Le butin caché du clan Bongo éclabousse Chirac et Sarkozy
Par la Redaction de Médiapart
La politique française est rattrapée par un spectre, celui de l'ancien président du Gabon, Omar Bongo, décédé en juin 2009. Un câble diplomatique américain, révélé parWikileaks et publié, mercredi 29 décembre, sur le site du quotidien espagnol El Pais, évoque des soupçons de détournements de fonds du clan Bongo dont une partie aurait profité à des politiques français, notamment à l'ancien président français, Jacques Chirac, et à l'actuel hôte de l'Elysée, Nicolas Sarkozy.
L'information a été délivrée le 12 juin 2009, quelques jours après la mort d'Omar Bongo, par un haut responsable de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun. Selon cet informateur, dont le nom n'a pas été dévoilé, environ 28 millions d'euros auraient été détournés ces dernières années des réserves de la BEAC par le clan Bongo.
«Les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy», peut-on lire dans le télégramme diplomatique, signé par l'ambassadrice américaine à Yaoundé (Cameroun), Janet Garvey.
D'après le récit qui a été fait aux autorités américaines, les détournements auraient été mis au jour à la faveur d'un audit interne à la BEAC, diligenté après la découverte d'un placement non autorisé de 500 millions d'euros de la BEAC à la Société générale. L'ancien gouverneur de la banque, le Gabonais Philip Andzembe, a reconnu en septembre 2009 la réalité des détournements mais a démenti toute implication personnelle dans le scandale.
Des plaintes contre X... pour «vol, escroquerie, faux et usage de faux»avaient été déposées entre 2008 et 2009 devant la justice française tandis que Bercy demandait officiellement à l'Union monétaire de l'Afrique centrale que«toute la lumière» soit faite sur cette affaire.
Or, selon la source anonyme du département d'Etat américain, «l'enquête interne (à la BEAC) a montré que 36 millions de dollars (environ 28 millions d'euros) ont été détournés via des chèques à des hauts responsables du Gabon». L'ancien président gabonais, Omar Bongo, et son fils et successeur, Ali Bongo, qui était à l'époque ministre de la défense, auraient été les principaux destinataires des détournements. Mais pas seulement.
Toujours selon le même informateur, l'argent sale aurait en effet profité, en France, «aux deux camps, mais surtout à droite, en particulier à Chirac mais aussi Sarkozy». Le cadre de la BEAC, qui dit vouloir se confier sur «une affaire sensible avant qu'elle ne sorte dans les médias», a rappelé à son correspondant américain l'étendue des liens qui ont uni ces dernières décennies l'ancien patriarche gabonais et différents responsables politiques français.
Dans le câble diplomatique mis au jour par WikiLeaks, l'ambassadrice américaine au Cameroun (photo) écrit que ses services ne sont toutefois «pas en mesure de vérifier la véracité de l'accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fonds».
Ces révélations interviennent alors que la justice française enquête depuis plusieurs années sur le faramineux patrimoine, en France, de trois présidents africains, dont celui du Gabon, qui aurait été acquis de manière illégale grâce à de vastes détournements de fonds publics, selon une plainte de l'association anti-corruption Transparence internationale, partie civile dans le dossier.
Après quarante-deux années à la tête du Gabon, Omar Bongo est décédé le 8 juin 2009 dans une clinique de Barcelone. Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac s'étaient rendus tous deux, à Libreville, aux obsèques du président gabonais, figure tutélaire de la Françafrique, de tous ses secrets et de toutes ses vilénies.
- En 2007, Omar Bongo avait reçu dans l'une de ses résidences privées parisiennes Nicolas Sarkozy, alors en pleine campagne présidentielle, venu«recueillir les sages conseils» du président du Gabon, comme en témoignage ce reportage de la télévision gabonaise:
- Ci-dessous, un extrait du documentaire Françafrique, du réalisateur Patrick Benquet, sur les conditions contestables de l'élection d'Ali Bongo à la présidence du Gabon, en août 2009, à la suite de la mort de son père:
- Un autre extrait du même documentaire sur les interférences gabonaises dans la politique intérieure française: