La télé-poubelle mérite des campagnes d'intérêt général
Par David ABIKER
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics nous incitent à cesser de fumer, manger équilibrer, faire du sport... Pourtant, aucune campagne ne nous encourage à soigner notre esprit critique, lire et s'informer... Selon David Abiker, il est grand temps de nous contraindre à fuir la débilité télévisuelle qui nous tue à petit feu.
Il n’avait donc pas tort le candidat primaire Montebourg quand il déclarait à Libération la semaine dernière : « Les cahiers des charges de TF1 seront durcis au niveau culturel, en termes de pluralisme, la télé-réalité sera interdite… »
Interdire la télé-réalité ! La formule a été souvent reçue comme une outrance. Pourtant vendredi, Le Monde n’a pas hésité à titrer en une que la télé tue. Elle tue par l’exercice physique auquel elle se substitue, elle tue par la violence qu’elle peut contribuer à banaliser, elle tue parce qu’on s’engraisse en la regardant. Elle tue l’esprit quand elle ne nous demande pas un effort en proposant des programmes ambitieux. La télé s’occupait de notre temps de cerveau disponible, si on en croit Le Monde, elle réduirait l’espérance de vie disponible aussi.
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics et l’Union Européenne nous prescrivent d’arrêter de fumer, de manger 5 fruits et légumes par jour, de faire du sport, de ne pas maltraiter notre prochaine, de respecter la nature, de ramasser les crottes de chiens sur le trottoir.
Nous trouvons ça naturel, souvent nécessaire.
Bizarrement, il n’y a aucune campagne pour nous prescrire d’être moins cons. Quand je dis moins cons, je veux dire que les pouvoirs publics n’ont jamais osé nous inciter à faire travailler nos méninges, à nous cultiver vraiment, à travailler notre culture. Certes il y a la fête de la musique, il y a le salon du livre, mais ce sont des événements, pas des campagnes de salut public.
Quel serait le message le plus intrusif, finalement ? Mangez cinq fruits et légumes par jour ou lisez ? Quelle serait la campagne la plus provocatrice ? Faites une mammographie pour dépister le cancer du sein ou protégez-vous de la télévision quand elle est bête et exhibitionniste ? Quel slogan serait le plus utile à la société ? Entretenez votre capital santé ou ne manquez pas d’éducation ?
Pluraliste et timoré, plus prompt à se mêler des dangers qui menacent le corps que ceux qui menacent l’esprit, l’Etat rechigne à nous faire des recommandations qui touchent à la manière dont nous entretenons notre cervelle. Autant, il est prompt à nous inciter à mettre une capote, autant il évite de nous encourager à fuir la bêtise cathodique (ou radiophonique). Pourquoi la télé serait-elle exempte de mise en garde par le ministère public quand le net est l’objet depuis des années de campagnes plus ou moins réussies sur ses innombrables dangers, réels ou supposés ?
Est-il interdit d’envisager, au-delà des limitations d’âge pour les programmes (-12, -16, -18) l’étiquetage de certains contenus télévisuels de même qu’on étiquette les boites de conserve ou les paquets de gâteaux ?
« Attention, Débile Story est un produit de télévision devant lequel vous mangerez plus que de raison, dont les participants malmènent le français et qui déteint de façon négative sur le comportement, le langage et la psychologie des adolescents ». Ou encore « Cette série contient des rires enregistrés qui ramollissent vos capacités intellectuelles ». Ou encore « Ne vous laissez pas avoir par le générique anxiogène du journal télévisé, la vie vaut la peine d’être vécue »…
Après tout, n’est-il pas temps de prescrire à notre tête, ce que nous prescrivons déjà à notre estomac, à nos poumons, à nos artères ? Cinq fruits et légumes par jour, mais pour l’esprit ? Pourquoi donc l’alimentation serait-elle l’objet de recommandations plus soutenues de la part de l’Etat que la formation de la tête ? Nos blocages en la matière sont souvent intellectuels. Nous savons faire des campagnes pour protéger notre corps et notre santé physique, nous n’osons pas protéger notre santé mentale.
J’ignore s’il faut interdire la télé réalité, je sais en revanche qu’il ne faut rien s’interdire si l’on refuse que la télé tue.
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