Le PS arrête les détails de ses primaires
23 Novembre 2010 Par Stéphane Alliès
Alors que des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour un avancement du calendrier pré-électoral du PS, son bureau national (BN) va pouvoir débattre de la question mardi après-midi. Le secrétaire national à la rénovation Arnaud Montebourg (tout frais candidat déclaré) et le fondateur du centre d'études Terra Nova, Olivier Ferrand, ont remis ce week-end à la première secrétaire Martine Aubry leur rapport détaillant l'organisation des primaires socialistes.
La direction du parti a déjà opposé une fin de non-recevoir aux demandes d'avancement du vote en juin (une hypothèse qui compliquerait l'éventuelle candidature de Dominique Strauss-Kahn), émises par François Hollande, Manuel Valls ou Jean-Marc Ayrault (lire nos articles ici et ici).
Dans leur rapport (que l'on peut télécharger en PDF ici), rédigé après un ultime voyage d'études à Washington auprès d'Howard Dean et des dirigeants du Parti démocrate, Montebourg et Ferrand précisent les contours du vote de sélection citoyenne, dont le dépôt des candidatures doit avoir lieu en juin pour un scrutin fin octobre. Un calendrier qui «permet de répliquer letempo» de la campagne présidentielle, qui «dure environ quatre mois: deux mois de campagne officielle avec des règles spécifiques, précédés de deux mois de campagne officieuse».
C'est toutefois sans compter les six mois immédiats qui séparent les socialistes du mois de juin. Il est ainsi conseillé de lancer une «campagne nationale de mobilisation, de mars à juin 2011, entre la fin des élections cantonales et le dépôt des candidatures». Ensuite, les auteurs du rapport préconisent de se calquer sur le modèle américain, où «chaque candidat fait naturellement campagne séparément mais des “figures imposées collectives” jalonnent la campagne pour assurer ce test comparatif».
Alors, le rendez-vous fin août de La Rochelle serait entièrement consacré à la «présentation des candidats – leur profession de foi, sans débat. Les ateliers pourraient être consacrés à des présentations thématiques par les représentants des candidats». Puis, Montebourg et Ferrand proposent un dispositif de campagne qui se composerait d'«un débat télévisé national avec tous les candidats», sur «une chaîne généraliste de grande écoute, couplée à une retransmission internet», de «trois meetings régionaux communs, avec tous les candidats», d'«un débat décentralisé dans chaque département, entre les représentants des candidats», et d'«un débat de proximité ouvert au public organisé au niveau de chaque section, pour que les militants porte-parole puissent présenter et débattre des orientations de leur candidat avec les citoyens participant au scrutin».
Le ministère de l'intérieur devrait par ailleurs accepter de communiquer les listes électorales nationales aux différents candidats en lice. Ceux-ci devront enfin signer une «charte éthique», les engageant à respecter douze commandements et devoirs durant la campagne. (télécharger la charte en PDF)
Un des enjeux principaux de l'exercice sera de mobiliser suffisamment de sympathisants pour pouvoir créer une dynamique populaire autour du vainqueur des primaires. Pour cela, le parti va devoir penser le plus efficacement possible son organisation territoriale. «Le nombre de votants est directement corrélé au nombre de bureaux de vote déployés. S'il faut prendre sa voiture pour aller voter, s'il est difficile de connaître son bureau de vote de rattachement, alors nous perdrons de très nombreux électeurs potentiels», expliquent Montebourg et Ferrand, qui fixent «un nombre minimum de 10.000 bureaux de vote, avec un minimum de un par canton.»
Un défi pas si évident à relever, qui inquiétait déjà en août dernier les adhérents socialistes présents à un atelier des universités d'été de La Rochelle, conscients de leur sociologie quelque peu désengagée sur le plan militant (une part non négligeable des 180.000 cartes du parti appartenant à des élus, des collaborateurs d'élus ou des employés territoriaux). Les rapporteurs imaginent dès lors la mise en place d'«une équipe centralisée de cinq personnes, d'abord auprès de la directrice générale des services du Parti, rattachée ensuite, lors de sa constitution, au comité d'organisation». Ainsi que «le déploiement d'équipes déconcentrées, au moins une personne par département, avec des relais locaux, pour superviser la mise en place logistique locale : ces équipes déconcentrées seraient coordonnées directement depuis Paris».
D'après le rapport, «les expériences européennes (Italie, Grèce) montrent qu'environ 10% du corps électoral total se déplace: autour de 4 millions de votants pour les primaires Prodi (2005) et Veltroni (2007) en Italie, 1 million pour les primaires Papandréou (2003 et 2007) en Grèce». Donc, un objectif pour les «primaires à la française» autour de 4 millions d'électeurs. Avec l'espoir de transformer les électeurs en militants pour la présidentielle à venir :
«Ce fut une des clés de la campagne de Barack Obama en 2008: elle a su convertir une partie des 35 millions d'électeurs de la primaire en militants de la campagne – 11 millions sont venus militer via le site de campagne, 3 millions ont fait des dons et 2 millions se sont transformés en militants de terrain pour faire du porte-à-porte.
En tablant sur un“taux de conversion” similaire de 5 à 10%, cela signifie que 200.000 à 400.000 citoyens pourraient rejoindre les adhérents du Parti socialiste et de la gauche pour faire campagne sur le terrain.»
Question financement, les théoriciens de la primaire socialiste préconisent que chaque candidat soit «doté d'un compte unique selon les règles fixées par le Code électoral et conformément aux prescriptions de la Commission nationale des comptes de campagne». Un compte qui serait«exclusivement alimenté par un financement du comité d'organisation(qui comptera en son sein les représentants des diverses sensibilités et des différents candidats) et des dons individuels».
Le parti assurera également la mise à disposition pour tous «d'outils technologiques»: les candidats auront ainsi accès aux ressources gérées par le comité d'organisation («site d'information de la primaire», «base de données des sympathisants obtenues notamment lors de la campagne de mobilisation», logiciel d'e-mailing et de gestion de SMS, application pour gérer la campagne de terrain intégrée à la Coopol, le réseau social des militants et sympathisants).
Outre l'argent du parti, une part du financement d'une telle organisation sera remboursée par les recettes de la primaire, chaque électeur devant s'acquitter d'un euro minimum pour glisser son bulletin dans l'urne.
Comme l'indiquent Montebourg et Ferrand, la procédure de réconciliation«a été ratée lors de la primaire socialiste de 2006: il n'y a pas eu de moment fédérateur pour ressouder le parti après la bataille interne».Prenant modèle sur la convention démocrate américaine, préparée «avec un soin extrême», les auteurs recommandent un événement réunificateur «une quinzaine de jours après le second tour de la primaire», se déroulant sur deux jours :
«Une première journée pour clore la primaire : proclamation des résultats, discours des candidats battus et mise en scène de leur ralliement, vote des délégués. Une seconde journée consacrée au lancement de la campagne présidentielle, avec en point d'orgue le discours du vainqueur.»
Autre conséquence, plus technique, de l'après-primaire: «la fusion des bases de données des sympathisants, détenues par les candidats, au profit du vainqueur».
Quant au niveau d'incertitude du résultat de ces primaires, les auteurs laissent le jeu ouvert, tant le profil du favori laisse encore hautement imprédictible le nom du vainqueur. «Les règles de la primaire sont plastiques, elles s'adapteront à la réalité politique, écrivent-ils. Certains militent – et nous en sommes – pour une “primaire de compétition”: aucune personnalité ne se détache au départ de manière décisive; la campagne permet de rebattre les cartes et de faire émerger le “meilleur”, favori ou outsider ; la compétition et l'incertitude garantissent dynamique et enthousiasme au processus.»
Et quand bien même une Aubry ou un Strauss-Kahn (et pourquoi pas une Royal?) écraserait le match, ce qui est appelé une «primaire de validation», même si «le vainqueur est connu d'avance, que la campagne devient une formalité et perd de son intérêt», au moins «cela conjure tout risque de dérapage et de division».