Le pouvoir égyptien poussé vers la sortie

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010  Dominique Garraud

 

 

La révolution égyptienne va-t-elle rejoindre rapidement son modèle tunisien avec le départ piteux d'un despote resté des décennies au pouvoir ? Les «Moubarak, dégage !» résonnant en français dans les rues du Caire en écho aux «Ben Ali, dégage !» de Tunis ont pris ce week-end une réelle consistance malgré les efforts désespérés du régime pour calmer le jeu.


Le tournant de la crise égyptienne, qui induit que rien ne sera plus comme sous le règne des successeurs des «jeunes officiers» emmenés par Nasser, est venu hier de Washington. L'allié principal du Caire a tapé du poing sur la table par le biais de déclarations sans ambiguïté de la secrétaire d'État Hillary Clinton.


Évoquant les nominations des généraux Omar Souleimane (vice-président) et Ahmed Chafic (premier ministre), Hillary Clinton a signifié au pouvoir égyptien qu'il était encore très loin du compte. «C'est à peine le début de ce qui doit se passer» a-t-elle lancé en préconisant «une transition en bon ordre» via «un dialogue national» et des «réformes démocratiques» garantissant, selon la Maison Blanche, «la liberté d'expression, d'association et de rassemblement».


Finis donc, les couplets des heures précédentes sur la «stabilité» du gouvernement égyptien. Avec l'arme de la suspension envisageable du 1,3 milliard de dollars d'aide militaire, Washington met la pression sur le pouvoir égyptien: soit il se trouve une porte de sortie pacifique et honorable, soit il fait ses valises. Les États-Unis, l'Europe, mais aussi tous les pays de la région préféreraient la première solution qui éviterait à l'Égypte une plongée dans l'inconnu.


Pratiquement lâché par Washington et cible principale des manifestants, Hosni Moubarak devrait rapidement sauter comme un fusible. Le départ du vieux raïs, en retraite anticipée ou en exil, sera néanmoins encore insuffisant si l'armée, pivot du régime depuis six décennies, ne change pas radicalement de méthodes pour mener une transition en douceur. L'ouverture démocratique annoncée en Égypte comporte un risque évident: celui d'un retour en force des islamistes des Frères musulmans alliés à la nouvelle figure de proue de l'opposition, l'ancien patron de l'AIEA et prix Nobel de la paix; Mohamed El Baradeï.


Mais après des dizaines de morts, les pillages et le chaos qui s'emparait du Caire ce week-end, il est temps pour l'armée égyptienne et ses soutiens d'admettre que rien ne serait pire que le recours à une répression de même type de celles qui ont écrasé des années durant toute velléité de contestation sur les bords du Nil. Depuis les événements de Tunisie, la peur a changé de camp dans le monde arabe où répression rime désormais avec radicalisation des protestataires.

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