Les argumentaires prêts-à-penser de la cellule riposte du PS
L’UMP n’est pas la seule à disposer d’une cellule riposte. Plus discrète, celle du PS ne bombarde guère la presse de communiqués à chaque intervention de Nicolas Sarkozy. Mais elle prépare argumentaires et slogans de contre-attaque à destination des militants. Exemple cette
semaine avec l’entretien donné par Nicolas Sarkozy au Figaro Magazine, publié samedi.
Dès lundi, les militants socialistes ont reçu dans leur boîte mail sept fiches argumentaires (à lire sous l'onglet Prolonger), datées du samedi 11 janvier et accompagnées d’un mail signé«Guillaume Bachelay et l'équipe Veille, argumentaires, riposte de l'équipe de campagne de François Hollande». Il s’agit là de «répondre aux propositions de nature à diviser les Français que (Nicolas Sarkozy) émet, ainsi qu'aux contre-vérités et attaques qu'il multiplie contre François Hollande et la gauche».
A chaque fois, l’équipe autour de Guillaume Bachelay, secrétaire national à l'industrie du PS et proche de Laurent Fabius, a choisi un titre plus ou moins accrocheur que les militants doivent pouvoir réutiliser sur le terrain, et deux à trois pages d’argumentations plus détaillées, avec phrases en gras ou soulignées pour servir de slogans (genre : «la droite ment» ou «la droite cherche à faire peur» au sujet de l’euthanasie).
On y trouve une fiche intitulée «Le problème, c'est le chômage, pas les chômeurs» (en réponse à la proposition de Nicolas Sarkozy d’un référendum sur le droit à la formation des chômeurs, assorti d’une obligation à accepter une offre d’emploi), une autre titrée «Le président qui a dégradé les comptes de la nation n'a aucune leçon à donner aux collectivités territoriales», ou encore «Parce que la politique familiale est une chance pour la France, il faut rendre le quotient familial plus juste». Deux autres fiches sont consacrées à l’immigration (sur le droit de vote et les principes généraux de la politique de Hollande), une à l’euthanasie, rejetée par Sarkozy et défendue par le candidat socialiste, et la dernière porte sur le mariage et l’adoption pour tous, autre point de clivage entre les deux hommes.
On y retrouve logiquement les éléments de langage installés depuis le début de la campagne par François Hollande. A commencer par l’évitement du nom de Nicolas Sarkozy. Les fiches envoyées aux militants socialistes évoquent souvent «le président sortant» ou encore «le candidat UMP». Elles jouent aussi des péchés originels de la présidence Sarkozy, qui ont tant coûté à son image.
Ainsi, dans la fiche «L’immigration doit faire l'objet d'un débat et de solutions, pas d'un pugilat et de stigmatisations», la cellule riposte glisse une référence à la Rolex (évoquée par Jacques Séguéla) : «Faudra-t-il exiger des Français qu’ils aient une Rolex pour admettre (les) conjoints (étrangers) ?» Dans celle en défense de la réforme du quotient familial, l’équipe de Guillaume Bachelay a présenté trois cas concrets pour démontrer que seuls les plus riches seraient touchés. «La famille n°3», celle qui serait pénalisée, est une description explicite (mais sans citer de nom) de celle de Nicolas Sarkozy, domiciliée «au 55 rue du Faubourg Saint Honoré», avec une petite fille née en 2011, une épouse « très richement dotée » et un mari «qui s’est augmenté de 170 % en arrivant dans ses nouvelles fonctions»… Elle perdrait, selon la fiche, 56 euros par mois après la réforme souhaitée par Hollande.
La cellule riposte reprend aussi les diptyques favoris du candidat socialiste sur l’opposition de profil avec Nicolas Sarkozy. Le président de la République est celui «qui divise» ou qui«stigmatise» (au sujet du chômage, du mariage pour tous ou de l’immigration) ou encore qui «active les peurs» (à propos de l’euthanasie) quand François Hollande doit être celui qui«rassemble». «Le redressement de la France et le rassemblement des Français, c’est le projet de François Hollande», martèle en conclusion la fiche sur le chômage. A l’inverse, «aucun président n’aura plus abîmé la famille en France que Sarkozy», proclame la cellule riposte, reprenant ce terme «abîmé» déjà prononcé à de nombreuses reprises par le candidat socialiste, entre autres au Bourget.
Pour Hollande, les argumentaires utilisent souvent les termes de«sérieux», de «cohérence» ou de «sérénité», pour appuyer l’image que le candidat tente d’imposer depuis de longs mois (déjà lors de la primaire citoyenne). Sa politique migratoire promet d’être«transparente, stable et digne». «Transparent», un terme également repris pour le mariage et l’adoption pour tous les couples.
La cellule reprend aussi les éléments de langage répétés par les proches de Hollande sur le discours de «vérité» que tiendrait le candidat quand Sarkozy est accusé de mentir, de ne pas tenir ses promesses (par exemple sur la politique familiale : «Aucune des grandes promesses du quinquennat n’a été tenue»), ou«d’hypocrisie» (comme dans la fiche sur l’aide à mourir : «N. Sarkozy se satisfait de l’hypocrisie. F. Hollande préfère la franchise»)… Une façon, aussi, de contrer, sans le dire, les accusations de flou entourant parfois les prises de position de Hollande. A plusieurs reprises, la cellule de veille souligne que les propositions socialistes sont «précises».
Enfin, la cellule riposte insiste, sans surprise, sur la volonté de«justice» de François Hollande qui revendique souvent «le redressement dans la justice» pour se distinguer de Nicolas Sarkozy (en clair : redresser les comptes publics, et donc mener une politique de rigueur, mais avec de la justice fiscale). Ainsi, dans la fiche sur le quotient familial, l’équipe du PS écrit : «Le sarkozysme obéit à une règle ; pour quelques-uns les bénéfices, pour tous les autres les sacrifices. Avec F. Hollande, l’esprit de justice pour toutes les familles sera rétabli en France.» Il y a fort à parier que ces mots-là, sur les marchés ou en porte-à-porte, seront bientôt répétés par les bouches socialistes.