journalisme inconnu.
J'admets bien volontiers, et à ma grande honte, que parfois je me suis laissé gagner par l'envie d'écrire un billet à cause de la certitude que son thème, ajouté à la personnalisation, susciterait un certain succès, beaucoup de commentaires. En revanche, j'accepte de prendre le risque de lancer un post sans l'espérance de le voir lu et accueilli autant que je l'aurais désiré. Il y a, au quotidien, des défis même modestes qu'il est nécessaire de relever.
Nous sortions, mon épouse et moi, un soir, du théâtre de l'Atelier après avoir applaudi Fabrice Luchini récitant et commentant des fables de La Fontaine. Un homme s'est présenté, me disant qu'il s'appelait Francis Puyalte, qu'il lisait volontiers mon blog et qu'il était un ami de Christian Millau. Rien qui soit de nature à me déplaire, bien au contraire. Il ajoutait qu'il avait été journaliste au Figaro. D'ailleurs, je me rappelais avoir remarqué sa signature au bas de plusieurs articles, il y avait un certain temps. Avant de nous quitter, il s'engageait à m'envoyer un livre très polémique sur la Justice, qu'il venait de terminer. Comme souvent dans ce type de rencontre dû au hasard, je présumais que rien n'arriverait par la suite.
Je me trompais. Quelques jours plus tard, je recevais au cabinet d'avocats où j'exerce ma fonction de Conseiller spécial, son livre : L'Inquisition médiatique, publié à Dualpha Editions, avec une préface superbe et élogieuse de Christian Millau et une très aimable dédicace.
J'ai ouvert l'ouvrage. J'ai commencé à le parcourir puis je ne l'ai plus lâché. Une incroyable liberté de ton, de pensée, de critique et de démolition. Un pamphlet vif, argumenté, salubre et dévastateur sur le journalisme, ses dérives, ses conforts intellectuels, ses paresses et ses préjugés. Son indifférence, souvent, à l'égard de la vérité parce que le mensonge ou l'approximation offrent plus de sensations au lecteur. La rigueur ennuie quand le spectaculaire incertain passionne. Ces dysfonctionnements et vices du journalisme ont parfois été dénoncés mais jamais avec cette verve, cette allégresse se moquant comme d'une guigne des retombées - Puyalte déclare qu'en 2003, il « a choisi la liberté » -, ces noms, ce refus de se contenter d'abstractions et de concepts mais au contraire cette obsession d'aller au coeur de la plaie, en plein dans le vif, de pointer les comportements individuels, de personnaliser les condamnations. Et des illustres d'aujourd'hui ne sont pas inscrits à son tableau d'honneur !
Cette leçon de belle férocité, d'intelligence authentique - Puyalte brûle ses vaisseaux à chaque page - est poussée à son paroxysme dans l'autopsie médiatique de l'affaire de la petite Lauriane à Nice où un père aux Etats Unis, pour faire simple, n'a cessé de diffuser les pires soupçons, les accusations fausses les plus odieuses sur la mère de l'enfant et son entourage avec la complicité de certains magistrats, malgré le courage et l'honnêteté de quelques autres, et en majorité l'indignité d'une caste médiatique aveuglée et adepte de la fuite en avant. Pédophilie, partouzes, notables, tout y est passé et tout, dès l'origine, était si facilement déchiffrable mais il aurait fallu accepter l'exigence d'une enquête. Mais trop douces les rumeurs, trop délicieuses les calomnies, trop voluptueuse l'odeur des complots prétendus, trop flatteurs pour la vanité les secrets et les vérités ignobles qu'on se pique d'être seul à détenir, quelle épouvantable comédie humaine et médiatique !
Francis Puyalte ne s'embarrasse de rien sinon d'un incoercible besoin de tout dire et de ruiner les réputations usurpées, les gravités lourdes de sens mais vides au fond. Eric de Montgolfier est passé à la moulinette : ses admirateurs et lui-même s'en remettront mais quel massacre appuyé sur des faits et des déclarations ! Jean-Marie Rouart est aussi ridicule dans ce terrible et éprouvant dossier pour Lauriane et sa mère qu'il l'a été et le demeure dans l'affaire d'Omar Raddad. Attendons sa prochaine attitude de justicier erratique et content de soi !
Francis Puyalte vise bien, touche ses cibles, virevolte, combat, se met en première ligne, ne se cache pas, ne demande pas l'indulgence. Il fonce et gagne puisque déjà il va tout entier, et absolument, au bout de son chemin. Ce dernier n'est guère fréquenté. Il y faut de l'audace, de la solitude, le soutien de Christian Millau, l'adhésion d'un blogueur.
Puyalte n'aura droit à aucun article. La radio et la télévision ne l'inviteront pas. Il s'en doute, il ne se plaindra pas. Alors, justement, lisez-le, lisez son livre et levons nos intelligences, notre goût de la liberté en l'honneur de ce journalisme dont il rêve derrière le sombre de ses descriptions, le trop lucide de ses analyses.
Au journalisme inconnu.
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