Lancement réussi de la fusée Hollande

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Mise en scène réussie. La convention d'investiture du candidat socialiste à la présidentielle a donné, samedi, une belle image d'unité du PS. Les arrivées des six candidats à la primaire ont été soignées (d'abord les quatre éliminés du premier tour, puis les finalistes du second). Larges sourires et échanges multiples d'amabilités. Plutôt qu'un grand show à l'américaine, Hollande a choisi de réduire la voilure, ne gardant d'Obama qu'un slogan: «H is for hope» – H comme Hollande. «Ça a failli ressembler à un concert de Mickael Jackson», dit un aubryste, pas mécontent que Hollande ait choisi un format plus modeste, plus «normal».

 

 

© S.A

 

 

De 500.000 euros pour 10.000 personnes pendant toute une journée, la convention d'investiture a été ramenée à un après-midi à 200.000 euros et 3.500 personnes, dans une moitié de la halle Freyssinet, au sud de Paris. Pas de concerts ni de moyens démesurés. Juste une succession de discours. Du coup, l'après-midi a viré bonne vieille conclusion de congrès socialiste. De ces congrès où Hollande synthétise les différentes interventions des grandes personnalités du parti, pour apparaître le «premier des socialistes» naturel. La différence, notoire, c'est que désormais l'étape à venir n'est plus le bureau national ou les prochaines élections locales, mais la prise de l'Élysée. À portée de main socialiste.

En coulisse, tout le monde se félicite de la solidité de l'échafaudage issu de la primaire. En renonçant à céder aux désirs de reprise en main du parti évoqués par ceux de son équipe qui en tenaient encore les rênes trois ans auparavant, Hollande a réalisé un premier geste de rassemblement. Et s'est assuré le soutien des «Solfériniens», de Martine Aubry à Laurent Fabius, en passant par Benoît Hamon, Harlem Désir ou Jean-Christophe Cambadélis. La réussite de cette convention était une première illustration d'un parti au service du candidat.

Même l'arrivée à la direction du parti de deux très proches de Hollande, Michel Sapin (pour faire le lien entre le programme du candidat et le projet socialiste) et Bruno Leroux (pour contrôler les accords électoraux et les investitures de députés), est bien accueillie. «Sapin est déjà secrétaire national à l'économie, et Leroux était déjà associé aux discussions sur les circonscriptions législatives», acquiesce un conseiller d'Aubry. Les vrais problèmes, craint-il, vont surtout commencer avec les alliés du PS, les écolos et le Front de gauche. «La vision très "PS hégémonique" de Hollande risque de créer quelques tensions. Il va être tenté de diminuer les places réservées aux écolos», soupçonne-t-on dans l'entourage d'Aubry. 

Ce dimanche, Cécile Duflot avertit que cet accord électoral ne peut être dissocié d'un accord de gouvernement où serait contenue la sortie du nucléaire. Dans le Journal du dimanche, elle se dit «prête au clash». Dès mardi, Jean-Luc Mélenchon a de son côté, dans les colonnes de Mediapart, dit tout le bien qu'il pensait de la candidature «grand bol d'eau tiède» de Hollande. Pas sûr que les appels assumés «au vote utile» lancés par Hollande à la tribune («Nous devons gagner dès le premier tour. Je n'oublie pas  le 21 avril») aient rassuré les autres partis de gauche.

Hollande ne sait pas encore s'il prendra quelques jours de vacances, mais il va prendre le temps de constituer son équipe de campagne, dans la composition ne devrait être annoncée que courant novembre. D'ici là, ça grenouille dans tous les sens. «François veut rassembler large, il a besoin de renouveler son entourage, et il a besoin d'un appareil et de militants mobilisés, comme en a profité Martine», veut croire un aubryste. Des membres de toutes les équipes devraient rejoindre celle de Hollande. La seule chose qui soit sûre à ce jour: «Il veut prendre le temps de la réflexion, pour parvenir à la meilleure synthèse possible. C'est là où il est le plus fort, après tout...», dit un proche de Ségolène Royal.

 

 

© S.A

 

 

Les discours furent un modèle du genre socialiste, dont on a vu apparaître la diversité, vantée par tous à la tribune comme le meilleur ciment de l'unité. Chacun était dans son rôle, à la halle Freyssinet. Aubry en patronne de parti qui a décidé de tenir le cap. «Je sonne la mobilisation générale», s'est-elle exclamée au micro, affichant un sourire qui étonne jusqu'à ses proches. «Elle tient à garantir que les votes militants seront suivis d'effets dans le parti, comme pour l'application du non-cumul pour les députés», glisse un proche de la première secrétaire, qui se veut soutière de «l'équipe de France du changement» (voir ici la vidéo de son discours).

Valls a réendossé son costume de «moderne», en appelant ses camarades à se réapproprier «la République, la culture, la laïcité, l'école... C'est nous!» (voir ici son discours). Ségolène Royal fut la seule à évoquer les indignés et les révolutions arabes, à vanter la «France métissée» (voir ici son discours). Impression étrange de voir l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle «passer le relais» à son ex-compagnon («Avec toi, François, nous ferons le tour du monde»), sous les yeux de sa nouvelle femme, la journaliste Valérie Trierweiler, assise au premier rang (mais en bout de rangée). Montebourg a concentré son intervention sur la situation des classes ouvrières, et moyennes, victimes de la désindustrialisation, et de la mondialisation. Estimant«terminée la trop longue glissade des socialistes vers le libéralisme», il a vanté devant Hollande «le compagnonnage futur de nos visions diverses» (voir ici son discours). Hollande, enfin, a placé son premier discours sous le signe de la synthèse, retrouvant le brio désarmant de celui qui sait se nourrir de chacun de ses concurrents pour en apparaître le dénominateur commun (voir ci-dessous un résumé de 20 minutes, ou ici la vidéo intégrale − qui dure 1h12 −, le texte écrit peut être lu ici).

 

 

 

Au bout du compte, Hollande s'est une nouvelle fois montré comme le plus capable des candidats en lice. Capable de blaguer sur sa Corrèze dont il a conquis tous les mandats («Pardon pour le cumul!»). Capable de battre sa coulpe et de rendre hommage à ses concurrents, tous plus rénovateurs que lui qui était le seul opposé à la primaire ouverte à tous les citoyens, en évoquant «ceux qui ont accepté ce dispositif, de bon gré ou de mauvais, pour finalement bénéficier de cette entreprise». Capable de trouver quelques formules incisives contre Nicolas Sarkozy («Il a été le président de ceux qui gagnent plus sans travailler!»). Capable de «partir à l'abordage» de l'Europe ou de lancer que «les activités bancaires sont devenues trop sérieuses pour les laisser aux seuls banquiers». Mais aussi capable d'annoncer qu'il ne sera pas «le président qui renoncera et changera de cap en découvrant avec effroi que les caisses sont vides: je n'empilerai pas les réponses à coups de milliards». Hollande a fixé trois priorités, comme axes de son «rêve français»: un pacte éducatif, un pacte productif et un pacte démocratique. Plutôt que Mitterrand, il a cité Mendès («Certains redoutent qu'un langage loyal et ferme sur la situation n'entraîne le découragement; c'est qu'ils n'ont pas la foi dans la volonté de la Nation à se redresser»). Et c'est une synthèse qui semble convenir à tout le monde, chez les socialistes. 

Publicité

Publié dans PS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article