Les CRS chargés d'encadrer un déplacement de Sarkozy se font porter pâles

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart  Par Louise Fessard

 

 

Les CRS n'ont pas le droit de grève. Aussi pour protester contre les projets de  fermeture de compagnie, se mettent-ils depuis quelques jours en arrêt maladie ou entament-ils des grèves de la faim. Le mouvement, débuté mercredi 26 janvier, lorsque près de 70 à 90% des CRS de la compagnie de Sainte-Foy-Les-Lyons, près de Lyon, se sont fait porter pâles, a pris cette fin de semaine une ampleur inédite.

 

D'après Unité police SGP-FO, le premier syndicat de gardiens de la paix, la compagnie de CRS 35 de Troyes, qui devait partir demain, pour assurer le maintien de l'ordre lors d'une visite officielle du président de la République, comptait déjà 39 «malades» ce dimanche, soit la moitié des CRS concernés.  L'agenda de Nicolas Sarkozy prévoit un déplacement le 1er février dans le Cher et un autre «en province» le 3 février.

 

La compagnie de CRS 39 de Nancy, censée elle accompagner un déplacement du premier ministre François Fillon à Auxonne lundi, serait également indisponible du fait du nombre d'arrêts maladie. La compagnie 54 de Marseille, directement menacée, a débuté samedi une grève de la faim. Les compagnies de Perpignan et de Massy-Palaiseau lui ont emboité le pas, refusant dimanche leurs plateaux-repas en signe de solidarité. Et «on
 peut
 craindre
 que
 ce
 mouvement
 prenne
 davantage
 d’ampleur
 au 
sein 
des 
acteurs 
de 
la 
sécurité
 en
 France», prévient un communiqué de l'Unsa Police.

 

Le 26 janvier, le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, avait confirmé des «études en cours» sur la fermeture de deux des 61 compagnies de CRS, à Lyon et Marseille (entre 120 et 150 policiers par compagnie), «dans le cadre d'un redéploiement» et «de la police d'agglomération». Le ministre de l'intérieur avait en revanche démenti les «rumeurs» sur six autres fermetures de compagnies de CRS.

 

«Un signe historique» pour Didier Mangione, responsable des CRS à Unité police SGP-FO, selon qui le nombre de compagnies n'avait pas diminué depuis leur création en 1948. «Le maintien de l'ordre à la française fait référence dans le monde entier, nous avons zéro mort, nous formons des gens à l'étranger, c'est absurde», juge-t-il. «On propose même notre aide à des pays étrangers», glisse malicieusement un autre syndicaliste, en référence à la proposition de Michèle Alliot-Marie de coopération policière au régime tunisien de Ben Ali. 

 

Il s'agirait d'implanter les fonctionnaires de ces deux compagnies de CRS dans des villes où la police récupère des circonscriptions actuellement tenues par des gendarmes, comme à Rilleux-La-Pape dans la banlieue de Lyon. Mise en place à Paris et dans les trois départements de la petite couronne depuis septembre 2009, la police d'agglomération vise à unifier le régime de commandement sur un même bassin de vie en faisant basculer des brigades de gendarmerie en zone police. 

 

Le dispositif doit être étendu «à Lyon, Lille, Marseille et peut-être Bordeaux», a annoncé Brice Hortefeux lors de ses vœux à la presse le 21 janvier. «C'est cohérent que tout ce qui est urbain soit tenu par la même force, mais affecter des CRS sur un quartier est en contradiction totale avec une actualité sociale assez chaude, note Jean-Marc Bailleul, secrétaire général adjoint du SNOP, premier syndicat des officiers de police. La force des CRS est justement leur capacité de réactivité et leur projectabilité.»

L'Unsa-Police souligne que le gain en présence physique sera de touttes façon négligeable : «Que gagnerions nous à amputer la direction centrle des CRS d’une trentaine de compagnies (chiffre couramment avancé) et reverser les personnels correspondant en Sécurité Publique : un renfort voisin de 5% de ses effectifs, soit environ 1,5% d’augmentation de présence sur la voie publique ?»


 

En 2010, selon des sources syndicales, les compagnies de CRS se sont déplacées en moyenne 175 jours hors de leur ville d'affectation. Toujours selon les syndicats, entre 1200 et 1300 équivalents temps plein de CRS ont déjà été supprimés depuis 2008 dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), mais sans jamais provoquer la fermeture d'une compagnie jusqu'à ce jour. 

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Publié dans Société

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