Le "21 avril 2012" ou la tenaille qui menace la gauche à la présidentielle

Publié le par DA Estérel 83

LePost Bloggeur Par RichardTrois le 29/07/2010

Sur Twitter, un journaliste politique me disait récemment "le journalisme ce sont des faits, pas des probabilités." Et il a sans aucun doute raison.

Cependant l'essence de la politique, c'est l'anticipation. C'est préparer l'avenir en prenant les bonnes décisions, celles qui anticipent le probable comme parfois le plus improbable. Cela est vrai pour les grandes politiques publiques, comme pour les décisions quotidiennes ou encore pour ce qui est de la manière dont on accède au pouvoir.

 

La politique ne peut donc ignorer les probabilités. Jouons donc le jeu des probabilités non sans avoir les avoir auparavant étayés.

 

Nous assistons aujourd'hui à une crise politique que je pense majeure et à ses conséquences. Une crise certes latente. Une crise qui couve. Mais une crise tout de même.

 

Cette crise a des racines profondes. Une grande majorité de la population voit année après année ses difficultés économiques augmenter au profit d'un capitalisme qui règne en maître. L'élection présidentielle de 2007 avait battu des records de participation, notamment parce que ses 2 principaux candidats avaient fait entendre la voix de politiques, qui redonneraient à la puissance publique, à la République et donc aux citoyens le pouvoir perdu au profit des puissances de l'argent.

Malheureusement, Nicolas Sarkozy a dès le soir de sa victoire affiché sa connivence avec ces même puissances de l'argent puis a, jour après jour, démontré son impuissance ou son manque de volonté à remettre le pays en mouvement pour le bénéfice de tous. Il a ainsi trahi la promesse essentielle de son élection de 2007.

Ségolène Royal a, quant à elle, été méthodiquement écartée de la direction du parti socialiste et donc de la direction de l'opposition. Loin d'entretenir la flamme d'une nouvelle manière de faire de la politique, ouverte sur la société et renouant avec le peuple, l'appareil socialiste l'a étouffé.

 

A 2 ans de la présidentielle, nous nous retrouvons avec un immense espoir anéanti et des difficultés économiques croissantes, y compris pour des familles et des citoyens qui se pensaient à l'abri. A cela se rajoute le climat délétère de corruption que laisse poindre l'affaire Woerth-Bettencourt, ses enveloppes de dizaines de milliers d'euros et la gabegie du pouvoir illustrés par les cigares du ministre comme par l'avion présidentiel à 176 millions d'euros.

 

Pour faire diversion et renouer avec le dernier carré des ses fidèles, Nicolas Sarkozy n'a qu'un moyen faire peur. Il s'y est beaucoup employé en agitant les spectres de l'immigration incontrôlée, de l'identité nationale menacée, de la liberté des femmes mise en cause par la burqa sans oublier l'insécurité rampante dans laquelle vivent bien des citoyens abandonnés par la République.

 

Espoir perdu, climat délétère des affaires Woerth-Bettencourt et atmosphère sécuritaire anxiogène, tous les ingrédients sont réunis pour que l'élection présidentielle de 2012 soit un remake de celle de 2002.

Tous les ingrédients y compris la situation électorale, à droite comme à gauche.

 

A gauche, le Parti socialiste est loin d'avoir renouer avec un électorat populaire qui l'avait déjà abandonné en 2002. Si Ségolène Royal avait permis en 2007 d'inverser la tendance, l'effort n'a pas été poursuivi. Il est même empêché.

Ainsi, en proposant, un référendum d'initiative populaire sur la réforme des retraites, Ségolène Royal offre sur un plateau une formidable façon pour le PS et la gauche de retrouver, en dehors de toute période électorale, le contact avec le peuple. Par exemple, en récoltant auprès des citoyens les millions de signatures nécessaires pour ce référendum. Las, la direction actuelle du Parti socialiste toute jospiniste préfère ignorer cette proposition.

 

La stratégie actuelle du PS le fait au contraire entrer en concurrence directe avec Europe Ecologie sur bien des terrains. Le discours des deux formations parle d'abord à un électorat de centre-ville, bien inséré dans la mondialisation, qui la comprend ou bien qui peut en bénéficier financièrement ou culturellement.

 

Là où Europe Ecologie s'est différencié cet été du Parti socialiste, c'est en étant en pointe sur une dénonciation ferme du pouvoir dans les affaires. Arnaud Montebourg l'a tenté de le faire. La direction du PS l'en a empêché. Ségolène Royal a dénoncé le "système Sarkozy corrompu" et elle n'a, elle aussi, pas été relayée, ni même défendu par le Parti socialiste.

C'est tout juste si Jean-Marc Ayrault a osé dans Le NouvelObs parler d'un "système ploutocrate sous Sarkozy". Inaudible, incompréhensible pour la grande majorité des français. C'est d'ailleurs Eva Joly qui explique dans le mensuel Rue89 que le français est une langue discriminante, excluante. Elle a bien raison... Ségolène Royal le disait déjà en 2007 quand elle proposait de parler de la vie chère plutôt que de pouvoir d'achat, etc...

 

Cette même Eva Joly sera probablement la première mâchoire de la tenaille qui risque d'enserrer fort le Parti socialiste en 2012. La mâchoire éthique. Elle ne sera pas seule. Entourée d'un collectif dans lequel on trouvera Daniel Cohn-Bendit, José Bové Stéphane Hessel mais aussi une plus jeune Cécile Duflot, Eva Joly, juge anti-corruption, incarnera la justice, l'éthique. Il suffit de l'écouter parler, comme ici à Arcueil, de la responsabilité éthique en politique et de l'absence de réponse politique "ni du côté de l’UMP, ni du côté du PS".

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Publié dans Politique

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