Le PS d'Aubry pris au piège du présidentialisme de Valls

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart  Par Stéphane ALLIES

 

 

«A force de vouloir la jouer “On travaille, on ne s'engueule pas et tout le monde prend sa part”, Aubry a donné une nouvelle occasion à Valls de se faire mousser!» Ce secrétaire national socialiste a du mal à cacher son irritation, à la sortie du bureau national de ce mardi soir.

Le député et maire d'Evry est encore parvenu à ébranler l'équilibre du PS. Mais cette fois-ci, à la demande de sa première secrétaire, qui lui avait confié la charge de préparer le «forum sur les institutions», prévu mercredi 2 février.

 

Pensant canaliser l'un de ses plus fervents contempteurs, comme elle l'avait fait avec François Rebsamen lors du «forum sécurité» en novembre 2010, Martine Aubry a pu constater que Manuel Valls n'avait rien perdu de son goût de la provocation ni de sa capacité à être à contre-courant de son parti.

Résultat: plus de réforme des institutions mais un simple «pacte républicain rénové».

 

La note d'orientation (que Mediapart s'est procurée et qui est à lire sous l'onglet Prolonger en fin d'article* ) propose dès le préambule d'expliquer «pourquoi il faut garder la Ve République» dans lequel il assène: «La question institutionnelle ne sera pas au cœur de la prochaine campagne présidentielle.» Selon lui, alors que l'«urgence absolue» du nouveau président «sera sa capacitéà résoudre les attentes concrètes des Français et les défis nés de la crise», avoir trop d'ambitions institutionnelles en ouvrant «simultanément un vaste chantier constitutionnel risquerait d'enliser son action».

En même temps, il préconise tout de même d'organiser un référendum dans les six premiers mois du mandat.

«La commande d'Aubry n'était pas dirigiste, alors Manuel était libre d'orienter le texte dans son sens», explique l'un de ses proches, qui s'amuse presque: «C'est sa marque: être le plus pisse-froid de tous les socialistes…»  

Et ainsi proposer d'aller à rebours de la lente évolution du PS sur le sujet du changement de république, longtemps l'apanage des seuls membres du courant NPS de 2002 à 2005 (Peillon, Montebourg et Hamon).

Dans la foulée du rapport de Jean-Pierre Bel sur la «République nouvelle» en 2007, Ségolène Royal avait fait en partie campagne sur la république nouvelle. Une thématique présente quasiment dans toutes les motions du dernier congrès de Reims, à des degrés divers d'ambition.

Lors du dernier débat sur la révision constitutionnelle, les parlementaires socialistes s'étaient aussi livrés à de nombreux amendements en faveur d'une modernisation des institutions. 

La note de Valls pioche toutefois dans ces différentes propositions, afin de tendre vers une «Ve très améliorée», comportant une série de 49 propositions (dont 10 sont mises en exergue, décrites comme «phare»). Parmi lesquelles l'instauration d'une dose de proportionnelle (pour 15% des députés), la suppression de l'article 16 de la constitution, le vote obligatoire et le décompte des bulletins blancs, l'interdiction du cumul des mandats (limités à trois dans le temps), le droit de vote des étrangers aux élections locales. Plusieurs autres mesures plaident pour renforcer les droits de l'opposition, limiter la concentration dans les médias, contrôler l'action du gouvernement ou prévenir les conflits d'intérêts.

L'accueil du bureau national fut plutôt frisquet, alors même que se profilent les primaires. «Aubry insiste pour qu'on accouche d'une position qui puisse être à peu près assumée par l'ensemble des candidats», explique un proche de Bertrand Delanoë. «Il ne s'agit pas d'engager un débat sur le numéro de la république que l'on veut, mais on ne peut quand même pas prétendre vouloir s'accommoder de la Ve», s'insurge un ancien du courant Royal.

 

Les principaux débats ont tourné autour du vote obligatoire, de la suppression du droit de dissolution, l'irresponsabilité du président ou le non-cumul dans le temps.

Certains, notamment parmi les amis de Benoît Hamon, redoutent que ce forum ne ressemble «un peu trop à un truc de démocrates sur la bonne gouvernance», alors que la VIe République est au programme de tous les autres partis de gauche.

Manuel Valls devra revoir sa copie et rendre une nouvelle mouture de son texte samedi à Martine Aubry, avant une nouvelle discussion au prochain «BN» mardi prochain.

 

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Publié dans PS

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