Le siège de Charlie Hebdo détruit par un incendie criminel
Selon la police, un cocktail Molotov est à l'origine de l'incendie du siège de l'hebdo satirique, rebaptisé cette semaine « Charia Hebdo ». Son site web a aussi été piraté.
Le siège de Charlie Hebdo à Paris a été détruit dans la nuit de mardi à mercredi par un incendie d'origine criminelle. Son site internet a aussi été piraté : la page d'accueil a été remplacée par une photo de La Mecque et des versets du Coran. La police évoque une attaque au cocktail Molotov.
L'incendie s'est déclenché « aux alentours de 1 heure » au 62, boulevard Davout (XXe arrondissement de Paris) après l'envoi d'un cocktail molotov contre les vitres, puis le feu a dévasté les locaux. Il a été « maîtrisé et n'a fait aucun blessé ». La brigade criminelle de Paris a été saisie de l'enquête, mais il est encore trop tôt pour évoquer une quelconque piste.
Luz, dessinateur au journal, n'a pas perdu son humour et évoque ses pistes.
Les journalistes, avertis par Charb, sonnés
Sur place, les journalistes de Charlie Hebdo avait l'air à la fois perdu et déterminé. Ils ont été prévenus très tôt le matin par Charb, le directeur de la publication. La conférence de rédaction hebdomadaire, qui se tient habituellement le mercredi matin à 10 heures était de facto annulée... les journalistes discutaient de la possibilité de la tenir au Théâtre du Rond-Point.
Sonnés par la violence de l'attaque, ils affirment néanmoins leur intention de continuer à paraître et comptent donner, dans les pages du prochain numéro, « la parole à la profession ».
Cette attaque est clairement une réaction à la sortie, ce mercredi, d'un numéro spécial de l'hebdomadaire satirique rebaptisé « Charia Hebdo », avec le prophète Mahomet comme rédacteur en chef, afin de « célébrer » la victoire du parti islamiste Ennahdha aux élections tunisiennes dimanche et aux premières déclarations des dirigeants libyens favorables à la Charia et à la polygamie. Charb décrit cette Une comme « anodine », dans la ligne éditoriale classique de l'hebdo satirique, et se demande :
« quel mode d'expression employer pour répondre à ces gens-là qui sont trois cons ? Les vrais musulmans n'incendient pas les journaux. »
En 2006, l'affaire des caricatures et le soutien de Sarkozy
Voici la couverture du numéro spécial, que Charlie Hebdo faisait circuler sur les réseaux sociaux depuis deux jours, s'attirant de nombreuses condamnations de la part de musulmans, pas toujours fondamentalistes, mais qualifiant l'attitude du journal de « provocation ». Le titre, avec un dessin de Luz :
« 100 coups de fouet si vous n'êtes pas morts de rire. »
Cette affaire n'est pas sans rappeler la controverse qui avait entouré la publication au Danemark, en 2006, des caricatures de Mahomet, que Charlie Hebdo avait été le premier, en France, à reproduire. Parmi elles, celle du prophète avec un turban en forme de bombe, qui avait suscité le plus de critiques.
Charlie Hebdo avait dû être protégé par la police, et avait été poursuivi en justice par plusieurs associations musulmanes, dont la Grande Mosquée de Paris, mais le journal avait été relaxé. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait témoigné en faveur de la liberté d'expression.
Sa une de l'époque : Mahomet déclarant « c'est dur d'être aimé par des cons ».
Un « attentat » pour Copé, Delanoë « prêt à aider »
Ce mercredi, le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé a condamnél'« attentat » sur Europe 1 :
« Il est nécessaire que tous autant que nous sommes, quelles que soient nos sensibilités, nous condamnions avec la plus grande force ce qui n'est rien d'autre qu'un attentat contre un journal dans un pays qui doit incarner la liberté d'expression. »
Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche, a lui refuser de débattre du caractère provocateur du numéro spécial, évoquant « un engrenage dont on ne sait pas comment on sortira » :
« Le délit de blasphème n'existe pas pour la raison que le blasphème n'existe pas, nous sommes ici la République française, c'est cette loi là qui s'applique. »
Sur BFM-TV, le maire de Paris Bertrand Delanoë « s'est dit prêt à aider Charlie Hebdo à trouver des locaux ». Son adjoint à la culture a lui « tweeté » :
« Ne laissons jamais un organe de presse libre sans locaux C'est le devoir de la Republique. Charlie Hebdo doit pouvoir continuer á travailler. »
Anti-curé, toutes religions confondues
Paradoxalement, il y a eu attaque physique cette fois, alors que le numéro est beaucoup moins politique qu'à l'époque des caricatures danoises, devenues un symbole de la « guerre des civilisations », théorie en vogue à l'époque, et provoquant des manifestations violentes jusqu'en Afghanistan. Le numéro de ce mercredi est, de ce point de vue, plus « léger », mais pas moins explosif semble-t-il.
Il est résolument anti-curé toutes obédiences confondues, selon une grande tradition de la satire française, puisque le « bandeau » au dessus du titre porte sur l'« autre » affaire du moment, la campagne des intégristes catholiques contre la pièce de Romeo Castullecci au Théâtre de la Ville à Paris.



