Le «groupe de protection», le service d'ordre très militaire de l'UMP
Oreillettes, costumes sombres, et badge GP, vous croiserez les gros bras de l'UMP lors des réunions publiques, meetings et déplacements, qu'ils encadrent. Officiellement, ils sont «plusieurs centaines» de militants bénévoles de toute la France et assurent une «mission de prévention».
Philippe Deschamps, lui, affirme que sa «sélection» n'était «pas faite au hasard»: «des anciens des unités d'élite des forces armées françaises, des éléments de la Force d'action rapide, des cadres et des logisticiens du 2eRIMA, des parachutistes du 8e RPIMA de Castres (...)».
Lui-même se présente comme «formé aux techniques de protection rapprochées acquises depuis plusieurs années dans les infanteries de marine et parachutistes (...) rompu aux techniques de guérilla indochinoise (...) spécialiste du combat à mains nues».
Dans ce même «article», il évoque«une révolution à l'UMP» «sur le plan de la sécurité rapprochée». «Notre président Nicolas Sarkozy a pris en considération mes rapports, mes demandes pour faire évoluer ce métier de professionnels de la sécurité rapprochée au sein du GP», écrit-il. «Depuis 2002, Nicolas Sarkozy a toujours eu goût d'une sécurité imposante visible. (...) (Il) a su transformer le GSPR en un corps unique, composé exclusivement de policiers.»
Ce témoignage lui a valu d'être viré du GP par René Faure, 60 ans, le patron du groupe depuis 2001. Un simple texto reçu sur son portable, le 5 juin 2009: «Monsieur Deschamps depuis la parution de l'article dont vous êtes l'auteur dans la revue Commando vous ne faites plus partie des effectifs du Groupe de Protection dont les statuts résident avant tout sur la confidentialité de notre action. Merci de bien vouloir prendre en compte cette décision.»
«Depuis deux ou trois ans, ce sont plutôt des professionnels triés sur le volet dans le GP. C'est moi qui les recrutais, dans mes réseaux militaires. Je me suis fait engueuler quand j'en ai parlé (dans Commando)», dit-il. Ancien du 8e RPIMA de 46 ans et actuel dirigeant de Sentinelle, une société de protection rapprochée basée à Toulouse, Philippe Deschamps a été recruté par le RPR pour son service d'ordre à la fin des années 1990, en parallèle de son arrivée comme militant.
A l'UMP, on est bien silencieux sur le GP (lire notre “Boîte noire”). Aucune trace dans l'orga-
nigramme, les statuts ou le règlement intérieur.«Connais pas», nous répond-on au service de presse du parti, en nous renvoyant vers le directeur général de l'UMP, Eric Césari. «Nous, on ne parle pas de “groupement de protection”», corrige son assistante, avant d'éluder la question quand on demande plus d'explications: «Je ne sais pas, je ne peux pas vous répondre.»
Personne ne connaît, mais le GP a pourtant été reçu en grande pompe le 16 octobre dernierpar le secrétaire général de l'UMP de l'époque, Xavier Bertrand. Un rassemblement organisé à Port-Marly (Yvelines), pour «dire merci» à ces «hommes de l’ombre», «fidèles parmi les fidèles». On y voit également René Faure (les images ici) évoquer des «missions de prévention».
Jérôme Lavrilleux, le directeur de cabinet de Jean-François Copé, finit par nous fournir quelques éléments de réponse.«Le GP est géré par une personne salariée à l'UMP(Ndlr - René Faure). Après, il sélectionne lui-même des militants bénévoles.» Combien sont-ils? Comment sont-ils recrutés? «Je ne sais pas, c'est René Faure qui s'en occupe.» N'y a-t-il pas une militarisation de ce service d'ordre? «C'est du fantasme, estime-t-il. Un certain nombre (des membres du GP) ont été militaires ou policiers, mais ce n'est pas l'essentiel. J'en connais aussi un qui est chef d'entreprise, un autre ouvrier...»
Ce militant zélé, obsédé par la sécurité, est peut-être un cas isolé qui«fantasme peut-être sur (son) rôle», comme le suppose Jérôme Lavrilleux. Sauf que ce n'est pas la première fois que des membres du GP sont épinglés en train de jouer aux policiers.
Le 17 mars 2009, lors d'un déplacement dans le Doubs de Nicolas Sarkozy, un dispositif d'une ampleur incroyable avait été mis sur pied: vingt barrages de forces de l'ordre mais aussi un déploiement de membres du GP (portant des badges UMP et GP). Certains d'entre eux avaient demandé les papiers d'identité ou interdit l'accès sans motif valable.
Dans L'Est républicain du 19 mars 2009, Gérard Thibord, le responsable CFDT à Besançon, s'étonnait d'avoir été «contrôlé (notamment) par un militant UMP (reconnaissable à son badge ainsi siglé) qui lui a demandé... ses papiers». Ce qui est bien sûr complètement illégal.
Localement, l'affaire avait fait du bruit. Le responsable UMP local, Michel Vienet, avait reconnu «une erreur de la part d'un de nos adhérents». Un seul? Deux jours plus tard, Jérôme Bolard, journaliste à Radio Plein Air, expliquait lui avoir été bloqué à un barrage alors qu'il voulait rencontrer les salariés de Rivex, venus tracter à l'occasion du déplacement du chef de l'Etat:«Il y avait deux gendarmes et quelqu'un avec un badge UMP. Celui-ci a refusé que je passe bien que j'aie montré ma carte de presse. (...) Je suis étonné de l'attitude de ce militant», racontait-il à L'Est républicain.
Le PS s'était emparé de l'affaire. Dans une question écrite adressée à la ministre de l'intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie (et publiée dans leJournal officiel du 16 avril – voir sous l'onglet “Prolonger”), le sénateur socialiste du Doubs, Claude Jeannerot, avait demandé des explications sur ces «incidents», et notamment de «préciser si le GP de l'UMP était habilité par ses services à partager une mission de maintien de l'ordre, et, si oui, à quel niveau hiérarchique cette décision a été prise». MAM avait nié les faits dans une réponse lapidaire, le 27 août: «Cette mission a été exercée par les seuls militaires de la gendarmerie nationale», écrivait-elle, après avoir rappelé que «le groupe de protection de l'UMP, (...) comme tout service d'ordre d'un parti ou d'une association, ne dispose pas du pouvoir réglementaire de contrôle d'identité des personnes» et «par conséquent, (...) aucune habilitation n'a été donnée à ce groupe pour lui permettre de procéder aux contrôles des accès du lieu de la réunion présidée par le chef de l'État.»
«Ce GP, c'est l'héritier du SAC de Pasqua! (Ndlr - Pasqua fut le président du Service d'action civique, le SAC, organisme de protection aux méthodes musclées, qui luttait contre les actions terroristes de l'OAS)», estime Philippe Tempesta, le directeur de cabinet du sénateur Jeannerot, contacté par Mediapart. Jérôme Lavrilleux se fait pour sa part évasif: «On n'était pas à la tête du parti à l'époque. (...) Nous, on n'intervient jamais sur une mission qui relève de la police nationale. On est extrêmement vigilants à ce qu'ils ne se comportent pas en policiers.» «Parfois, c'est un peu n'importe quoi, certains se croient tout permis», estime Philippe Deschamps, qui reconnaît que «à gauche, (les services d'ordre des partis) ne fonctionnent pas comme nous. A droite, il y a plus de militaires».
Ce que confirme Eric Plumer, le responsable du SO, le service d'ordre du Parti socialiste, depuis dix ans. «L'UMP a un GP axé sur les ex-militaires et policiers, et fait appel à des boîtes de sécurité. Nous jamais. On a quelques anciens policiers, mais on ne recrute pas de cette façon-là.»Comme celui de l'UMP, le SO du PS est constitué de bénévoles (à l'exception de son responsable, salarié). «On partage son temps entre la première secrétaire et l'événementiel du PS. Pour les congrès, on mobilise jusque 300 militants, explique Eric Plumer. Ce sont les responsables de fédération qui recrutent. On les teste d'abord, il ne faut pas faire n'importe quoi.» «Tous reçoivent une formation agréée, qui se déroule au national, avec les formations pompiers», assure-t-on à Solférino. Ce qui n'est pas le cas à l'UMP.