Le choc des mots, le poids du silence
Jacques Guyon 03/12/2010
Tout continue décidément à séparer les deux «dames du PS». L'une parle. Trop, trop vite, trop tôt ? Et l'autre continue obstinément à se taire. Avec une insistance coupable pour certains «camarades» qui ne comprennent pas un mutisme qu'ils auraient tôt fait d'assimiler à de la faiblesse voire à une forme de désertion. Avec «hauteur» et «sens» des responsabilités pour ses partisans qui nient en bloc l'idée que ce silence prolongé puisse signifier le moins du monde un manque de «désir d'avenir» présidentiel que sa rivale possède, elle, chevillée au corps.
Le silence d'Aubry fait au moins autant spéculer les sympathisants PS que la rupture du pacte de bonne camaraderie et de respect de calendrier que Ségolène Royal a décidé de jeter aux orties. Grosse différence pourtant entre les deux: le silence d'Aubry excite moins les observateurs et fait surtout moins saliver l'Elysée.
En sortant du bois, Ségolène Royal avait fait les «unes» et fourni un argumentaire sur mesure à la majorité sur le thème récurrent de la division de la gauche ne pouvant décidément constituer une alternative crédible tant elle démontrait à nouveau que pour seul programme elle n'avait à offrir que le spectacle d'ambitions personnelles. Les premières réactions qui ont suivi la candidature de Ségolène Royal ont semblé apporter du grain à moudre au moulin à broyer sarkozyste.
Mais très vite, la rue Solférino a repris les choses en main avec une consigne: ne pas taper sur Royal. Alors certes, Martine Aubry était étrangement absente lors du bureau national qui a suivi le coup d'éclat de la présidente de Poitou-Charentes mais le message avait été passé et ce mardi soir on n'a parlé rue Solférino que... de la situation de l'Irlande.
Reste que ce silence radio qui ne vise qu'à éviter les émissions parasites susceptibles de venir un peu plus brouiller l'image encore bien fragile du PS, aura quand même du mal à durer très longtemps. Bien sûr, celui-ci profite à Dominique Strauss-Kahn qui a tout intérêt à jouer la montre. D'abord parce qu'on imagine l'effet dévastateur que pourrait avoir une candidature du patron du FMI au moment même où celui-ci se retrouve en première ligne avec la nouvelle crise budgétaire dans la zone euro. Ensuite parce qu'en étant «caché» à Washington, il continue à engranger des indices de popularité qui ne cessent de grimper.
Donné vainqueur depuis déjà de très nombreux sondages dans un duel l'opposant à Nicolas Sarkozy, voilà qu'une enquête d'opinion BVA pour Canal + d'hier le donne largement vainqueur des primaires socialistes. Si celles-ci avaient lieu dimanche, il recueillerait 46 % des suffrages largement devant Martine Aubry (10 %) et Ségolène Royal (8 %). On comprend que du côté de Solférino, on puisse estimer que décidément le silence est d'or.