Le président et la République
Le message des élections est rarement univoque, mais celui des cantonales est sans équivoque. Ce dernier scrutin du quinquennat a consacré la montée du Front national, la fragilité de l'UMP et les difficultés du Parti socialiste. Même atténuée hier par la mécanique du second tour, une vague brun-bleu s'est bel et bien levée depuis les profondeurs de la France. Différente de celle qui, voici onze ans, avait honteusement porté Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle.
Moins droitiste, plus populiste. Et, pour cette raison, pas moins inquiétante. Comme elle l'a souvent fait - parfois avec de bonnes raisons -à chaque fois qu'elle a perdu une bataille électorale au cours de ces quatre dernières années, la majorité aurait tort de continuer à nier l'évidence de sa défaite. Dans les résultats du second tour, elle n'a guère de motifs de se consoler.
Croire qu'en allant si peu voter, les Français auraient montré peu d'envie de désavouer Nicolas Sarkozy, voir dans le petit nombre de départements basculés à gauche une bonne résistance de la droite, penser, enfin, que le FN ne resterait qu'une force de premier tour au motif qu'il a, au final, peu de conseillers généraux élus, c'est se bercer d'illusions.
Tout montre cette fois que, à treize mois de la présidentielle, le risque d'un « 21 avril à l'envers » est à prendre très au sérieux. Nicolas Sarkozy a, ce matin, à choisir entre le populisme et la République.
La première option consiste à poursuivre dans la voie des derniers mois, celle de la stigmatisation répétitive des immigrations et des religions. Elle est vouée à faire éclater la majorité et à renforcer le parti de Marine Le Pen sur son territoire de légitimité, celui de l'excès de sécurité comme réponse aux peurs de toujours et de tout ordre. Le sondage BVA que publient aujourd'hui « Les Echos » sur l'attitude des Français face au FN montre ce qui le fait monter, comme ce qui peut le faire baisser : courir après lui d'un côté, changer de terrain de l'autre, en se recentrant sur l'économie et le social, le pouvoir d'achat et l'emploi.
La deuxième option du président est, dans ce temps où l'opinion est troublée, la nation bousculée, de se réaffirmer garant des valeurs de la République, d'une France où chacun se sent chez soi. Pas celle de la préférence nationale.
Prôner la politique de sécurité la plus ferme, mais dans le respect des valeurs de la droite humaniste. Pour Nicolas Sarkozy, cela serait simplement retrouver l'esprit du candidat de 2007. Entre deux discours, choisir, plutôt que celui de Grenoble à l'été 2010, celui de Toulon en février 2007, ce beau texte pour lequel Nicolas Sarkozy s'était inspiré du prieur du Tibéhirine, « dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion avec les enfants de l'islam et de rétablir la ressemblance en jouant avec les différences »