Le Portugal, bouc émissaire des fausses promesses européennes

Publié le par DA Estérel 83

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Après la démission du Premier ministre portugais José Socrates, Pascal de Lima, économiste et enseignant à Sciences Po Paris, revient sur la crise portugaise qui trouve, selon lui, son origine dans les exigences de la zone Euro. Pour l'économiste, si cet événement repose la question de la sortie de l'Euro, des politiques budgétaires préventives et plus réfléchies seraient une meilleure réponse.


Le gouvernement portugais a présenté sa démission mercredi soir. Un événement de taille qui vient s’additionner aux difficultés économiques réelles mais pourtant gérables à long terme.
 
Sur le plan économique, le Portugal a réalisé des progrès considérables depuis la Révolution des œillets de 1974 : rattrapage de la productivité et convergence vers la frontière optimale des meilleurs pays de la zone euro actuelle, virage à 90° vers l’industrie des services et pays leader mondial dans l’utilisation des énergies éoliennes par habitant…De l’Europe, le Portugal attendait de pouvoir bénéficier d’une intégration économique et monétaire dans un grand espace ouvert et interdépendant. Cet espace devait non pas créer des difficultés supplémentaires mais au contraire contribuer à la réalisation d’un plan ambitieux pour tous : l’industrie européenne. 

Bien sûr, au Portugal, comme ailleurs, les politiques budgétaires ont été mal conduites, peu préventives et renforcées par des politiques financières, banque et finance, assez peu efficientes. Mais en réalité le cas du Portugal devient symptomatique des difficultés que connait l’Europe dans la gestion des crises conjoncturelles qui la dépassent totalement et dans la création de richesses nouvelles équitablement réparties. La zone Euro n'a finalement créé qu'une Europe à deux vitesses. Dans ce cadre, bien évidemment qu’un pays fondamentalement plus vulnérable subit de plein fouet, et le premier, une crise internationale fondée sur des déséquilibres. Aux Etats-Unis, personne n’évoque la question de son endettement ! Pourquoi ? Parce-que les Etats-Unis parviennent à créer de la croissance. En Europe, on parle de l’endettement excessif d’un pays mais on oublie que le grand espace tant prometteur n’a pas joué son rôle dans la stimulation d’une croissance équilibrée.
  
Pourquoi le Portugal en est arrivé là ? 

La récente crise du subprime a fortement fragilisé son principal partenaire commercial, l’Espagne. Son secteur bancaire avait été frappé de plein fouet par celle-ci. L’Allemagne quant à elle, a vu ses taux obligataires à 10 ans baisser grâce à un plan drastique d’injection de liquidité dans son système bancaire pour le sauver. L’écart entre les taux allemands et portugais a dès lors augmenté. En un premier temps les investisseurs interprètent la hausse de cet écart comme une hausse du risque du Portugal alors qu’il ne s’agit en réalité que d’un moindre risque de l’Allemagne. Le bouc émissaire des maux de l’inefficience européenne est parfait. D’autant plus parfait que l'excédent commercial allemand et la fermeture de son marché ont aussi en partie grevé le solde commercial portugais, le rendant ensuite dépendant du financement externe pour ses importations ! Voilà en partie pourquoi les banques privées portugaises se sont retrouvées endettées sur le plan externe en alimentant ainsi la dette publique portugaise incapable de trouver de l’épargne dans son propre système bancaire.

La démission du gouvernement ne va pas arranger les choses. Le Portugal se trouve maintenant dans une situation bien compliquée à très court terme : en effet, se mêlent maintenant des aspects politiques et psychologiques qui poussent les taux d’intérêt à la hausse. Le probable futur Premier Ministre Pedro Passo Coelho leader du PSD devrait normalement accepter une collaboration avec le FMI et l’UE. 

Ainsi, le cas du Portugal pose un certain nombre de questions : il y a tout d’abord la qualité de la prévision économique puisque les économistes continuent de ne pas arriver à prévoir des crises d’une telle ampleur. Pourtant la crise de la dette des Etats européens était facile à prévoir puisque le Pacte de Stabilité et de Croissance nous fournissait des seuils d’alerte, le seuil des 3% certes, mais aussi l’écart à cette norme. 

Alors doit-on aller jusqu’à sortir de l’Euro ? Les défenseurs d’une sortie de la zone euro prônent généralement la dévaluation de la nouvelle monnaie créée. Mais la dette portugaise est détenue pour 1/3 par l’Espagne son voisin, et par d’autres partenaires européens. Comme elle est libellée en euro, une dévaluation de la monnaie nouvellement créée entrainerait automatiquement et proportionnellement une augmentation du stock de dette. Enfin, une grave crise politique pour la zone euro s’en suivrait. 

Que faudrait-il faire alors ? La théorie prédit que la politique budgétaire et fiscale est très efficace en taux de change fixe et en quasi parfaite mobilité des capitaux (contrairement à la politique monétaire). Ici au contraire elle a souffert de l’absence de prévention et de qualitatif. Il faut donc développer des politiques budgétaires préventives et dont on ciblerait les dépenses efficaces et les recettes inutiles ponctionnant une partie des mécanismes incitatifs. Enfin, le point le plus important : la politique financière bien régulée et préventive dont on sait scientifiquement qu’elle contribue à hauteur de 30 à 50% à la croissance économique sous la forme d’un lien causal a été totalement négligée. Les banques portugaises par exemple ont assez peu intégré le rôle important qu’elles jouaient dans une économie à taille réduite (la Suisse, le Luxembourg et la Belgique n’ont pas fait cette erreur, ni même les Pays-Bas et le Danemark) ! Il faut réintégrer la banque-finance dans la politique publique. Aussi la question des restructurations de dette doit maintenant être posée.
 
Il nous semble que le cas du Portugal illustre avec acuité les résultats des promesses politiques non tenues d’une grande Europe, d’une croissance déséquilibrée dans un espace unique intégré, de l’omission séculaire de la banque-finance dans les politiques publiques, surtout la question du trading sur dette publique, à coté de la politique budgétaire et monétaire, du non respect des principes de la collaboration (dilemme du prisonnier) et d’une certaine façon aussi, de la logique sacrificielle à laquelle s’adonne aujourd’hui l’Occident.

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