Le « président protecteur » - et candidat - est de retour
C'est l'idée qu'a tenté de distiller Nicolas Sarkozy dans les esprits des 3 000 personnes réunies dans le hangar froid du Quai des Chartrons à Bordeaux. Au programme du discours du président-candidat, protection du modèle social français et lutte contre les fraudes sociales.
Ceux qui s'attendaient à entendre le chef de l'Etat déclamer un discours sur les fraudes sociales, comme annoncé dans le communiqué de presse de l'Elysée, ont sans doute eu un moment d'étonnement, ce mardi 15 novembre, en découvrant le pupitre flanqué du titre, nettement plus consensuel, « Protection sociale ».
Pendant une heure et demi, et devant 3 000 personnes acquises à sa cause, le président-candidat a bel et bien évoqué la question des fraudes à la Sécurité sociale ou la perception abusive des allocations chômage et familiales, mais il a surtout déroulé un long argumentaire sur la nécessaire préservation de notre, ô combien merveilleux, modèle social, hérité du, ô combien rassembleur, Conseil national de la Résistance -une perche lancée au passage à Bayrou et Villepin, tous deux ardents défenseurs d'un gouvernement d'union nationale.
Pendant une heure et demi, et devant 3 000 personnes acquises à sa cause, le président-candidat a bel et bien évoqué la question des fraudes à la Sécurité sociale ou la perception abusive des allocations chômage et familiales, mais il a surtout déroulé un long argumentaire sur la nécessaire préservation de notre, ô combien merveilleux, modèle social, hérité du, ô combien rassembleur, Conseil national de la Résistance -une perche lancée au passage à Bayrou et Villepin, tous deux ardents défenseurs d'un gouvernement d'union nationale.
Que les Français, « viscéralement attachés à notre modèle social », se rassurent : grâce à Sarkozy-ce-héros, leur système de protection sociale, plus que jamais menacé par la crise, devrait sortir indemne de cette mauvaise passe économique et financière. « J'en suis le garant et le protecteur », a juré Sarkozy, des accents néo-gaulliens dans la voix. Voilà qui devrait amadouer ceux que le RSA ou la réforme des retraites laisseraient encore sceptiques.
Pour que le monarque puisse sauver les élect… pardon, les Français, une seule condition : accepter les réformes. «Ceux qui ont trahi l'héritage du CNR, ce sont ceux qui, depuis des décennies, ont refusé toute réforme par lâcheté politique ou par opportunisme», a-t-il ainsi martelé. Plus question de prétendre que le marasme financier est derrière nous, Sarkozy change de disque. Notre pays, comme les autres, subit de plein fouet les conséquences de la crise de la dette. Conséquence non formulée mais largement sous-entendue : tous les équilibres sont menacés, même notre fabuleux système de santé, « l'un des meilleurs au monde » - l'exemple de l'Espagne où 1,3 million de chômeurs ne touchent plus la moindre aide de l'Etat, aurait d'ailleurs pu servir d'épouvantail au chef de l'Etat. Grâce à la réforme des retraites, dont Sarkozy a loué les vertus tout au long de son discours, le gouvernement « a sauvé la branche vieillesse » et garantie aux retraités français une situation « l'une des plus enviables d'Europe ».
Idem donc pour le système de santé. Seule une réforme de notre modèle social assurera sa pérennité et son « adaptation aux réalités de notre monde ».
Idem donc pour le système de santé. Seule une réforme de notre modèle social assurera sa pérennité et son « adaptation aux réalités de notre monde ».
Si le chef de l'Etat s'est bien gardé de se fendre d'annonces tonitruantes -Xavier Bertrand devrait se charger de cette partie dans les jours à venir-, il a tout de même donné quelques pistes de réflexion et plaidé pour l'ouverture « d'un débat serein sur le financement de notre protection sociale », engagé par un Haut conseil du Financement de la protection sociale mis en place avant la fin de l'année. Mais nul besoin de cet énième Haut conseil déjà fantoche pour réfléchir aux possibilités qui s'offrent au gouvernement. Sarkozy y a déjà réfléchi.
En se demandant, par exemple, « dans quelle proportion faut-il mettre à contribution différents types d'impôts pour réaliser cet élargissement » du financement, il remet implicitement sur le tapis la houleuse question de la TVA sociale, défendue par Jean-François Copé mais honnie par François Fillon.
En se demandant, par exemple, « dans quelle proportion faut-il mettre à contribution différents types d'impôts pour réaliser cet élargissement » du financement, il remet implicitement sur le tapis la houleuse question de la TVA sociale, défendue par Jean-François Copé mais honnie par François Fillon.
Encore plus explosif, le débat sur le recours aux assurances privées a également été réouvert à mots plus que couverts ce mardi à Bordeaux. « Comment […] mieux intégrer les couvertures offertes par les organismes complémentaires à la protection des différents risques sociaux ? », a interrogé innocemment Sarkozy.
Mais avant d'enclencher des réformes, Sarkozy le volontariste tient à prémunir la République contre les odieuses attaques des fraudeurs, ces traîtres à la Nation, qui « volent chacun et chacune des Français ». Car derrière le président qui agit, il y a aussi le président qui a peur. Peur de la montée de Marine Le Pen, peur de ce fameux 21 avril à l'envers, peur, au minimum, de la fuite de cet électorat populaire séduit par les discours anti-fraudes de la patronne frontiste.
Pour reconquérir ces déserteurs, Sarkozy n'hésite pas à mettre un peu de vinaigre dans son vin. Il saupoudre son discours sur les mérites de notre modèle social de quelques lignes à peine sur les fraudes sociales, finalement plus modestes que ce qui fut annoncé dans la communication présidentielle. Mais si la saillie est courte, elle est incisive.
Presque violente. « Frauder, que dis-je, voler la Sécurité sociale, c'est trahir la confiance de tous les Français et c'est porter un coup terrible à l'idée même de solidarité nationale. » Les applaudissements pleuvent. Mélanger l'eau de la protection et le feu de la chasse aux fraudeurs pour apparaître comme le sauveur ultime de la République, voilà la recette du chef de l'Etat. Bon appétit.
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