Les beaux jours de la barbarie
Effacer la mémoire des hommes, celle de leur histoire et de leur religion, relève aussi du crime contre l'humanité.
Quand les talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda ont détruit, en mars 2001, les Bouddhas géants taillés dans les falaises de Bamyan, au centre de l'Afghanistan, le monde, effaré, a déploré et dénoncé les ravages de l'intégrisme islamiste. Le pire n'est jamais certain. Pour preuve, hier et avant-hier, ce sont des islamistes de la même veine, se revendiquant du groupe armé Ansar Dine, qui ont détruit à Tombouctou, ville malienne millénaire, les mausolées abritant les reliques de saints de leur propre religion.
Ils auraient agi en représailles à la décision d'un diable occidental, l'Unesco, de classer jeudi dernier Tombouctou au patrimoine mondial en péril. Ils auraient encore estimé que, seul Allah étant grand, il n'y a pas de place pour célébrer quelque saint. Logique ! Ces prétextes-là, ou tout autre, ont un nom: la barbarie. Effacer la mémoire des hommes, celle de leur histoire et de leur religion, relève aussi du crime contre l'humanité.
Comment juguler ce déferlement de folie ? Depuis le 22 mars et un coup d'état militaire qui a précipité le chaos politique au Mali, tout le nord du pays et les villes de Tombouctou, Gao et Kidal sont sous le contrôle d'islamistes et de groupes armés. Qui va lever le petit doigt pour ce pays pauvre de 14 millions d'habitants ? Si on espère une résolution du problème malien à la lecture des dispositions que prend la communauté internationale pour stopper l'impitoyable répression dont est victime le peuple syrien, il y a fort à craindre que le nord du Mali, sinon tout le pays, entre dans un long tunnel de non droit.
Il aura fallu en effet près de 16 ooo victimes recensées en Syrie durant quinze mois d'un cycle infernal manifestation-répession pour que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU trouvent enfin un point d'accord. Samedi à Genève, États-Unis, France et Grande Bretagne ont amené la Chine et la Russie à adopter le principe d'une transition en Syrie.
Autrement dit à envisager l'après Bachar al-Assad. Jusqu'à présent, Russes et Chinois soutenaient implicitement le tyran syrien. Ils divergent toutefois sur les moyens de constituer ce gouvernement de transition. Chinois et Russes souhaitent que ce changement reste une affaire intérieure.
Le communiqué final dit même, au grand dam de l'opposition, que des membres du gouvernement actuel pourraient intégrer le gouvernement de transition. En diplomatie, le plus petit dénominateur commun est souvent la règle. Dans le cas présent, il n'est pas à la veille de changer la donne. Pourtant, chaque mois perdu en Syrie coûte la vie à mille personnes. Comme au Mali, la barbarie y a encore de beaux jours devant elle.